LIBREVILLE, 15 mars (IPS) – La baisse des achats de bois et les
retards de
paiement accusés par les partenaires commerciaux du Gabon
entraînent la
diminution des exportations.
La baisse des exportations, surtout vers le principal partenaire
commercial
chinois, est en partie due à la récente crise financière
asiatique.
Jusque dans les années 1970, l'économie gabonaise avait été
dominée par
l'exploitation du bois, de l'uranium et du manganèse. Depuis
lors,
l'exploitation pétrolière est devenue la principale activité
économique.
"Une très sensible augmentation de la demande intérieure s'en
est suivie
grâce à l'accroissement des revenus et aux dépenses engagées par
l'Etat. Les
recettes du secteur forestier, après une année 1997
particulièrement faste,
sont aujourd'hui fragilisées", déclare Gabriel Azizet,
directeur de cabinet
du ministre des Eaux et Forêts.
Malgré une timide reprise, la chute des exportations de pétrole
vers l'Asie
a plongé le Gabon dans une grave crise financière et économique
qui aurait
pu être évitée s'il y avait eu plus de rigueur dans la gestion
des affaires
publiques.
Le bien-être économique du Gabon a longtemps dépendu de la
forêt. Au
lendemain de son accession à l'indépendance en 1960, les
produits forestiers
représentaient 75 pour cent des exportations.
De nos jours, la part du secteur forestier dans les exportations
a non
seulement baissé et ne fournit que moins de 7% des recettes
totales de
l'économie, mais le volume de production a aussi très fortement
diminué.
Comme en 1985, le Gabon traverse en 1999 une crise économique et
financière
particulièrement délicate. La Société nationale des Bois du
Gabon (SNBG),
qui détient le monopole de la commercialisation des essences de
bois du
pays, accuse un déficit de 17 milliards de francs CFA, révèle un
porte-parole de la société.
Un dollar US équivaut à 566,42 francs CFA.
Pour atténuer la crise, les représentants des industries
forestières et
bancaires et ceux du gouvernement se sont réunis pour discuter
des
conséquences de la baisse de la production de bois, à la suite
de la débâcle
asiatique, affirme Patrick Deshayes, directeur général de la
société
Commerce Exploitation Forestière (COMEXFO), spécialisée dans
l'exploitation
des bois.
"On dénombre dans le secteur forestier près de 4000 Gabonais au
chômage et
ils perçoivent une indemnité mensuelle de 52.000 francs CFA,
alors que les
salaires moyens perçus par les forestiers avoisinent 160.000
francs CFA par
mois. La situation va en se dégradant", se plaint Deshayes.
Deshayes pense que "l'Etat doit renflouer les caisses de la
SNBG d'un
montant de l'ordre de 15 milliards pour que les banques locales
puissent lui
accorder un nouveau découvert pour payer les forestiers".
La SNBG, qui produit 75% des bois du Gabon, "ressent les effets
de la
baisse des exportations de bois africains vers l'Asie", signale
Jean-Yves
Meviane, directeur commercial de la SNBG.
"Pour vendre son bois, la SNBG s'était tournée exclusivement
vers les
acheteurs asiatiques, notamment malaysiens et indonésiens, gros
consommateurs de bois tropicaux. A la suite de la crise qui
secoue l'Asie,
cette dernière n'arrive plus à importer du bois plus cher que
celui
provenant de sa production locale", dit-il.
Les principaux partenaires commerciaux de la SNBG sont la
France, la
Turquie, Israël, le Maroc, la Chine, l'Indonésie et la Corée.
Malgré les problèmes, un porte-parole du ministère des Eaux et
Forêts
déclare que "les divers bois se vendent bien. En 1997, 400.000
m3 ont été
exportés et en 1998 les chiffres ont atteint 800.000 m3. C'est
dire qu'il y
a une compensation ne serait ce que sur le plan du tonnage".
Le stock de bois gabonais a dépassé les 220.000 m3, précise un
exploitant
forestier. Selon le ministère de l'Economie, "il est temps
d'envisager la
transformation du bois sur place et d'accélérer le processus
d'industrialisation de cette filière".
Le potentiel forestier exploitable est évalué à 300 millions de
m3. La
production des bois divers a augmenté de 30%, passant de 758.000
m3 en 1996
à 875.000 m3 en 1997.

