LIBREVILLE, 27 avr. (IPS) – Les autorités gabonaises sont
préoccupées par la
recrudescence de la stérilité dans le Sud-Est du pays, une
région qui
concentre un taux élevé d'affections diverses.
La région des Hauts Plateaux, située dans le sud-est du Gabon,
enregistre le
taux de stérilité le plus élevé du pays.
La prolifération rapide des maladies sexuellement
transmissibles et du
paludisme, loin des hôpitaux et des dispensaires, sont
responsables depuis
plusieurs générations de la stérilité qui frappe les habitants
des villages
isolés du sud-est du Gabon.
" Quinze pour cent de la population examinée est atteinte de
syphilis et
plus de 5% des femmes se présentant à la consultation sont
porteuses de
gonocoques", souligne le docteur gabonais Francis Ozouaki.
Ozouaki ajoute que "cette situation est d'autant plus
préoccupante
qu'au Gabon, le gonocoque résiste de mieux en mieux aux
antibiotiques".
"Des études ont permis d'affirmer que la surveillance de la
sensibilité du gonocoque aux antibiotiques et la séroprévalence
de la
syphilis ont des conséquences sur la fécondité dans cette région
du
Gabon", indique Hélène Ona Ondo, gynécologue-accoucheur.
Au départ, les radiations émanant des mines d'uranium et de
manganèse
exploitées dans cette région avaient, à tort, été désignées
comme
responsables de la stérilité qui touche principalement les
femmes.
En effet, cette région du Gabon où on exploite le manganèse et
l'uranium est
également reconnue pour son importante activité minière.
En fait, " La cause primordiale de la stérilité chez les deux
sexes
est une obstruction mécanique des organes génitaux, secondaires
à des
maladies sexuellement transmissibles et dont les microbes
responsables sont
les chlamydia et les gonocoques", explique le docteur
Ozouaki.
Pour les spécialistes, le rôle des chlamydia dans la stérilité
est
aussi important en Afrique centrale que dans d'autres pays où ce
mal
est considéré comme la rançon de la libération sexuelle.
Les maladies parasitaires sont également endémiques dans cette
région. Les
spécialistes affirment que la filariose de loa-loa qui sévit
dans la région
accroît la mortalité chez les femmes enceintes.
Il est noté également dans cette région des plateaux, la
prolifération des
maladies infectieuses à caractère viral qui limitent les chances
de concevoir.
De plus, le paludisme, l'une des plus redoutables affections du
continent
africain, est particulièrement sévère dans cette région. Il est
indiqué que
80 à 90% de la population de cette région du Gabon souffre
souvent du paludisme.
Outre les maladies transmises par voie sexuelle et les
affections
parasitaires, les méthodes d'accouchement ancestrales et les
avortements
viennent aussi appuyer la thèse de la baisse notable de la
fécondité chez
les femmes de cette région du Gabon.
Préoccupé par l'existence d'une vaste zone d'hypofécondité dans
la région
des Plateaux, l'Etat a construit dans la région de Franceville,
un Centre
chargé d'étudier les causes de cette hypofécondité locale.
Le C international de recherche médicale de Franceville (CIMRF)
regroupe des chercheurs de haut niveau en provenance du monde
entier, qui
étudient en priorité l'incidence des facteurs spécifiques
locaux sur les
organes de
reproduction de l'homme et de la femme ainsi que sur le
développement
de l'enfant.
"Les travaux menés au CIRMF sur la fécondation à la prime
enfance,
ont permis d'une part de déceler l'origine de la stérilité à la
suite
d'une série d'examens pratiqués chez les hommes et les femmes
venues
consulter au Centre", déclare le professeur Donatien Mavoungou.
"Les maladies sexuellement transmises constituent l'essentiel
des
recherches en bactériologie du Centre. Leur incidence est
importante
car elles sont à l'origine d'avortements et d'infections qui
influent
sur la physiologie de la reproduction chez la femme", déclare
encore
Mavoungou.
"Dans de nombreux cas, il a été possible de supprimer
l'infécondité
par le traitement médical ou chirurgical et d'autre part
d'améliorer
les conditions de la reproduction humaine grâce aux
enseignements
apportés par l'étude de la fécondation in vitro chez le petit
singe
d'Indonésie", poursuit-il.
Mais pour la plupart des femmes des Hauts plateaux, le fait de
ne pas avoir
d'enfants est une situation difficile à supporter car une femme
sans enfants
n'a pas de statut social.
"L'accouchement est considéré par toutes les femmes comme le
prolongement
de la féminité et certaines d'entre elles qui ne peuvent avoir
d'enfant,
sont frustrées car toujours désignées comme responsables de
cette
situation", déclare Sylvianne Ndinga, infirmière.
"Généralement isolées, elles se consolent en adoptant une nièce
ou
un neveu auprès d'une sur ou d'un frère qui possède beaucoup
d'enfants car les familles africaines sont généralement
nombreuses et
l'éducation des enfants est collective", ajoute Ndinga.
Paradoxalement dans les autres régions du pays, rares sont les
femmes
qui ne peuvent concevoir et les jeunes filles deviennent mères
dès
l'âge de 15 ou 16 ans.

