CONFLIT-SOUDAN: Violents Combats dans la Région De Bahr El Ghazal

NAIROBI, 4 mars (IPS) – De violents combats se déroulent dans la
région de
Bahr el Ghazal au Sud Soudan et menacent le cessez-le-feu de six
mois signé
en janvier pour faciliter la livraison de l'aide humanitaire à
des milliers
de familles victimes de famine depuis l'année dernière.

Les rebelles de l'Armée de Libération du Peuple soudanais (SPLA)
ont annoncé
cette semaine qu'une bande de milices pro-gouvernementales
"tuent des
civils, brûlent des villages, volent du bétail et enlèvent
femmes et enfants".
La dernière attaque s'est produite le 26 février lorsque les
milices ont
tout saccagé à Akoch Payam, dans le Bahr el Ghazal, et tué au
moins 30
personnes.
Les milices, qui circulaient à cheval, ont aussi attaqué une
piste
d'atterrissage où l'aide humanitaire était distribuée. "Pendant
que
l'attaque avait lieu, un avion chargé d'assurer l'acheminement
de l'aide
humanitaire décollait", indique un communiqué de la SPLA
parvenu à IPS
cette semaine.
"Personne ne sait où sont passées la soixantaine de personnes
présentes sur
les lieux où l'attaque s'est déroulée, mais nous supposons
qu'elles ont été
prises en esclaves ou tuées par les assaillants, mais leurs
corps n'ont pas
été retrouvés", selon le communiqué.
La SPLA signale qu'elle a dû repousser les assaillants depuis le
début de
l'invasion.
"Tout le centre d'Akoch, qui abrite environ 60.000 personnes, a
été démoli.
Les biens, en particulier le bétail, ont été pillés et les
femmes violées
par les assaillants", a raconté à IPS un porte-parole de la
SPLA.
Confirmant les attaques, Vera Oloo, le porte-parole du Fonds des
Nations
Unies pour l'Enfance (UNICEF) à Nairobi, a indiqué que les
milices –
composées des forces de défense du peuple (PDF) et des Arabes
Mourahileen du
Nord – attaquent systématiquement les villes et villages situés
en bordure
de la voie ferrée au Sud.
Les milices, qui accompagnent les trains assurant le transport
des vivres du
Nord vers les villes-garnisons du Sud, prennent les femmes et
les enfants en
esclaves. "Nous savons que c'est la situation qui prévaut, mais
nous devons
envoyer nos propres émissaires faire des vérifications", promet-
elle.
Gilian Wilcox du Programme alimentaire mondial raconte que son
organisation
a été obligée d'évacuer le mois dernier son personnel de six
localités
situées le long de la voie ferrée. Ces endroits deviennent
vulnérables
lorsque les trains passent. La ville d'Ajip en fait également
partie.
Le cessez-le-feu signé entre le gouvernement et la SPLA ne
concerne pas les
milices. "Nous arrivons difficilement à pousser le gouvernement
soudanais à
contrôler ses milices", a déclaré Oloo.
La SPLA exhorte les Nations Unies et les partenaires de la haute
Autorité
intergouvernementale de Développement (IGAD), qui ont négocié
l'actuel
cessez-le-feu, à exercer des pressions sur Khartoum afin qu'elle
"respecte
l'accord qu'elle a signé".
L'IGAD regroupe le Kenya, l'Ouganda, l'Erythrée, l'Ethiopie, le
Soudan, la
Somalie et Djibouti.
"L'attaque perpétrée contre Akoch est une violation flagrante
de l'accord
de cessez-l négocié l'année dernière, et approuvé par la SPLA et
Khartoum", commente le porte-parole de la SPLA.
Khartoum dit qu'elle n'a jamais financé les miliciens et qu'elle
n'a aucun
contact avec leurs activités dans la région.
L'année dernière, Bahr el Ghazal, un autre théâtre de la guerre
civile
soudanaise vieille maintenant de seize ans, a connu l'une des
plus graves
famines au cours des dix dernières années. Les affrontements qui
se
déroulaient dans la région ont forcé des centaines de milliers
de personnes
à quitter leurs maisons.
Les agences d'aides signalent que bien que la famine soit
terminée et que la
bonne récolte soit annoncée dans plusieurs parties de la région,
la
situation reste précaire et pourrait tourner à la catastrophe,
si la
sécurité se dégradait.
"La situation s'est légèrement améliorée. Nous distribuons des
graines et
des outils et espérons que la récolte sera bonne", affirme
Wilcox.
Elle indique qu'il y a eu une amélioration dans plusieurs
parties de la
région, car les gens ont obtenu des rendements de 30 pour cent
au cours de
la dernière récolte. Ce rendement réduit le besoin de largage
aérien de
l'aide alimentaire. 15.000 tonnes de vivres avaient été larguées
en juillet
de l'année dernière, au plus fort de la famine, alors que 9.000
tonnes sont
actuellement larguées.
"Cependant, la situation demeure précaire et les gens dépendent
toujours de
l'aide alimentaire", déplore-t-elle.
Le Soudan connaît une guerre interne depuis qu'il a obtenu son
indépendance
de la Grande-Bretagne en 1956.
Le conflit est surtout dû à la nature arbitraire des frontières
coloniales
qui ont réuni sur un même territoire deux groupes ethniques et
religieux
fondamentalement différents.
La guerre procède aussi du sous-développement chronique du Sud
et de
l'exploitation de ses richesses naturelles, notamment le
pétrole, par le
Nord qui détient le pouvoir central depuis 1956.
Après une période de paix relative entre 1972 et 1983, la guerre
civile a
encore éclaté, suite à une série d'événements dont le point
culminant est
l'imposition de la Sharia (la loi islamique) sur tout le
territoire
soudanais, y compris le Sud qui est essentiellement peuplé de
chrétiens.
Plus de deux millions de personnes sont mortes au Sud Soudan,
depuis que le
conflit y a éclaté en 1983, selon les agences d'aide opérant
dans le pays.
Cette semaine, la junte militaire au pouvoir a cependant fait
volte-face
vis-à-vis du Sud en disant qu'elle accepte son plan de
sécession, "si cela
peut ramener la paix au Soudan".
Dans une déclaration parvenue à IPS cette semaine, le
gouvernement soudanais
annonce qu'un référendum d'auto-détermination sera organisé
avant la fin de
la période transitoire.