ECONOMIE-GABON: L'El Dorado De L'Equateur Est En Difficulté

LIBREVILLE, 12 mars (IPS) – Avec très peu d'habitants et
beaucoup de
pétrole, le Gabon a l'un des revenus les plus élevés en Afrique
subsaharienne, d'où son surnom de petit 'Eldorado de
l'Equateur'.

Cependant, ce pays de 1,36 millions d'habitants est en
difficulté. La chute
des cours mondiaux du pétrole et la crise financière de l'Asie
du sud-est
frappent douloureusement l'économie gabonaise.
Selon le rapport économique, social et financier inclus dans le
projet de
budget de 1999, la chute des cours du dollar US et du pétrole
créera un
déficit de 32,8 pour cent dans sa balance commerciale.
"Chaque fois que le cours international du pétrole chute d'un
dollar,
l'Etat gabonais perd 36 milliards de francs CFA", indique un
économiste
gabonais.
L'économie gabonaise dépend de la vente de ses réserves de
pétrole qui
constituent plus de 55 pour cent des recettes d'exportation.
Les deux principales sociétés pétrolières Elf Gabon et Shell
Gabon, deux
filiales de multinationales, viennent de suspendre leurs
campagnes
d'exploration jugées trop coûteuses sur l'actuel marché du
pétrole.
Cette décision aura des répercussions sur l'industrie locale.
John Barry, le
Président-directeur général d'Elf Gabon, confirme que pour le
groupe royal
Dutch Shell et El Acquitaine, les compagnies mères, la baisse
des recettes
est considérable.
Barry ajoute que la chute des cours du pétrole amène les
sociétés
pétrolières installées au Gabon à reporter jusqu'à l'an 2000 les
travaux
qu'elles devaient entreprendre en 1999. Le baril de pétrole
coûte environ
12,49 dollars US sur le marché mondial.
"Shell Gabon reste le plus grand opérateur au Gabon avec 55% de
la
production opérée sur les champs de Rabi Kounga et de Gamba",
renchérit-il.
Rabi Kounga, le plus important champ pétrolier du pays,
représente environ
la moitié des exportations totales de pétrole.
En juin 1996, puisque la production du champ de Rabi Kounga
plaçait la
production nationale au-dessus du quota fixé par l'Organisation
des pays
exportateurs de pétrole (OPEP), le Gabon s'est retiré de l'OPEP.
Au début de l'année 1990, Rabi Kounga produisait environ 135.000
barils par
jour. La production nationale a atteint à peu près 18, 6
millions de tonnes
en 1997. Le Gabon est le troisième plus grand pays producteur de
pétrole en
Afrique subsaharienne.
Les réserves de Rabi Kounga s'élevaient à 183,6 millions de
tonnes en 1995,
mais aucune découverte majeure n'a été faite ces dernières
années. Et en
l'absence de nouvelles découvertes de gisements de pétrole
comparables à ce
champ pétrolier, la production pétrolière du Gabon n'a pas
véritablement
augmenté depuis le milieu des années 1990.
Selon Barry, 62 agents de Shell Gabon ont été déjà licenciés
pour maîtriser
les dépenses. "Pour 1999, la stratégie d'exploration sera
focalisée autour
de Gamba . . . "
Puisque les dépenses du secteur public et les sociétés
pétrolières dépendent
des recettes du pétrole, il y aura certainement des difficultés
financières
dans plusieurs secteurs.
Avec un produit national brut (PNB) de 4230 dollars US abitant
en 1997,
le pays était riche grâce au pétrole, mais les mauvaises
stratégies
d'investissement ont créé une crise d'endettement.
"La mauvaise gestion de l'Etat a continué en 1999, malgré la
conjoncture
déjà défavorable en 1998", constate Michel Emane, un haut
fonctionnaire du
ministère gabonais des Finances. Michel ajoute que le pays se
remettra de la
dette "avec beaucoup de difficultés".
D'après le Rapport mondial sur le Développement (édition
1998/1999), la
dette extérieure du Gabon en 1996 s'élevait à plus de quatre
milliards de
dollars US et l'encours de cette dette représente 86 pour cent
du PIB.
"On enregistre également des arriérés importants des salaires
des
fonctionnaires qui ont été incorporés dans la dette publique",
rappelle Emane.
En raison de son incapacité à payer ses dettes, certains
bailleurs de fonds
comme l'Agence Française de Développement (AFD) ont suspendu les
concours
financiers qu'ils apportent au pays.
Le ministère des Finances indique que la dette bilatérale
constitue plus de
70 pour cent de la dette totale du pays, tandis que les dettes
multilatérale
et bancaire ont respectivement atteint 14 et 16 pour cent.