JOHANNESBURG, 15 mars (IPS) – Le mois dernier, le chef de
l'UNITA, Jonas
Savimbi, a écrit à Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations
Unies, pour
lui demander de maintenir la présence des Nations Unies en
Angola, estimant
que le conflit qui prévaut dans ce pays depuis 24 ans ne peut
pas trouver de
solution militaire.
Certains analystes de l'Afrique du sud – un pays où le conflit
angolais
suscite beaucoup d'intérêts – disent que la réponse des Nations
Unies
pourrait déterminer l'avenir de ce pays.
Un des analystes, Sean Seary du groupe Strategic Concepts, pense
que la
réponse des principaux membres de la communauté internationale
aux profondes
analyses et prépositions contenues dans la lettre de Savimbi
déterminera la
suite des événements en Angola.
"Si l'UNITA conclut que la communauté internationale a
irrévocablement des
préjugés contre elle, elle est susceptible de la contrecarrer.
Ses troupes
envahiront probablement les zones diamantifères et attaqueront
ou
bombarderont le terminal pétrolier offshore de Soyo", prédit-
il.
"L'Angola aura ainsi entamé une autre phase de sa longue guerre
civile", a
annoncé Seary lors d'une récente réunion de l'Institut sud-
africain des
Affaires internationales de Johannesburg. Strategic Concepts se
spécialise
dans l'évaluation des risques, la recherche et l'analyse des
problèmes
socio-économiques et politiques.
L'UNITA, l'Union nationale pour l'Indépendance totale de
l'Angola, lutte
contre le gouvernement angolais depuis plus de 24 ans.
Savimbi a écrit à Annan le 18 février en demandant que la
Mission
d'observation des Nations Unies en Angola (MONUA) reste déployée
même après
l'expiration de son actuel mandat. En janvier, Annan avait
annoncé le
retrait de la mission onusienne de maintien de la paix parce que
"les
événements de ces derniers mois ont clairement démontré que le
processus de
paix de l'Angola a quasiment échoué et le pays est actuellement
en état de
guerre".
Savimbi explique que la résurgence de la guerre est consécutive
aux
multiples vices du Protocole de Lusaka signé en 1994 dans la
capitale
zambienne pour mettre fin à cette longue guerre civile.
Certains des facteurs qui ont ébranlé le protocole incluaient la
décision de
l'Angola d'envoyer des troupes pour renverser le défunt
président zaïrois,
Mobutu Sese Seko, un allié de l'UNITA, et l'invasion de la
République du
Congo (Brazzaville) par l'Angola, afin de destituer un autre
allié de
l'UNITA, Pascal Lissouba.
Ayant interprété ces facteurs comme un effort destiné à changer
l'équilibre
du pouvoir en sa défaveur et une menace pour sa survie, l'UNITA
a alors
commencé à se réarmer.
La guerre civile a formellement recommencé le 4 décembre dernier
pendant le
quatrième congrès du parti au pouvoir, le Mouvement populaire
pour la
Libération de l'Angola (MPLA). Le Président Eduardo do Santos a
ordonné à
ses troupes de lancer une attaque sur Andula et ndo, deux villes
centrales, contrôlées par l'UNITA.
". . . la seule façon de parvenir à la paix en Angola consiste
à
neutraliser politiquement et militairement l'UNITA et son
président
(Savimbi)", a déclaré do Santos lors du Congrès.
A l'intérieur de l'Angola, il y a plus de 650.000 personnes
déplacées par
les combats et les Nations Unies indiquent que les besoins
d'aide
alimentaires estimés à 60 millions de dollars US cette année-ci
sont le
double de ceux de l'année dernière.
"Selon les indications actuelles, l'UNITA détient toujours une
grande
partie de ses forces et la plupart de ses nouvelles armes. Ses
troupes sont
aussi mieux équipées qu'auparavant", signale Seary.
Les analystes disent que l'UNITA est lourdement armée, bien
qu'elle ait
signé une déclaration, en mars de l'année dernière, selon
laquelle elle
s'est complètement désarmée et transformée en une organisation
politique non
armée.
"Les forces armées angolaises, dont le moral et le niveau de
formation sont
nettement pires que ceux de l'UNITA, ont fait jusqu'à présent
une médiocre
performance", estime Seary.
Aucune des deux parties n'a cependant la force de détruire
complètement
l'autre, et la guerre peut avoir de graves implications pour le
conflit en
République démocratique du Congo (RDC) et pour la Zambie qui
fait frontière
avec l'Angola et la RDC.
Le Président zimbabwéen, Robert Mugabe, a déjà souhaité qu'une
force
d'intervention de la Communauté de Développement de l'Afrique
australe
(SADC) soit déployée en Angola pour soutenir le gouvernement de
ce pays.
La guerre angolaise pourrait cependant avoir des implications en
Libye, au
Soudan et en Côte d'Ivoire, car ces pays ont montré un certain
intérêt en
RDC. Les Etats-Unis et la France ont affiché des intérêts
différents dans la
région puisqu'ils possèdent de grandes industries pétrolières en
Angola.
L'économie s'étant effondrée, le gouvernement est supposé
utiliser plus de
95 pour cent de ses recettes pétrolières pour financer la
guerre. L'UNITA
dépend des recettes qu'elle tire des mines de diamant dont elle
dispose.
La dette extérieure représente environ 150 à 200 pour cent du
produit
intérieur brut et les économistes estiment que la guerre est
économiquement
insupportable.
Puisque l'UNITA ne considère pas encore que la guerre est un
moyen
susceptible d'amener le gouvernement à engager un nouveau round
de
négociations, Seary conclut que les combats devraient être
arrêtés et pour
les arrêter, il faut stopper la circulation des fonds destinés à
financer la
guerre.

