ENVIRONNEMENT-SOMALIE: Les Flottes Etrangères Pillent Les Ressources Halieutiques Locales

BOSSASO, 29 mars (IPS) – Les communautés côtières de pêcheurs
somaliens
sollicitent de l'aide, pour renvoyer des eaux territoriales de
leur pays les
bateaux étrangers qui y pratiquent illicitement la pêche.

"La communauté internationale consacre beaucoup d'argent à
l'aide
alimentaire et aux projets communautaires en Somalie, depuis
1991", déclare
Ibrahim Aware, membre du Projet somalien de Gestion des
Ressources Maritimes.
"C'est un moment critique pour les organisations
internationales car elles
doivent intégrer le peuple somalien dans son environnement et
empêcher un
petit nombre de riches de mettre la main sur ses ressources
naturelles",
indique-t-il.
La pêche illicite le long des côtes somaliennes s'est accentuée
après la
division de ce pays de la Corne de l'Afrique en plusieurs fiefs,
à la suite
du renversement du Président Siad Barre en 1991.
Puisqu'il n'y a plus de gouvernement central en Somalie, les
bateaux
étrangers utilisent des méthodes illicites de pêche. Ils
utilisent des
filets traînants et des dynamites, brisent le récif corallien et
détruisent
les habitats coralliens où vivent les homards et d'autres
poissons de mer.
En conséquence, même les petits homards femelles portant des
ufs sont tués
sans distinction pendant leur cycle reproductif. Cette pratique
était
illicite avant le début de la guerre civile en 1991.
Aware raconte que pendant la journée, les bateaux disparaissent,
mais se
rapprochent de la côte la nuit et appliquent leurs "techniques
destructrices de pêche qui réduisent la prise de la population
riveraine et
endommagent les filets et les pièges tendus par les pêcheurs
locaux.
Les matins, beaucoup de poissons morts flottent près des côtes,
selon Aware.
Les bateaux ne respectent pas non plus les lois régissant les
deux saisons
de pêche en Somalie.
Traditionnellement, en Somalie, la pêche, notamment la pêche au
filet, n'a
lieu qu'entre septembre et avril. Pendant la saison chaude,
entre mai et
août, les pêcheurs n'utilisent que des hameçons pour faire la
pêche. Cela
permet de donner aux poissons le temps de grandir.
Abdulahi Warsame, un employé de la compagnie locale Ocean
Training and
Promotion (OTP), déclare que plus de 200 bateaux étrangers se
sont engagés
depuis 1991 dans la pêche illicite tout au long de la côte
somalienne qui
s'étend sur quelque 3300 kilomètres.
Les coupables venant essentiellement de l'Italie, du Pakistan,
de l'Inde, de
la Corée, du Yémen, de l'Espagne et du Japon obtiennent
d'énormes bénéfices
des eaux territoriales somaliennes, selon une liste mise à la
disposition de
IPS par le projet de gestion des ressources maritimes.
Yassin Saleh, un autre employé du projet de gestion des
ressources
maritimes, rapporte qu'en l'espace de 75 jours de pêche, chaque
bateau
obtient jusqu'à 420 tonnes de poisson dans les eaux de la
Somalie. Ces
tonnes de poisson ont une valeur de illions de dollars US.
La perte encourue par les communautés somaliennes, en matière de
réduction
de prise, d'emploi et de dégradation de l'environnement, s'élève
à plusieurs
millions de dollars, selon le projet maritime.
Samatar Yassin vit de la pêche et gagne en moyenne 1,2 million
de shillings
depuis les dix dernières années. Il craint de perdre son revenu
si une
action n'est pas entreprise contre les bateaux étrangers. (Un
dollar US
équivaut à 8000 shillings somaliens)
Rien que le mois dernier, les bateaux étrangers ont détruit
quatre filets
appartenant à Yassin. L'unité coûte environ 100 dollars US.
"La mer est mon seul moyen de survie. Je n'ai pas d'autres
choix. Mais, les
bateaux sont trop grands et nous sommes trop minuscules à côté
d'eux", se
plaint-il.
Depuis que les bateaux étrangers ont commencé à opérer dans les
eaux
territoriales somaliennes, Yassin affirme qu'il pêche à peine
assez de
poisson pour supporter sa famille composée de trois membres
pendant les deux
saisons de pêche. "Parfois, je n'ai pas du tout de poisson",
déclare-t-il.
Noor Mohammed, 50 ans, qui a 30 ans d'expérience de pêche dans
les eaux de
Bissaso, constate que la prise est moins abondante actuellement
parce que
les bateaux ont détruit la plupart des récifs coralliens qui
abritent les
poissons. "C'est simplement devenu trop difficile d'obtenir
encore du
poisson", relève-t-il.
Les ressources maritimes somaliennes sont les plus importantes
du monde.
Elles représentent, après l'agriculture, la deuxième plus grande
industrie
de ce pays de la Corne de l'Afrique, et la quatrième source de
devises après
le bétail, la banane et l'encens.
Entre 1997 et 1998, Bissaso, le petit port de la mer rouge, a
exporté du
poisson et des produits poissonneux, tels les filets, les
homards et les
ailerons de requins d'une valeur de 7,5 millions de dollars US.
Pour arrêter la pêche illicite, les pêcheurs locaux, munis de
petites armes
à feu, forment des groupes de vigilance pour surveiller leur
côte. Quand ils
capturent un bateau de pêche étranger, ils obligent ses
occupants à payer
une amende.
Il y a une semaine seulement, deux de ces bateaux ont été
capturés à Eyl
dans le golfe d'Aden où la mer rouge se jette dans l'océan
indien. Un des
bateaux appartenant à une compagnie ukrainienne a été saisi le
14 mars. 17
Ukrainiens et un Somalien se trouvaient à bord.
Le deuxième navire, capturé au large du village de Gaba sur la
côte d'Eyl le
15 mars, appartenait à une compagnie taïwanaise de pêche. Les 31
personnes à
bord du navire étaient essentiellement originaires de l'Inde, de
la
Tanzanie, de l'Ouganda et du Taiwan.
Bien que les vigiles aient 40 bateaux motorisés donnés par des
organisations
non gouvernementales (ONG) locales, il n'y a parfois aucune
commune mesure
entre les "pirates" lourdement armés et eux.
Jusqu'à présent, huit pêcheurs et deux bateaux n'ont pas été
retrouvés
depuis deux semaines. Warsame craint qu'ils n'aient été victimes
de la
querelle entre les bateaux étrangers et les pêcheurs locaux.
"Parfois, les bateaux étrangers sont protégés par d'influents
personnages
locaux qui n'autorisent personne à s'approcher d'eux", explique-
t-il.
Toutefois, l'océan n'est pas la seule ressource somalienne qui
est pillée
par les intér commerciaux gourmands, à cause de l'absence d'un
gouvernement en Somalie. A l'intérieur et aux alentours de la
ville de
Kismayu, des centaines d'hectares d'arbres sont quotidiennement
abattus pour
fabriquer du charbon de bois destiné à l'exportation vers le
Moyen-Orient.