JOHANNESBURG, 23 mars (IPS) – La croissante campagne pour
l'annulation de la
dette des pays en développement s'intensifie.
Lors d'une conférence régionale tenue à Johannesburg le week-end
dernier,
Jubilé 2000 a annoncé que la campagne internationale qu'elle
mène pour
débarrasser les pays en développement du poids écrasant de la
dette donnera
bientôt lieu à un sommet Sud-Sud dont le but est de soutenir la
campagne
avant le prochain millénaire.
"La campagne Jubilé 2000 est un appel que lance le mouvement
mondial appelé
la Coalition du Jubilé 2000 pour obtenir l'annulation des dettes
internationales (des pays en développement) d'ici au 31 décembre
2000",
déclare Kilron Kembe du Conseil des Eglises du Zimbabwe (ZCC).
"La campagne préconise qu'au début du prochain millénaire les
dettes soient
annulées pour le bien de plusieurs milliards de personnes vivant
dans les
pays pauvres", dit-il.
La campagne est le plus grand mouvement des individus, des
églises, des
organisations non gouvernementales (ONG), des syndicats et des
associations
d'étudiants de plus de 40 pays du Sud qui s'organisent pour
réclamer la
justice sociale.
Le mouvement est élaboré sur le modèle de la campagne organisée
au 18ème
siècle pour abolir l'esclavage. Entre autres, il recherche 22
millions de
signatures pour faire pression sur le groupe des 8 pays les plus
industrialisés (G-8), qui comprend les Etats-Unis, la Grande-
Bretagne, la
France, l'Allemagne, le Japon, l'Italie, le Canada et la Russie.
Le G-8 se réunira en juin à Cologne en Allemagne où Jubilé 2000
prévoit de
former une chaîne humaine pour symboliser la solidarité mondiale
entre les
pays en développement dans le cadre des manifestations en faveur
de
l'annulation de la dette.
Chaque année, l'Afrique consacre plus de 13 milliards de dollars
à la dette.
Ce chiffre représente le double du budget de la santé et de
l'éducation
primaire en Afrique.
En 1997, l'Argentine a envoyé plus de 17 milliards de dollars US
aux nations
d'outre-mer pour payer les intérêts et le service de la dette.
Cette énorme
somme représente plus de 150 fois l'argent que le gouvernement
argentin
consacre à l'éducation et à la culture. Ce chiffre a doublé au
cours des
sept dernières années.
Si l'Argentine avait investi ces 17 milliards de dollars US dans
les
infrastructures publiques, elle aurait pu construire 600.000
logements de
grande qualité à 30.000 dollars US l'unité. La construction de
ces logements
aurait pu générer 2,4 millions d'emplois. L'Argentine aurait
aussi pu
construire 100 hôpitaux ou 500 écoles publiques.
Les participants à la conférence de Jubilé 2000 ont appris que
la
concentration des richesses et le paiement des intérêts de la
dette ne
laissent plus aucune possibilité aux peuples en développement et
privent
l'Etat de ressources.
"Le problème de l'annulation de la dette prend une extrême
ampleur dans nos
pays. Nous parlons et continuerons de parler d'un nouvel Ordre
moral
mondial. Nous serons entendus", déclare Alejandro Bendana, un
militant
nicaraguayen.
Bendana explique que Jubilé 2000 ne concerne pas seulement la
dette. "Elle
concerne lademption et la libération des opprimés".
"Ce n'est pas seulement une dette financière. Le Nord a aussi
une dette
morale vis-à-vis du Sud et celle-ci tient de l'oppression, de
l'exploitation
de nos forêts et de l'oppression de nos femmes", souligne
Bendana.
Les dirigeants de ce monde se sont récemment bousculés pour
montrer qu'ils
sont préoccupés par la crise de l'endettement à laquelle font
face les
économies les plus pauvres.
Après les propositions britanniques, allemandes et françaises,
le Président
américain, Bill Clinton, a suggéré une réduction de la dette des
pays les
plus pauvres de 70 milliards de dollars US, et demande en
échange des
réformes économiques.
"Il est question de savoir si les plans d'allégement partiel de
la dette
proposés par Clinton, le Fonds monétaire international (FMI) et
la Banque
mondiale ont fait du bien ?", note Jubilé 2000 dans un
communiqué.
"La réponse est que l'incapacité spectaculaire du plan des pays
pauvres
lourdement endettés à réduire un tout petit peu la dette des
pays pauvres
fait naître en nous des soupçons", indique le communiqué.
Les réformes économiques entraînent la réduction des dépenses
sociales,
l'augmentation des taux d'intérêt, la dérégulation commerciale
et financière
et la privatisation des entreprises publiques. Selon Jubilé
2000, ces
mesures ont déjà élargi l'écart entre les riches et les pauvres
dans les
pays en développement.
"Nous supportons le HIPC- Highly Infuriated People's Coalition
(La
coalition des pays extrêmement furieux) et non le Highly
Indebted Poor
Countries Initiative (le plan des pays pauvres lourdement
endettés)",
s'exclame Bendana.
"Nous n'avons pas besoin d'accorder 15 années supplémentaires
au plan des
pays pauvres tout juste pour constater que ce n'est pas la
solution à la
crise de l'endettement".
La crise de l'endettement remonte aux années 1970 où les pays
exportateurs
de pétrole (OPEP) avaient quadruplé le prix du pétrole, à la
suite de la
chute du dollar US.
Les banques, cherchant des opportunités d'investissements pour
leurs
nouveaux fonds, octroyaient souvent des prêts aux pays en
développement sans
en évaluer les demandes et sans contrôler leur usage.
Les efforts effectués par une commission de la banque centrale
américaine
pour soutenir le dollar US ont entraîné une hausse de plus de 21
pour cent
des taux d'intérêt, provoqué une augmentation correspondante des
taux
internationaux, et occasionné un changement dans la capacité des
pays en
développement à honorer les dettes.
La Grande Récession de 1981/1982 a réduit la demande et les prix
des
produits d'exportation des pays moins développés.
Par ailleurs, la plupart des prêts n'ont pas profité aux pauvres
de ces
pays, ils ont plutôt servi à acheter des armes, à consolider les
régimes
oppressifs, lorsqu'ils n'ont pas été investis dans des projets
irréalistes
ou mal étudiés.
"C'est tout comme si on demandait à un homme se trouvant dans
un trou
(profond) d'essayer de sortir tout seul", commente Dennis
Brutus, président
de Jubilé 2000. "Les lois sont conçues en Amérique pour
l'Afrique".

