POLITIQUE: Ce Serait Une Catastrophe Si Le Zimbabwe Aidait L'Angola

HARARE, 5 mars (IPS) – La décision du Président Robert Mugabe
d'aider
l'Angola à lutter contre les rebelles de l'UNITA est considérée
par certains
Zimbabwéens comme le début d'un processus qui montre que le pays
tente
quelque chose au-dessus de ses forces.

"Il commence à faire trop d'erreurs", estime Masipula Sithole,
un
politologue d'Harare, la capitale. "Je ne pense pas que ce soit
sage. Il
veut lutter sur trop de fronts qui n'ont aucun lien direct avec
les intérêts
du Zimbabwe.
Le Zimbabwe, l'Angola, la Namibie et le Tchad, ont déjà envoyé
plus de 6.000
soldats en République démocratique du Congo (RDC) pour combattre
les forces
rebelles qui cherchent à renverser le gouvernement du Président
Laurent-Désiré Kabila.
Après une réunion de cinq heures avec les Présidents Jose
Eduardo dos Santos
de l'Angola, Sam Nujoma de la Namibie et Kabila à Kinshasa, la
capitale de
la RDC, Mugabe a dit aux reporters la semaine dernière :"Nous
allons
accorder un soutien matériel à l'Angola pour mettre fin à cette
guerre".
Il n'a cependant pas précisé quel genre de soutien le Zimbabwe
accorderait à
l'Angola.
Il y a déjà eu de nombreuses manifestations contre la présence
du Zimbabwe
en RDC et une autre est prévue pour le 13 mars par l'Assemblée
nationale
constitutionnelle, un forum volontaire comprenant des églises,
des
syndicats, des groupes de défense des droits de l'Homme, des
étudiants et
des partis politiques du Zimbabwe.
Il paraît que la présence militaire du Zimbabwe en RDC coûte à
ce pays de
l'Afrique australe un million de dollars américains par jour.
Mugabe a fait sa déclaration à un moment où l'Angola aurait déjà
retiré la
plupart de ses forces de la RDC ces dernières semaines pour les
déployer de
nouveau sur son propre territoire, afin qu'elles luttent contre
l'Union
nationale pour l'Indépendance totale de l'Angola (UNITA) de
Jonas Savimbi.
Nul ne conteste le fait que l'Angola a besoin d'aide. Mais, "le
gouvernement zimbabwéen commettrait une faute stratégique s'il
s'impliquait
dans le conflit angolais", déclare Digby Waller de l'Institut
international
des Etudes stratégiques de Londres (IISS).
"Toutefois, puisqu'il soutient Kabila, le gouvernement aura des
difficultés
à s'empêcher d'intervenir", ajoute Waller.
"Je crois que toute initiative bilatérale est vouée à l'échec,
que ce soit
en RDC ou en Angola. Il faut d'abord un effort multilatéral
concerté pour
cesser de soutenir une partie ou l'autre et pour mettre ensuite
fin aux
combats. A présent, aucun effort n'est perceptible sur les deux
fronts",
confie Waller à IPS.
"L'intervention de l'ONU ou une intervention conjointe de la
SADC (la
Communauté de Développement de l'Afrique australe) et de l'ONU,
est
probablement la meilleure option", observe Waller.
Cependant, vendredi dernier, le Conseil de Sécurité des Nations
Unies a
unanimement voté pour la fin de la mission des Nations Unies en
Angola,
parce qu'il n'y a plus de paix à maintenir après une guerre
civile qui a
duré 20 ans et qui a repris en décembre dans le pays.
Là où les Nations Unies ont échoué, le Zimbabwe pense pouvoir
réussir,
malgré ses maigres ressources.
L'armée angolaise est l'une des armées les mieux formées et les
plus
équipées en Afrique. Certains disent que les rebelles de l'UNITA
valent
beaucoup plus que la plupart des armées nationales du continent.
"Plus tôt Mugabe quittera la RDC, mieux cela vaudra. Ce serait
pire s'il
arrivait à nous impliquer dans un autre conflit où nos intérêts
ne sont pas
directement menacés", commente Sithole.
"Une telle implication occasionnerait un gaspillage de nos
ressources
limitées et nous rendrait plus impatients. C'est peu sage,
impensable, et
j'ai des frissons quand je pense aux conséquences éventuelles",
renchérit-il.
"Laissons le peuple angolais faire sa guerre. Le conflit
angolais a déjà
duré 20 bonnes années. Qui sommes-nous pour penser que nous
pouvons mettre
fin à ce conflit" ?
Ce serait une catastrophe économique si le Zimbabwe soutenait
l'Angola.
"Si le Zimbabwe s'implique dans le conflit angolais, ce sera
pour
l'économie nationale un coup de grâce", commente l'économiste
Eric Bloch.
"Cette implication amènerait la communauté monétaire
internationale à se
détourner complètement du Zimbabwe. Tous les investissements
étrangers
seront automatiquement suspendus", prédit Bloch.
"L'impact sera extrêmement désastreux et le gouvernement
pourrait
éventuellement chuter, parce que le déclin économique serait si
grave que la
population entière – hormis l'élite – deviendra pauvre et
rendra le
gouvernement responsable de sa situation".
Certains donateurs internationaux ont déjà signalé qu'ils ne
sont pas
contents du rôle que joue le Zimbabwe en RDC.
L'Union Européenne (UE) espère réviser l'aide qu'elle accorde
aux pays
impliqués dans le conflit congolais. Le FMI et la Banque
mondiale ont arrêté
de soutenir la balance des paiements du Zimbabwe, à cause de son
rôle en
RDC.