COMMERCE: L'Ouganda Pourrait Perdre 100 Millions De Dollars Sur Les Exportations De Poissons

KAMPALA, 6 avril (IPS) – L'Ouganda est en passe de perdre en
moyenne 100
millions de dollars US par an, si l'Union européenne (UE) met en
application
une interdiction frappant l'exportation des poissons
empoisonnés vers le
marché européen.

Les exportations de poissons frais sont la troisième source de
devises de
l'Ouganda, après le café et le tourisme. Ce pays gagne en
moyenne 389
millions de dollars US par an grâce au café. Le tourisme lui
rapporte 120
millions de dollars US.
L'Ouganda exporte essentiellement la perche du Nil qui se
reproduit dans les
eaux profondes. L'espèce la plus affectée est cependant le
Tilapia qui vit
dans les eaux peu profondes. L'empoisonnement des poissons est
endémique
dans les eaux peu profondes.
Les autorités locales ont interdit la vente du poisson dans cinq
districts
où les cas d'empoisonnement sont endémiques depuis un mois.
L'interdiction
décrétée le mois dernier affecte à la fois le poisson frais et
le poisson
fumé.
L'Union européenne, la principale importatrice des poissons
ougandais, a mis
en question la qualité des poissons. La Hollande a demandé à
l'Association
ougandaise de transformation de poisson (UFPA) de garantir la
qualité des
poissons si elle veut continuer à les exporter.
L'incident se produit à un moment où la demande de la perche du
Nil augmente
au Japon, à Singapour et en Autriche.
En 1997, l'UE avait interdit les importations des poissons
provenant de
l'Ouganda, du Kenya et du Mozambique, après une épidémie de
choléra.
L'interdiction a été levée seulement après des accords
bilatéraux entre l'UE
et les trois pays.
"Nous reconnaissons que l'empoisonnement des poissons
représente un grand
problème pour nous", déclare un fonctionnaire du ministère de
l'Agriculture
à Kampala.
Eva Kasirye, la directrice exécutive du Bureau national
ougandais de
contrôle des normes (UNBS), explique que les efforts déployés
pour lutter
contre l'empoisonnement des poissons sont compromis par la
"gourmandise"
des membres de la Coopération est-africaine (le Kenya, la
Tanzanie et
l'Ouganda), qui partagent le lac Victoria.
Elle soutient que les gardes, qui font des patrouilles sur le
lac Victoria,
cèdent souvent à la corruption.
La situation devient très grave car le ministère de
l'Agriculture n'a que
trois inspecteurs pour contrôler et arrêter l'empoisonnement des
poissons
sur la côte ougandaise du lac Victoria, le deuxième plus grand
lac au monde.
L'empoisonnement des poissons est endémique pendant la saison
sèche car la
prise est faible alors que la demande est forte. Les malfaiteurs
répandent
des produits chimiques autour de leurs filets. Ensuite, les
poissons
suffoquent, meurent et flottent plus tard à la surface de l'eau.
Les
pêcheurs les attrapent facilement.
Les poissons en décomposition sont perceptibles de loin
puisqu'ils flottent
sur les côtes du lac Victoria.
Ces poissons sont transportés la nuit par des véhicules qui sont
déchargés
entre la nuit et l'aube. Un poisson est vendu au prix modique de
0,50
dollar, alors qu'il coûte normalement deux ou trois dollars.
Les poissons empoisonnés ont souvent une couleur brune-pâle et
de petites
ouïes blanches. Leurs écailles s'enlèvent facilement. Ils ont
une odeur
fétide et une pupille laiteuse et sans éclat.
Les autorités sanitaires disent que les poissons sont
empoisonnés par des
pesticides agricoles ordinaires comme "l'endosulfan, le diozone
et le
chlorphenviphos". L'endosulphan, vendu sous plusieurs noms
commerciaux, est
aspergé sur les cultures. Le clorphenviphos sert à tuer les
parasites sur le
bétail.
"L'empoisonnement des poissons est un grave problème de santé.
Tout le
monde doit faire cette guerre", estime un fonctionnaire du
ministère
ougandais de la Santé.
Le premier cas d'empoisonnement de poisson avait été signalé en
1996. Les
autorités sanitaires rappellent que l'empoisonnement des
poissons est en
partie responsable de la récente épidémie de choléra qui a tué
trois
personnes à Kampala et entraîné l'hospitalisation de 87 autres
individus
dans ce pays de l'Afrique de l'Est.
Les autorités sanitaires indiquent que les morts présentaient
des symptômes
d'empoisonnement. Les signes cliniques des victimes empoisonnées
par les
poissons incluent des douleurs aiguës à l'estomac, la diarrhée,
une
sécrétion excessive de salive.
Les régions les plus affectées sont l'Est et le centre de
l'Ouganda.
Seuls les poissons du lac Edward situé à l'Ouest de l'Ouganda
seraient sains
à cause de la vigilance des autorités locales.
Le gouvernement intensifie la lutte contre l'empoisonnement des
poissons.
Vingt-six personnes ont été arrêtées. Elles seront condamnées à
trois ans de
prison si elles sont jugées coupables, conformément aux lois de
la haute
Autorité chargée de la gestion de l'environnement national.
Le gouvernement ordonne aux autorités locales d'arrêter tous les
pêcheurs
suspects apportant de gros volumes de poissons, surtout dans la
matinée. Le
public est appelé à ne pas acheter de poisson sans en connaître
la source.