LIBREVILLE, 29 mars (IPS) – La récente découverte du cadavre
d'une femme dans
un temple situé dans un quartier populaire de Libreville, a
ravivé le débat
sur le développement inquiétant des sectes religieuses dans ce
pays de
l'Afrique centrale.
La victime était une policière qui avait quitté son service dans
un
commissariat de la banlieue de Libreville la veille, en
confiant à ses
collègues qu'elle allait se faire soigner ", a dit un officier
de police.
La découverte de son corps sans vie a révélé un spectacle
proche d'un film
d'épouvante, affirme un habitant du quartier.
" D'aspect lugubre, le lieu du drame abritait quelques fidèles
enchaînés
mais aussi plusieurs statues et curieusement, le prédicateur
avait disparu
", rapporte-t-il.
D'autres victimes auraient précédé l'infortunée policière,
rappelle un
riverain.
Depuis une dizaine d'année, le Gabon connaît une forte
multiplication des
sectes et des religions nouvelles. Les prédicateurs ont trouvé
un cadre
propice et de nombreux adeptes dans la population gabonaise
confrontée à de
nombreux problèmes sociaux.
"Les inégalités sociales sont flagrantes dans notre pays et
cela a poussé
beaucoup de compatriotes en mal d'emploi et subsistant grâce à
ces églises
à y trouver non seulement du réconfort mais un moyen de se
marginaliser ",
déclare Ntoutoume Nzeng, un spécialiste du Droit
constitutionnel.
A côté des églises catholiques et protestantes sont venus se
greffer les
Pentecôtistes, les adventistes du 7ème jour, l'Alliance
chrétienne, la
Béthanie, les Témoins de Jéhovah, etc.
"Ces sectes exploitent au maximum le désarroi d'une frange de
plus en
plus importante de citoyens auxquels elles promettent la
guérison
miracleuse et la fortune…", commente frère Jacques Hubert de
l'Eglise
catholique du Gabon.
"Les Gabonais sont habitués à participer à ces grands-messes,
généralement dans les stades où les conférenciers annoncent des
miracles ou
prédisent la fin du monde", raconte Sylvianne Boussamba, fidèle
de l'Eglise
protestante.
Les autorités gabonaises se sont dit "préoccupées " par cet
incident qui
a suscité de très vives réactions des détracteurs des sectes.
Le ministre de l'Intérieur, Antoine Mboumbou Miyakou, avait déjà
été
interpellé en 1995 sur la prolifération des églises et sectes
qui se sont
multipliées si rapidement, en même temps que la misère et la vie
chère
s'accentuaient au Gabon.
Mais les possibilités de contrer l'activité des sectes sont
très limitées
au Gabon comme en France où les autorités sont opposées à la
création d'un
dispositif législatif spécifique au nom du principe de la
liberté de
conscience établi avec la séparation de l'Eglise et de l'Etat
en 1905.
Les lois gabonaises s'inspirent étroitement des lois de la
France,
l'ancienne puissance coloniale.
Pour éviter qu'un nouveau drame ne se reproduise, des
commissions
d'enquêtes se sont créées et seront supervisées par des
parlementaires.
"Pressé par les adversaires des sectes, le gouvernement va
mettre en place
une législation pour mieux lutter contre les dérives sectaires
", a
rassuré un député.
Le mouvement des "grands-messes " est l'une des sectes les
plus redoutées
au Gabon.
Fondé au 19ème siècle à Pittsburgh (Etats-Unis) par Charles
Russel, il
revendique 220 000 fidèles en France et 13 millions dans le
monde. Il a
été classé parmi les sectes de type "apocalyptique " par une
commission
parlementaire française.
Un autre mouvement récent au Gabon et dénoncé comme secte, est
l'Eglise de
scientologie, une secte qui prône la guérison des troubles de
l'individu
par lui-même, en "libérant" son esprit. La scientologie est
revenue sur
le devant de la scène en France après une décision de justice
lui
reconnaissant ce titre et le droit de développer ses activités
en France.
Le gouvernement français avait refusé de traiter comme une
religion la
scientologie, fondée en 1954 par un auteur américain de science-
fiction,
Lafayette Ron Hubbard.
Le drame qui a secoué récemment la société gabonaise, a aussi
ranimé le
débat sur les moyens de lutter contre les excès de certaines
sectes.
Le danger des sectes au Gabon incite à une vigilance constante
car il peut
se développer chez les peuples des pratiques de magie, voire des
pouvoirs
parapsychiques ", résume frère Hubert.

