NATIONS UNIES, 16 mars (IPS) – Les guerres civiles en Afrique,
notamment en
Angola et en République démocratique du Congo, sont surtout
livrées à cause
des ressources minérales, selon un haut responsable des Nations
Unies.
"Ces conflits sont appelés les guerres du diamant", déclare
Felix
Downes-Thomas à son retour d'une récente visite en Afrique
subsaharienne.
Downes-Thomas, chef du service des Nations Unies chargé de
l'aide au
maintien de la paix et représentant du Secrétaire général au
Liberia, a
reconnu lors d'une audience tenue à New York, la semaine
dernière que les
mercenaires sont impliqués dans certains conflits en Afrique.
Il établit un lien entre les compagnies privées de sécurité
recrutées par
les factions en guerre et la circulation des équipements
militaires dans les
zones de guerre en Afrique.
Downes-Thomas déclare que son service s'engage à diminuer la
demande
d'armes. "Mais il est aussi nécessaire d'aborder la question de
la
circulation des armes du côté des fournisseurs", estime-t-il.
Il dénonce l'ambiguïté de la communauté internationale, car elle
lutte
contre les fournisseurs de la drogue mais refuse de préconiser
une politique
similaire lorsqu'il s'agit du trafic des armes.
"Je souhaite que la même logique soit appliquée aux armes
légères en
particulier et à toutes les armes en général, surtout en Afrique
de
l'Ouest", propose-t-il.
Les fournisseurs de drogue viennent surtout des pays en
développement tels
que la Colombie, le Pérou, la Bolivie et l'Afghanistan. Mais,
les marchands
d'armes qui attisent les conflits dans les pays en développement
viennent
surtout de l'Occident.
Plusieurs compagnies de sécurité – notamment Sandline
International et
Defense System Ltd de Londres ainsi que l'ancienne Executive
Outcomes dont
le siège était à Pretoria – participent à plusieurs guerres
civiles en Afrique.
Selon un rapport des Nations Unies rendu public en octobre
dernier, les
mercenaires sont impliqués dans les pays africains comme
l'Angola, la Sierra
Leone, le Lesotho, le Liberia, le Mozambique, la Namibie, le
Soudan, la
République démocratique du Congo (ex-Zaïre), la Zambie et le
Zimbabwe.
Dans un rapport adressé à l'Assemblée générale, Enrique Bernales
Ballesteros
du Pérou, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les
mercenaires,
indique que le Président déchu de la Sierra Leone, Ahmed Tejan
Kabbah, avait
demandé à Sandline International de lui "accorder une
assistance militaire
et de l'aider à reprendre le pouvoir".
Les compagnies financières et minières ayant des intérêts et des
biens en
Sierra Leone auraient cautionné et partiellement financé le
recrutement de
Sandline International. Cette compagnie dont le siège est à
Londres était
aussi accusée d'exporter des équipements militaires et des
hélicoptères vers
la Sierra Leone l'année dernière, malgré un embargo des Nations
Unies.
Dans un article publié dans le New York Times le mois dernier,
Elizabeth
Rubin a écrit qu'en 1995 la Sierra Leone avait engagé Executive
Outcomes
seulement après que les Nations Unies, l'Organisation de l'Unité
africaine
(OUA) et la communauté internationale ont été incapables de
contribuer au
retour du gouvernement démocratiquement élu dans ce pays.
"La compagnie était prête à faire ce que les Nations Unies ne
pouvaient pas
faire : prendre partie, prendre des risques, déployer une force
écrasante et
tirer de façon préventive", explique-t-elle.
Executive Outcomes a accepté de mater les rebelles et de
rétablir la loi et
l'ordre en Sierra Leone, contre 15 millions de dollars et des
accords
relatifs à l'exploitation des mines de diamant, ajoute-t-elle.
Le rapport des Nations Unies a aussi fait allusion à la présence
de
mercenaires dans l'ex-Zaïre. Ces mercenaires tentaient de
défendre le
gouvernement du Président Mobutu Sese Seko. La plupart d'entre
eux ont
décidé de quitter le pays après la chute de Kisangani.
Cependant, il y a toujours au Congo la compagnie londonienne
Defense System
Ltd qui est chargée de garder des mines, des installations
pétrolières et
des ambassades à Kinshasa.
Le rapport des Nations Unies souligne que l'existence des
mercenaires et de
leurs activités est un fait indéniable. "Leur existence peut
disparaître
lorsque la paix, la stabilité politique et le respect de l'ordre
démocratique sont établis, mais elle réapparaît lorsque ces
conditions
connaissent une crise".
Le Secrétaire général des Nations Unies a reconnu l'année
dernière que
lorsqu'il luttait pour rassembler des troupes pour une force de
maintien de
la paix en Afrique, certains lui avaient suggéré de recruter des
compagnies
privées de sécurité capables de fournir aux Nations Unies la
force de
réaction rapide dont elles avaient besoin.
"Lorsque nous avions besoin de soldats compétents pour séparer
les
combattants et les réfugiés dans les camps de réfugiés rwandais
à Goma, j'ai
même envisagé la possibilité d'engager une firme privée", avoue-
t-il. Mais,
il a réalisé que "le monde n'est peut-être pas prêt à faire de
la paix
l'affaire des compagnies privées".

