FEMMES-ONU: Le Manque D'argent Menace Un Institut De Promotion de La Condition Féminine

NATIONS UNIES, 11 mars (IPS) – Après avoir célébré la journée
internationale
de la Femme lundi dernier, les Nations Unies luttent maintenant
pour sauver
l'une de leurs rares agences impliquées dans la promotion de la
condition
féminine.

Les problèmes financiers auxquels l'Institut international de
formation et
de recherche sur la promotion des femmes (INSTRAW) fait face,
pourrait
contraindre cette agence à fermer ses portes cette année, si
elle n'obtient
pas immédiatement des fonds substantiels.
"L'institut ne sera pas financièrement fonctionnel après août
1999", a
prévenu mardi Yakin Erturk, l'ancienne directrice de l'Institut.
Erturk a déclaré devant la Commission des Nations Unies chargée
du statut
des Femmes que la situation financière critique qui prévaut
depuis 1992
devient "une crise institutionnelle qui menace l'existence de
l'Institut"
dont le siège est dans la République dominicaine.
"Au moment où l'Institut essaie de faire face effectivement aux
défis d'une
nouvelle ère, il est regrettable que la constante baisse de ses
fonds
demeure un obstacle majeur", a-t-elle ajouté.
En tant que l'une des rares agences des Nations Unies installées
dans la
capitale d'un pays du Tiers-Monde, l'Institut est uniquement
financé par les
contributions volontaires des 185 pays membres des Nations
Unies. Depuis 13
ans qu'il existe, ses fonds sont en constante baisse et il n'y a
plus que 35
pays qui l'aident régulièrement, selon Erturk.
L'Institut a été surtout créé pour développer de nouvelles
méthodes de
promotion de la contribution des femmes au développement et pour
harmoniser
davantage le processus global de développement avec les besoins
des femmes.
Un conseil d'administration composé de 11 membres formule ses
principes, ses
politiques et ses règles de travail.
Le budget annuel de l'Institut est d'environ deux millions de
dollars. Mais,
les contributions effectivement versées sont loin d'atteindre ce
montant.
Nitin Desai, le sous Secrétaire général de la Commission
économique et
sociale des Nations Unies pense que c'est le devoir des Nations
Unies de
renforcer et de consolider l'Institut. Malheureusement, le
problème
fondamental est le financement.
Conformément aux statuts de l'Institut, les Nations Unies ont
l'obligation
de le gérer seulement avec ses ressources placées dans le fonds
de
prévoyance, précise-t-il.
L'année dernière, l'Institut avait un déficit d'environ 1,3
millions de
dollars. "La situation est devenue si grave que le contrôleur
financier est
allé dire au Secrétariat qu'il devrait commencer à penser au gel
des
activités (de l'Institut)", rappelle Desai.
Ce dernier exhorte les Etats membres à décider si l'Institut est
une
priorité. Une sorte de résolution devrait être prise sur la
question au
cours de l'année, annonce-t-il. La quatrième conférence des
Femmes qui a eu
lieu à Beijing en 1995 avait quand même est que les objectifs de
l'Institut sont importants.
Desai souligne que le gouvernement de la République dominicaine
("un petit
pays en développement") a accordé un soutien substantiel à
l'Institut et
mérite d'être félicité, au vu de tous les obstacles auxquels le
pays est
confronté.
Il déclare que l'Institut a reçu une "aide considérable" des
pays en
développement. Alors, quand ces pays sollicitent auprès d'autres
donateurs
des fonds pour l'Institut, il faudrait se rappeler qu'eux aussi
lui en
donnaient, affirme Desai.
En fait, tout ne se passe comme si tous les donateurs avaient
abandonné
l'Institut. Plusieurs pays le soutiennent encore, précise-t-il.
Certaines des importantes promesses faites en 1999 sont venues
de
l'Autriche, de la Chine, du Luxembourg, des Pays-Bas, de
l'Afrique du sud et
de la Turquie. Il rappelle qu'en 1998, un certain nombre de pays
en
développement, notamment la Barbade, la Colombie, le Chili,
l'Egypte, la
Bolivie, l'Indonésie, le Lesotho, l'Inde, Madagascar, le
Paraguay ainsi que
le Japon, ont accordé des fonds à l'Institut.
Desai déclare que le seul message que tout le monde lui envoie
est que
l'Institut et ses programmes méritent d'être soutenus. La
question de la
mobilisation des fonds provenant des nouvelles sources est une
question
valable.
Le travail de l'Institut est très valorisé et le problème doit
être résolu
une fois pour toutes et non annuellement, estime-t-il.
"L'Institut a
actuellement besoin d'un soutien immédiat", s'exclame-t-il.
Un rapport d'évaluation commandé en 1991 par la Norvège, les
Pays-Bas et la
Finlande indique que malgré l'importance de son mandat,
l'Institut "n'a pas
pu produire depuis le début de ses activités un plan stratégique
spécifique
qui montre son avantage comparativement aux autres agences du
système des
Nations Unies".
En conséquence, Erturk déclare que malgré les contributions
inestimables que
l'Institut a faites dans les domaines des travaux non rémunérés,
des
statistiques, de la formation sur l'environnement et le
développement
durable, entre autres, ses rendements demeurent largement
fragmentés et
dispersés.
Actuellement, plusieurs organes des Nations Unies s'occupent des
questions
relatives aux femmes et au développement. Il y a le Fonds de
Développement
des Nations Unies pour les Femmes (UNIFEM) et la Division pour
le progrès
des Femmes qui est rattaché au Secrétariat de l'ONU. Cet état de
choses
amène certains à penser que ces deux organes ont les mêmes
objectifs.
Hazel Dewet de la Namibie pense qu'il est regrettable qu'une
institution
créée pour aborder les problèmes des femmes soit affectée par
ces événements
désastreux à la vielle d'un nouveau millénaire.
Ahmet Arda de la Turquie soutient que sa délégation est hostile
à la fusion
de l'Institut et de l'UNIFEM parce que les mandats des deux
organisations
sont différents.
Haile Mikeal de l'Ethiopie indique que toutes les organisations
de femmes
sont marginalisées et souffrent d'un manque de ressources.
L'Institut n'en
est qu'un exemple.