HARARE, 28 avr. (IPS) – Un appel international lancé aux
fermiers et aux
gouvernements afin qu'ils s'opposent à une technologie qui
empêche les
graines de germer pendant une seconde saison de semailles, prend
de
l'ampleur. Mais la technologie est très peu connue en Afrique.
Le nom officiel donné à la technique par la multinationale
américaine
Monsanto, c'est le 'système de protection de technologie' (TPS).
Mais ses
détracteurs l'appellent "Terminator".
Les détracteurs pensent que cette technologie cherche à obliger
les fermiers
à acheter des semences à chaque saison, ce qui les empêche de
contrôler
désormais leurs semences. Cependant, les défenseurs du TPS
disent que la
technologie accroîtra le rendement et réduira les coûts de
production.
Le TPS est banni en Inde, éliminé au Zimbabwe, rejeté à Auckland
(Nouvelle
Zélande), alors qu'il inonde l'Internet, selon la fondation
canadienne Rural
Advancement Foundation International (RAFI).
Pat Mooney, le directeur exécutif de la RAFI a confié à IPS lors
de sa
récente visite au Zimbabwe que le 'Terminator' continue de
susciter une
protestation et un débat mondiaux parce qu'il rend stériles les
graines
conservées, et oblige les fermiers à retourner chaque année au
marché de
commercialisation des semences. 'Ces technologies sont
extrêmement
dangereuses", estime Mooney.
Cependant, selon l'Organisation des Nations Unies pour
l'Alimentation et
l'Agriculture (FAO), le bien-être et la sécurité alimentaire de
1,4
milliards de pauvres des pays du Tiers-Monde dépendent de la
conservation
des semences.
"Si les fermiers ne peuvent pas conserver des semences, ils ne
peuvent pas
continuer à adapter certaines cultures à leurs seuls
environnements
agricoles, et cela entraînera la catastrophe de la sécurité
alimentaire
mondiale", ajoute Mooney.
Mooney rejette les allégations selon lesquelles la stérilité des
graines
transgéniques améliore la productivité et la qualité des
cultures et
augmente les semences au profit de l'industrie céréalière.
Au cours d'une conférence internationale tenue à Harare
(Zimbabwe) sur la
biotechnologie agricole en septembre dernier, Monsanto a été
réprimandée par
plus de 350 délégués d'organisations gouvernementales et non
gouvernementales (ONG).
La compagnie a essuyé de nombreuses critiques parce qu'elle
manipule une
variété de coton (le BT Cotton) et met au point la technologie
(du
Terminator'). Certains grands producteurs zimbabwéens de coton
ont fait
entrer furtivement les variétés de coton de la compagnie
Monsanto dans le
pays en 1997 pour une avant-première. Lorsque les autorités ont
été
informées, les plantes ont été déterrées et la compagnie est
suspectée
depuis lors.
Rien que la semaine dernière, un accord entre le Zimbabwe et
Monsanto qui
permettrait à la compagnie américaine de créer une entreprise de
quatre
millions de dollars US pour traiter le coton génétiquement
manipulé a été
sabordé car le gouvernement zimbabwéen a refusé d'accorder
pour cent des
parts aux Américains.
Aux termes de l'accord, le Zimbabwe devait acquérir la
technologie
nécessaire pour produire les graines du coton transgénique. Bien
que ces
graines coûtent plus cher que les graines conventionnelles
actuellement
utilisées, elles ont un meilleur rendement. Les coûts des
intrants seraient
aussi plus bas car ces graines ne nécessitent pas l'épandage
d'une grande
quantité de produits chimiques, et le coton transgénique mûrit
deux ou trois
semaines plus tôt que les autres variétés de coton.
"Le degré de compréhension des cultures transgéniques est tout
à fait
limité en Afrique. Certains pays pensent que s'ils n'adoptent
pas les
organismes génétiquement modifiés, ils seront à la traîne et
leurs
populations mourront de faim", explique Mooney.
"Le simple fait qu'un seul fermier dise que la nouvelle
technologie a accru
son rendement ne veut pas dire que cette technologie améliorera
le rendement
de tout le monde", observe-t-il. "Une telle affirmation n'a
aucune preuve
scientifique, mais l'industrie agricole semble croire que la
nouvelle
technologie offre certains avantages".
Bien que la biotechnologie soit présentée comme l'avenir de la
sécurité
agricole et alimentaire, elle demeure cependant entre les mains
d'un petit
nombre de multinationales prêtes à dominer le marché.
En 1998, 100 pour cent des graines génétiquement modifiées
provenaient de
trois compagnies seulement. Monsanto est de loin la plus grande
compagnie et
contrôle 85 à 90 pour cent du marché. Les deux autres sont
Zeneca et
DuPont/Pioneer.
"Les fermiers africains sont appelés à prendre un grand risque,
sans
qu'aucune étude scientifique ne le leur permette. Les effets à
long terme
seront nuisibles à l'Afrique, surtout aux producteurs des
cultures de
subsistance", prévient Mooney.
Le 'Terminator' affaiblit aussi la plante et nécessite beaucoup
de produits
chimiques fabriqués par la compagnie Monsanto. Cette nouvelle
technologie
lie les fermes à la compagnie, explique Mooney.
"Si les compagnies sont capables de programmer génétiquement
des graines
suicidaires qui ne germent que sous l'effet des pesticides ou
engrais ayant
certaines propriétés précises, cela signifie qu'elles
augmenteront
considérablement les ventes de leurs produits agro-chimiques et
autres
intrants dont ils détiennent le brevet d'invention", note
Edward Hammond,
le responsable des programmes de la RAFI.
Hammond signale que les graines suicidaires chimiques
représentent une
éclatante percée technologique et une brillante stratégie
commerciale, mais
une mauvaise nouvelle pour les fermiers et l'environnement.
Hammond craint également que les fermiers ne soient obligés
d'abandonner le
contrôle de la fourniture des graines au profit des compagnies
qui font les
manipulations génétiques et qui finiront par leur dicter les
plantes à
produire, la façon de les produire et les marchés de vente.
Mooney craint aussi que la nouvelle technologie ne se s'applique
à d'autres
plantes qui disparaîtront également si un produit chimique n'est
pas utilisé
pour les ranimer. "Nul n'est encore sûr de rien", relève-t-il.
Le brevet d'invention du 'Terminator' est conjointement détenu
par le
ministère américain de l'Agriculture et une filiale de Monsanto,
Delta &
Pine Land Co.

