POLITIQUE-BENIN: Les Electeurs Béninois Deviennent Apathiques

COTONOU, 12 mars (IPS) – Très peu de Béninois se sont inscrits
sur les
listes électorales pour voter lors des législatives du 30 mars.

Presque partout dans ce pays Ouest-africain de 5,8 millions
d'habitants, le
constat est que le nombre d'électeurs inscrits a baissé par
rapport à celui
de 1995.
Par exemple, à Sakété, une localité du Sud-Bénin, seulement
32.000 électeurs
se sont inscrits contre 37.000 en 1995. A Ouaké, au Nord du
Bénin, le nombre
d'inscrits est passé de 600 à 300, soit une baisse de 50 pour
cent.
Depuis les dernières élections présidentielles, les Béninois
sont dans le
désarroi total", affirme Jean-Didier Kounnou, un professeur de
l'enseignement secondaire vivant à Cotonou.
Selon lui, aucune des promesses faites lors des précédentes
campagnes
électorales n'a été tenue. Si aujourd'hui, les Béninois refusent
d'aller
voter, c'est pour marquer leur désaccord avec la manière dont le
pays est géré.
Les propos de Kounnou sont confirmés par Marie Feliho, une
vendeuse de tissu
au marché international de Dantokpa à Cotonou. "Moi, je suis
fatiguée de
voter. Les politiciens nous font des promesses mirobolantes en
période de
campagne, mais une fois élus, ils ne pensent qu'à leurs parents
et
famille", dit-elle.
"Même si je décide de voter, je ne sais pas pour qui je vais
voter",
déclare Feliho.
Sa collègue, Amina Osséni, avoue avoir perdu confiance. "Je ne
pense même
pas au vote. Je ne veux plus aller perdre mon temps pour élire
des gens qui
s'empressent de se remplir les poches et de satisfaire
uniquement leurs
parents", relève-t-elle.
Le peuple béninois est mûr aujourd'hui et tous ces politiciens
qui
choisissent d'ignorer ce fait seront déçus, ajoute-t-elle.
Erick Hector Hounkpê, journaliste et comédien à la chaîne 2, une
station
privée de télévision, a aussi donné son avis.
"La déception est très grande. Les hommes politiques ont
préféré faire la
culture du mensonge à telle enseigne que les populations ne
croient plus en
eux. Pour elles, un homme politique n'est pas un homme
crédible",
signale-t-il.
"Je conseille à ceux qui sont déçus d'émettre un vote-
sanction",
conseille-t-il.
"C'est une bonne façon de montrer la colère du peuple à la
classe
politique", déclare Hounkpê en ajoutant qu'il a décidé
d'utiliser cette
forme de protestation pour exprimer sa colère.
Koffi Aïvodji, un mécanicien auto, dénonce le nombre de partis
politiques
qu'il y a dans le pays. "Nous avons 115 partis politiques,
alors que le
grand Nigeria à côté n'en compte pas plus de dix", observe-t-
il.
Les politiciens béninois jouent avec le peuple", estime-t-il.
D'autres ne sont pourtant pas du même avis.
"Le gouvernement de Kérékou fait de son mieux pour mettre à
l'aise tous les
Béninois. Les problèmes qui se posent au Bénin ne sont pas
différents de
ceux des pays en développement", commente Joseph Dagnon, haut
cadre de
l'administration béninoise et supporter du Président Kérékou.
Dagnon pense que pour éviter le pire, la classe politique
béninoise devrait
commencer à travailler pour reconquérir lfiance du peuple.
Judith Dovonou, maîtresse couturière à Cotonou, prévoit aussi la
catastrophe, si les partis politiques ne rectifient pas le tir.
"Il faut que les partis politiques organisent des séances de
sensibilisation afin de réveiller l'esprit patriotique des
Béninois",
conseille-t-elle.
Dovonou exhorte tous les Béninois à avoir un comportement
patriotique le
jour du scrutin.
"Moi, je pense que même si les gens sont très déçus, ils
doivent quand
même choisir leurs députés le jour du vote. C'est à la fois un
droit et un
devoir pour le citoyen dans un Etat démocratique", affirme-t-
elle.
Quelque 5810 candidats tenteront d'occuper les 83 sièges
parlementaires, à
l'issue des législatives du 30 mars.
Le scrutin était initialement prévu pour le 28 mars, mais à
cause de la fête
musulmane de l'Eid El-Bebir, il est reporté au 30 mars.
Par rapport à ses voisins, le Bénin, un pays pauvre dont le
produit national
brut est égal à 370 dollars, bénéficie d'une paix relative
depuis qu'il a
obtenu son indépendance de la France en 1960.
Kérékou, un officier de l'armée, a pris le pouvoir dans ce pays
en 1972. A
la suite d'une série de grèves des travailleurs, des syndicats
et des
groupes de défense des droits de l'Homme, il a été obligé
d'organiser des
élections présidentielles en 1991. A l'issue de ces élections,
son rival
Nicéphore Soglo, un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale,
a été élu.
Soglo a dirigé le pays pendant cinq ans, mais Kérékou a repris
le pouvoir, à
l'issue d'une élection controversée en 1996.