PARIS, 19 mars (IPS) – Pour trouver une solution au poids
écrasant de la
dette des pays pauvres du monde, la France propose que le
service de la
dette soit suspendu pendant 30 ans pour favoriser le
développement
économique de ces pays.
La proposition française a été révélée mercredi par le ministre
français des
Finances, Dominique Strauss-Khan, lors de la séance de clôture
de la réunion
annuelle de la Banque interaméricaine de Développement (BID).
Strauss-Khan a annoncé que la proposition française fait
actuellement
l'objet d'un débat et sera encore au menu des discussions
pendant le
prochain sommet des sept pays les plus riches (G-7) à Cologne
(Allemagne) en
juin.
"Si la proposition relative à la suspension du service de la
dette pendant
30 ans aboutit, une génération entière d'hommes et de femmes des
pays
pauvres bénéficiera du développement économique sans avoir à
payer de
dette", a expliqué Strauss-Khan aux reporters à la fin de la
40ème réunion
annuelle de la BID.
Tout en déclarant que la réunion a été un "succès", le
président de la
BID, Enrique Iglesias, a déclaré que l'Amérique latine a pris
l'engagement
d'opérer des réformes.
"L'Amérique latine amorce une nouvelle ère. Nous avons des
problèmes et
certains d'entre eux proviennent de l'étranger, ils ne sont pas
dus à
l'inexistence de politiques macro-économiques dans nos pays",
fait-il
remarquer.
Iglesias a expliqué que 1998 a été une année de catastrophe
économique et
financière. Au cours de cette année-là, il était urgent de
prêter assistance
à l'Amérique latine qui venait d'être douloureusement secouée
par le cyclone
Mitch qui a fait plus de 24.000 morts et 2 millions de sans-abri
dans la
région.
"1999 sera une année plus compliquée et plus difficile, mais en
l'an 2000,
une nouvelle phase de croissance s'amorcera", espère Iglesias.
Iglesias salue la décision des gouverneurs de la Banque, qui ont
résolu le
problème des ressources à concéder à certains pays d'Amérique
latine pendant
les neuf prochaines années. Ces ressources incluent les fonds
dont la Banque
a besoin pour aider la Bolivie, la Guyane et le Nicaragua.
Le président de la BID salue également le fait que les
gouverneurs aient
accepté d'engager éventuellement leur responsabilité pour faire
face au coût
de l'allégement de la dette du Honduras, au cas où ce pays
deviendrait
éligible pour une réduction de dette.
En 1998, la BID a prêté à l'Amérique latine et aux Caraïbes la
somme record
de 10 milliards de dollars, contre 6 milliards en 1997. La
hausse des
crédits est partiellement due à l'introduction des prêts
d'urgence destinés
à contrecarrer l'instabilité financière mondiale.
Après que le Président américain Bill Clinton a préconisé un
allégement de
la dette africaine, le ministre français a déclaré que c'était
une chose
excellente de constater que "tout le monde avance dans la même
direction".
Il a souligné qu'il est important que les nouvelles propositions
ne se
limitent pas aux mots, mais qu'elles soient traduites dans la
réalité.
ss-Kahn pense que la proposition française est généreuse et
libérerait
les ressources nécessaires aux projets de développement et
d'infrastructure
; en plus, elle inclurait un grand nombre de pays".
Les organisations non gouvernementales, qui battent campagne
pour obtenir
l'annulation de la dette extérieure des pays pauvres et qui
suivent de près
les négociations internationales sur les mesures préconisées à
cet effet,
ont accueilli la proposition française avec prudence.
Le Réseau européen de la Dette et du Développement (Eurodad)
dont le siège
est à Bruxelles en Belgique estime que la proposition française
est
"louable et intéressante", mais il ajoute qu'il a besoin de
plus de
détails sur l'idée avant de pouvoir déterminer si elle est
capable de
trouver une solution "significative" au problème de la dette.
Selon Eurodad, la proposition peut être une grande première,
compte tenu
d'un certain nombre de facteurs. Il serait utile de savoir si le
projet de
réduction concerne les crédits à l'exportation dont les taux
d'intérêts sont
plus énormes que l'aide publique au développement.
Eurodad indique que la proposition française fait suite au
constat selon
lequel le service de la dette asphyxie plus les pays endettés et
leurs
budgets que le montant de la dette. En renonçant au service de
la dette
pendant plusieurs années, la France ferait une grande faveur à
ces pays.
La proposition française pourrait aider les pays endettés de
façon pratique,
mais elle n'attaque pas la cause profonde des problèmes de ces
pays. Elle
est alors différente des propositions faites dans d'autres
régions pour
aborder le problème du poids écrasant de la dette qui décourage
aussi les
investisseurs, selon Eurodad.
Les ONG préféreraient que les propositions portent sur des
calculs et des
chiffres concrets.
Les déclarations de Strauss-Kahn sont consécutives à l'appel que
le
Président français, Jacques Chirac, a lancé aux bailleurs de
fonds
bilatéraux et multilatéraux afin qu'ils trouvent une solution
"définitive"
au problème sempiternel de la dette.
Dans le discours qu'il a prononcé pendant la séance d'ouverture
de la
réunion de la BID, Chirac a déclaré que les bailleurs de fonds
devraient
aller au-delà des termes adoptés par le G-7 pendant le sommet
qu'il a tenu à
Lyon en 1996. Au cours de ce sommet, la France avait proposé une
réduction
de 80 pour cent de la dette bilatérale des pays pauvres
lourdement endettés.
Le Président français avait aussi exhorté les institutions
financières
bilatérales comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire
international et
les banques régionales de développement telles que la BID à
procéder à
l'allégement de la dette. La conclusion de Chirac était que le
poids de la
dette devait être équitablement supporté par tous les pays au
prorata de
leur richesse.

