AFRIQUE: Des Millions De Personnes Pourraient Rester Sans Emploi

NAIROBI, 22 mars (IPS) – Des millions d'Africains seront réduits
au chômage
si les économies de la plupart des pays africains n'arrivent pas
à créer de
nouveaux emplois, déclare un haut responsable des Nations Unies.

Lalla Ben Barka, l'adjointe au secrétaire exécutif de la
Commission
économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), explique que
les offres
d'emploi ne suivent pas le rythme d'augmentation de la main-
d'uvre.
"Le rythme de croissance annuelle de la main-d'uvre s'élève en
moyenne à 3
pour cent, alors que le taux de création d'emploi stagne et
baisse", dit-elle.
Barka et quelque 350 délégués d'ONG, de gouvernements et
d'agences des
Nations Unies ont assisté à une conférence sur "l'Accélération
du
Développement social en Afrique au 21ème siècle" à Nairobi, la
capitale
kenyane, du 15 au 17 mars.
Cette conférence de la CEA était la suite de la conférence
mondiale sur le
développement social tenue à Copenhague (Danemark) en 1995.
Le sommet de Copenhague avait recommandé un plan d'action de 10
points que
les pays pourraient utiliser pour faire face aux grands
problèmes de la
pauvreté, de l'emploi et de la bonne gouvernance pendant un
moment donné.
Barka pense que si des mesures urgentes de lutte contre la
pauvreté absolue
ne sont pas prises, l'Afrique demeurera le seul continent où la
pauvreté
continuera de s'accentuer au cours du prochain siècle".
"Une façon d'atteindre cet objectif est d'accroître le capital
humain des
pauvres en assurant leur accès aux soins de santé primaires, à
l'éducation,
à la nutrition, à l'emploi productif et aux méthodes durables de
subsistance", conseille-t-elle.
L'Organisation internationale du travail (OIT) observe que
depuis le sommet
de Copenhague, le progrès effectué pour créer de nouveaux
emplois est très
insuffisant.
D'après l'OIT, sur 100 nouveaux emplois créés entre 1990 et 1995
en Afrique,
50 concernaient l'agriculture, 40 concernaient le secteur
informel urbain et
10 se rapportaient au secteur formel moderne.
L'organisation onusienne du travail parle d'un changement
structurel qui a
favorisé des départs du secteur public vers de petites et
moyennes
entreprises privées.
"Un taux public d'emploi de 25 pour cent est signalé dans
plusieurs pays",
constate l'OIT en ajoutant que "les salaires réels ont baissé
de façon
spectaculaire au Kenya, au Malawi, en Ouganda, en Tanzanie, en
Zambie et au
Zimbabwe".
"Dans la plupart de ces pays, le taux d'emploi dans les zones
urbaines se
situe autour de 20 à 30 pour cent. Le taux de chômage des jeunes
varie entre
24 et 40 pour cent, et celui des femmes représente le double de
la moyenne
nationale", ajoute l'OIT.
Bien que la CEA affirme que les gouvernements africains ont, en
moyenne,
amélioré le produit intérieur brut (PIB) de leurs pays depuis le
Sommet
social, ces preuves de croissance économique positive n'ont pas
favorisé la
relance du secteur social (l'éducation et les soins de santé)
dans la
plupart des pays.
"Etant donné la hausse spectaculaire des taux de croissance
démographique
en Afrique, nous ne croyons pas qu'il faille déjà s'en ré",
estime
Barka. "Toutes ces percées sont en deçà du taux de croissance
nécessaire
pour réduire la pauvreté de moitié d'ici l'an 2015".
Alors que le taux annuel moyen de croissance du PIB était d'un
pour cent
avant le sommet, ce taux est passé à 3,2 pour cent en moyenne
sur le
continent, quatre ans après le sommet.
Lors de la séance d'ouverture de la conférence la semaine
dernière, le
Président kenyan, Daniel arap Moi, a signalé que toute région
opérant dans
un environnement économique dominé par les forces du marché
connaît
difficilement la prospérité économique.
"L'existence continuelle des pratiques commerciales injustes,
réduit la
demande des produits de base qui représentent les principales
exportations
de l'Afrique", a-t-il noté.
La situation continue d'affaiblir la base économique des pays
d'Afrique
orientale et australe. "Au même moment, elle empêche les
pauvres de faire
face à leurs besoins sociaux fondamentaux", a-t-il ajouté.