NAIROBI, 9 mars (IPS) – On craint de plus en plus que les
rebelles rwandais
de l'ethnie hutue, accusés d'avoir tué huit touristes étrangers,
ne
transforment la région en un camp de la mort.
"Tant qu'ils seront bien armés, déterminés et convaincus que le
retour dans
leurs pays respectifs ne sera pas la solution à leur problème,
ces gens
demeureront une menace pour la région", déclare Walter Oyugi de
l'Université de Nairobi.
L'avertissement d'Oyugi coïncidait avec l'annonce vendredi en
Ouganda, de
l'exécution de vingt-cinq rebelles par les troupes rwandaises et
ougandaises
de l'autre côté de la frontière de la République Démocratique du
Congo (RDC).
Oyugi craint que la frustration n'amène les rebelles hutus à
forger des
alliances avec les gouvernements et les autres groupes rebelles
dans la région.
L'assassinat des touristes s'est produit un mois à peine après
l'annonce par
le gouvernement du Président Yoweri Museveni de “l'écrasement”
des Forces
démocratiques alliées (FDA), dont le nombre serait tombé de 2000
à 300. Ceci
suite à l'intensification de la campagne gouvernementale contre
les insurgés
opérant dans la région montagneuse et accidentée du Ruwenzori.
Les touristes, deux Britanniques, deux Américains et deux néo-
Zélandais ont
été tués, après avoir été kidnappés tôt la semaine dernière dans
leur camp
au parc national de Bwindi, à la frontière avec la RDC. Ils
étaient allés
dans le parc pour suivre à la piste les quelque 120 gorilles de
montagne
encore vivants dans le monde.
Museveni reconnaît que les exécutions ont eu lieu suite à une
défaillance du
système de sécurité dans la zone. Il demande "à la communauté
internationale de faire preuve de compréhension pendant que
l'Ouganda lutte
pour résoudre ses problèmes internes".
Il saisit aussi cette occasion pour justifier la présence de ses
troupes en
RDC où son armée combat aux côtés des rebelles qui luttent pour
renverser le
Président Laurent-Désiré Kabila.
L'Ouganda rend les milices hutues (appelées les Interahamwes)
responsables
des meurtres.
"Le meurtre des touristes montre la nature criminelle des
Interahamwes et
explique pourquoi les Forces armées ougandaises sont allées au
Congo",
aurait-il dit à Kampala, la capitale ougandaise, cette semaine.
Après leur défaite au Rwanda, les Hutus ont franchi la frontière
de la RDC
où plus de 40.000 d'entre eux seraient en train d'aider le
Président Kabila
à lutter contre les rebelles soutenus par le Rwanda et
l'Ouganda.
Les Interahamwes ont massacré environ un million de Tutsis au
Rwanda en 1994.
Certains rebelles hutus seraient aussi en Ouganda en train
d'appuyer l'Armée
de Résistance du Seigneur et l'ADF, les deux principaux groupes
rebelles du
pays.
Ils ont aussi des liens avec les rebelles hutus au Burundi, où
les Hutus
représentent environ 85 pour cent des six millions d'habitants
de ce pays.
Les rebelles hutus du Burundi sccusés d'avoir tué des civils
soupçonnés
de coopérer avec le gouvernement Tutsi du Président Pierre
Buyoya.
Quelque 15.000 Interahamwes sont également éparpillés à travers
l'Afrique.
Au moins 4000 d'entre eux sont en République Centrafricaine
(RCA) et 3000
sont en Tanzanie. Bon nombre d'entre eux dirigent des
entreprises privées au
Kenya, selon le gouvernement rwandais.
"Au Rwanda, au Burundi et en Ouganda, les bandes de milices
ambulantes
inspirent un sentiment d'insécurité. C'est ce qui explique
pourquoi ces
trois pays tentent désespérément d'envoyer des troupes en RDC
pour les y
neutraliser", commente Oyugi.
Pour sa part, Deo Lukyamuzi du Mouvement panafricain de Kampala
pense que le
problème des Interahamwes ne peut être résolu que par des
efforts conjoints
des dirigeants africains.
"L'avenir de cette région dépend entièrement de ses habitants.
Nous ne
pouvons pas résoudre nos problèmes en demandant à la communauté
internationale de nous aider", souligne-t-il.
Lukyamuzi exhorte l'Organisation de l'Unité africaine (OUA) à
mettre fin à
sa politique de non-ingérence dans les affaires internes des
pays.
"L'OUA est dépassée par les événements. Elle a besoin de
réviser sa
politique de non-ingérence et d'adopter une approche plus
dynamique pour
résoudre les problèmes dans la région", recommande-t-il.
"Nous ne pouvons plus accepter que les régimes ou les groupes
n'ayant aucun
respect pour les droits de l'Homme continuent d'agir en toute
impunité,
alors que les problèmes des droits de l'Homme sont devenus des
problèmes
mondiaux", conclut Lukyamuzi.

