ENVIRONNEMENT-GABON: Les Tortues Luth Sont Menacées Par Les Prédateurs

LIBREVILLE, 3 ma (IPS) – Les tortues luth qui migrent le long
des côtes
gabonaises sont menacées par les prédateurs.

Le long des plages gabonaises, en particulier à la Pointe-Denis,
une île
située à 20 mn par bateau de Libreville, des centaines de
tortues migrantes
viennent y pondre leurs ufs chaque année.
"Cependant, lors des passages des grandes vagues, des nids
entiers sont mis
à découvert et la survie des bébés tortues est menacée",
raconte James
Badinga de Aventures sans frontières (ASF), une association de
défense de
l'environnement.
Il indique que les ufs, mais aussi les tortues marines elles-
mêmes sont
pillés par les prédateurs dont les principaux sont les mouettes,
les crabes
bruns, les varans, les chiens et l'homme qui raffole de la chair
des tortues
marines et de leurs ufs.
Pendant la période de ponte qui s'étale d'octobre à mars avec un
pic entre
décembre et janvier, le débarquement des tortues sur les plages
gabonaises
est interrompu parfois par le bruit assourdissant des engins
motorisés que
les touristes utilisent pour se déplacer sur les plages, même
la nuit.
" C'est regrettable, nous leur avons, à plusieurs reprises,
notifié qu'ils
effraient les tortues avec leurs engins et les phares qu'ils
projettent en
mer et sur la plage, ils ne nous écoutent pas ", intervient
Clément
Moukoula, membre de l'association.
" Les ufs des tortues marines ne poursuivent pas leur
développement s'ils
sont en contact de l'eau de mer ou d'un autre corps étranger. Il
faut que
les ufs soient enfouis sous un amas de sable et que la tortue
femelle
rencontre les conditions maximales d'incubation requises pour la
couvée ",
explique-t-il.
Généralement, les ufs attendent 60 à 65 jours sous le sable,
avant
d'éclore. Les premières éclosions se produisent à la mi-février.
"Dès l'éclosion, les petites tortues rejoignent instinctivement
la mer mais
doivent faire face sur leur parcours à de nombreux prédateurs
naturels",
argumente un responsable de l'ambassade du Canada.
L'ASF qui milite pour la conservation des aires de ponte des
tortues marines
mène des actions contre toutes sortes de prédateurs qui menacent
la survie
de cette espèce en voie de disparition.
"A ce jour, plus de 1000 tortues marines ont été sauvées des
diverses
menaces qui les guettent régulièrement", signale Guy Philippe
Sounguet,
président de ASF.
Certains notables de la contrée, dont le chef de village, ont
gracieusement
cédé une partie de leur terrain pour permettre à l'association
ASF de
s'installer en permanence et de poursuivre son action, en
particulier ses
patrouilles nocturnes contre le braconnage.
En attendant que les autorités ne promulguent une loi pour
mettre fin à tous
ces facteurs de destruction et que les écoliers et la population
soient
sensibilisés sur l'importance de la sauvegarde des ressources
naturelles,
certaines organisations non gouvernementales multiplient leurs
efforts pour
protéger les tortues et les autres espèces en voie de
disparition.
Ces efforts incluent l'organisation des ateliers régionaux de
formatio
les techniques de manipulation des tortues marines qui se
tiennent
périodiquement à Libreville où une structure dénommée Programme
régional de
tortues marines d'Afrique centrale (PROTOMAC) a été créée en
décembre 1997.
Aventures sans frontières" a réussi à collecter des données sur
les
différentes espèces de tortues des plages gabonaises.
L'association évalue
le cheptel reproducteur des plages de Pongara à près de 250
individus sur
une distance de cinq kilomètres.
A Mayumba, dans le sud du pays où l'on dénombre les plus belles
plages du
Gabon, l'ASF y a recensé une moyenne de 300 tortues sur environ
15
kilomètres de plage et dont la population est estimée à 2500
individus.
" Les difficultés logistiques et l'insuffisance des fonds n'ont
pas permis
de maintenir une équipe permanente sur les sites menacés ni de
développer
d'autres activités de surveillance des côtes", déplore
Sounguet.
La tortue luth présente au Gabon est la plus grosse tortue
marine au monde
et se rencontre souvent en haute mer, au large des côtes
gabonaises. Elle
peut peser jusqu'à 680 kilos, soit le poids moyen de huit hommes
et mesurer
près de 2 mètres de long, explique Paul Posso, biologiste et
enseignant à
l'université de Libreville.
Le Gabon héberge tout au long de ses 850 kilomètres de côtes,
cinq des huit
espèces mondiales de tortues marines : Caretta caretta, Chelonia
mydas,
Dermochelys coriacea, Eretmochelys imbricata et Lepidochelys
olivacea ",
énumère Posso.