FREETOWN, 12 mai (IPS) – Après deux semaines de consultations
internes entre
les dirigeants du Front Révolutionnaire Uni (RUF) à Lomé (Togo),
la voie du
dialogue avec le gouvernement sierra léonais paraît maintenant
bien balisée.
Des sources proches du gouvernement du Président Ahmed Tejan
Kabbah ont
confirmé à IPS mardi que les pourparlers entre les belligérants
commenceront
cette semaine au Togo sous les auspices du Président togolais,
Gnassingbé
Eyadéma.
"Nous sommes au courant de la fin des diverses tractations
internes au sein
du RUF au Togo, et de sa disponibilité à avoir un face-à-face
avec nous
(membres du gouvernement). En fait, nous sommes prêts à entrer
en
négociations cette semaine", a déclaré une source à IPS.
La source n'a cependant pas précisé la date à laquelle les
pourparlers
auront lieu. Mais les responsables du Conseil Inter-Religieux
(une coalition
des groupes religieux de la Sierra Leone) sont déjà présents au
Togo, et ce,
grâce à l'appui logistique des Nations Unies.
La Mission d'Observation de l'ONU en Sierra Leone (UNOMSIL) a
envoyé son
observateur militaire, le brigadier général Subhash Joshi, de
nationalité
indienne, et d'autres officiels, pour assister aux négociations.
Le face-à-face entre les belligérants de cette guerre civile
maintenant
veille de huit ans, sera le premier organisé dans un passé
récent.
Le gouvernement et les rebelles s'étaient rencontrés, il y a
trois ans, pour
signer un accord de paix à Abidjan, la capitale ivoirienne. Mais
l'accord a
échoué, lorsque les rebelles ont repris les hostilités. Depuis
lors, les
deux parties n'ont eu aucun contact direct.
La population, lassée par la guerre, espère un résultat positif
à l'issue
des pourparlers, et la fin de ce conflit sanglant qui a fait
plus de 30.000
morts, détruit plusieurs villes et villages entiers, et condamné
environ le
quart des 4,5 millions d'habitants de la Sierra Leone à l'exil.
Les exilés
se sont rendus en masse dans les pays voisins.
Lorsqu'il a appris la prochaine tenue des pourparlers, Fatu
Kanu, un homme
d'affaires de 38 ans, dont l'entreprise est paralysée par la
guerre, a
déclaré: "Dieu merci. Les deux parties se préparent
actuellement à régler
la crise pacifiquement. Je prie pour qu'elles parviennent à un
accord
acceptable, ainsi je pourrai recommencer mes activités".
Sahr Komer, un étudiant de Njala University College, déclare
qu'il espère
que "les deux parties ont compris la futilité de l'option
militaire dans le
conflit".
"J'espère seulement que quel que soit l'accord conclu, les deux
parties en
respecteront les termes", dit-il.
Bien que les belligérants aient exprimé le désir de trouver une
solution
diplomatique à la crise, deux points de désaccord émergeront et
retarderont
probablement tout plan de cessez-le-feu. Ces points concernent
le partage du
pouvoir, et le retrait des troupes rebelles des régions
économiquement
stratégiques.
Le Président Kabbah déclare lui-même que "la condition
préalable à tout
cessez-le-feu serait le retrait de toutes les forces rebelles
des régions
économiques, surtout des districts diamantifères de l'Est et des
principales
autoroutes reliant la capitale aux provinces".
A l'issue de sa réunion interne au Togo, le RUF a proposé un
cessez-le-feu,
en prélude aux négociations avec le gouvernement, mais cette
proposition a
été carrément rejetée par les autorités sierra léonaises.
Les analystes disent que les rebelles réagissent à leurs
récentes infortunes
sur le front militaire. En effet, certaines de leurs positions
ont été
capturées par la force ouest-africaine de maintien de la paix
(ECOMOG) et
les milices pro-gouvernementales.
D'autres pensent que les rebelles préconisent très tôt un cessez-
le-feu afin
de se servir de leurs acquis pour être en position de force
pendant les
négociations. Les rebelles contrôlent la plupart des districts
diamantifères
et miniers de l'Est et du Nord, ainsi que les régions agricoles
viables.
Les rebelles contrôleraient plus de 70 pour cent du pays, mais
depuis peu,
les forces pro-gouvernementales exercent une énorme pression
militaire sur eux.
En rejetant la proposition relative au partage du pouvoir, un
porte-parole
du gouvernement affirme : "Nous ne nous opposerions pas à la
volonté de
notre peuple en suspendant la Constitution. Si les rebelles
aspirent au
pouvoir politique, ils n'ont qu'à transformer leur mouvement en
parti
politique et se présenter aux élections qui se tiendront dans 18
mois
seulement".
Les éditoriaux des journaux mettent aussi le gouvernement en
garde contre
les dangers du partage du pouvoir. "Un gouvernement intérimaire
de large
ouverture a été formé en Guinée-Bissau et les rebelles ont reçu
des
postes-clés. Cependant, après à peine deux mois de cohabitation,
Ansumane
Mane et ses rebelles ont pris le pouvoir de force le 6 mai . . .
Nous devons
nous méfier de ce mauvais exemple", prévient un des éditoriaux.

