POLITIQUE: Le Rwanda Commémore Le Génocide De 1994

KIGALI, 2 avril (IPS) – Le Rwanda observe une semaine de deuil
national
dans un contexte marqué par les premières élections et la
promesse d'un très
large processus démocratique à un stade ultérieur.

Le cinquième anniversaire du génocide de 1994 est marqué par une
série de
veillées, de réunions publiques et de manifestations
commémoratives qui
s'achèveront par une cérémonie à Kibeho, une localité située
dans la région
de Gikongoro (Sud-Ouest), où les cadavres de plusieurs centaines
de victimes
du génocide seront inhumés à nouveau.
Tous les drapeaux seront mis en berne pendant la période de
deuil. La
population est exhortée à réfléchir profondément à ce qui s'est
passé, il y
a cinq ans (entre avril 1994 et juin 1994), et à chercher les
voies et
moyens susceptibles de prévenir toute répétition du génocide.
L'année dernière, la semaine de deuil a été marquée par une
série d'attaques
perpétrées par les Interahamwes (ou ceux qui luttent ensemble
dans la langue
kinyarwanda). Ces derniers avaient massacré près d'un million de
personnes,
notamment des Tutsis et des Hutus modérés, au Rwanda en 1994.
Cette année-ci, la semaine de deuil a été précédée de
l'organisation
d'élections dans tout le pays. Au cours de ces premières
élections, des
milliers de "cellules" ont désigné des comités exécutifs qui
ont à leur
tour élu des représentants chargés de gérer des "secteurs
individuels".
Pendant le scrutin, un "système de queues" a été adopté. Les
électeurs
s'alignaient derrière des candidats individuels désignés le jour-
là. Aucune
attache partisane n'a été autorisée car le gouvernement a
insisté sur la
nécessité d'éviter des "rivalités sectaires".
Deux niveaux d'administration locale sont désormais choisis et
non imposés.
Mais, les services administratifs impliqués sont modestes :
chaque cellule
compte au plus plusieurs centaines de résidents, et chaque
secteur en compte
quelques milliers.
La prochaine étape évidente consistera à porter le processus
démocratique au
niveau des 155 communes du Rwanda – qui sont actuellement
administrées par
des maires ou des bourgmestres nommés – et ensuite au niveau des
12
préfectures.
Cependant, aucun calendrier n'est proposé pour les prochaines
élections, car
le gouvernement parle d'une période de bilan.
Pendant cette période, les responsables locaux sélectionnés au
niveau des
cellules et des secteurs subiront un programme de formation sous
la
supervision du gouvernement. Le programme comportera des séances
d'entraînement aux techniques administratives et des leçons
d'histoire et de
politique.
Selon Charles Murigande, le secrétaire général du Front
patriotique
rwandais, "bon nombre des nouveaux responsables n'ont jamais
occupé un
poste de responsabilité, alors nous devons leur enseigner les
notions
fondamentales".
Les autorités de Kigali estiment que les élections ont éun
succès. Elles
ont été formellement annoncées une semaine avant leur tenue et
aucune
campagne n'a été autorisée. Les autorités pensent que c'était
une
"expérience démocratique", car l'accent était sans cesse mis
sur la
"transparence", la "responsabilité" et la "bonne
gouvernance".
Avant le jour du scrutin, Protais Musoni, le secrétaire général
du ministère
de l'Administration locale, a affirmé qu'il est sûr que dans le
nouveau
Rwanda, des "Tutsis voteront pour des Hutus et des Hutus
voteront pour des
Tutsis", puisque la compétence administrative est le critère
suivant lequel
les candidats devraient être jugés.
Les questions relatives au génocide n'ont pas fait surface lors
du scrutin.
A Taba, dans la région centrale de Gitarama, les électeurs ont
dit
clairement que pour être choisis, les candidats doivent d'abord
être neutres
dans les événements de 1994.
Toutefois, les responsables locaux et les commandants militaires
ont demandé
aux reporters de ne pas poser de questions sur les événements de
1994 et sur
le rôle de Jean-Pierre Akayesu, le bourgmestre d'antan qui a été
par la
suite condamné à la réclusion à perpétuité par le Tribunal pénal
international des Nations Unies pour le Rwanda (TPIR) à Arusha,
en Tanzanie.
Akayesu était d'abord accusé de crimes liés au génocide.
"Vous êtes ici pour surveiller les élections. Laissez Akayesu
pour un autre
jour", a signalé le commandant de la brigade locale.
Après les élections, l'attention du peuple rwandais se focalise
à nouveau
sur les événements de 1994.
Le récent rapport sur le Rwanda rendu public par Human Rights
Watch et la
Fédération internationale des Droits de l'Homme fait le compte
rendu du
génocide en 800 pages. Il retrace ses origines politique et
historique, tout
en accusant la France, les USA, la Belgique et les Nations Unies
entre
autres. Ces pays sont coupables de n'avoir pas prêté oreille aux
avertissements lancés à l'approche du désastre, et d'avoir
refusé de
reconnaître dès le début qu'il s'agissait d'un génocide.
Le rapport raconte avec des détails qui donnent la chair de
poule comment
les massacres avaient été prévus depuis des mois.
Les auteurs du rapport rejettent les vils récits stéréotypés
selon lesquels
le génocide était un "accès incontrôlable de rage d'un peuple
consumé par
la violence tribale". Le génocide est plutôt considéré comme
"le choix
délibéré d'une élite moderne déterminée à favoriser la haine et
la peur pour
se maintenir au pouvoir".
L'accent est surtout mis sur les auteurs du génocide et sur la
façon dont
leurs actions ont provoqué une si petite réaction de la
communauté
internationale.
Cependant, après avoir pris le maquis de 1990 à 1994, le Front
patriotique
rwandais (FPR) au pouvoir est aussi accusé d'avoir commis de
graves
violations des droits de l'Homme en 1994.
Les auteurs du rapport affirment que des milliers de Hutus
étaient tués sans
distinction et que les hautes instances du pouvoir étaient au
courant des
atrocités et les toléraient.