DROITS-SIERRA LEONE: TRENTE-ET-UN ENFANTS LIBERES PAR LES REBELLES

FREETOWN, 9 mars (IPS) – Cette libération est un premier geste
visant à
préparer le terrain pour un dialogue destiné à mettre fin au
conflit dans
le pays.

Les enfants, âgés de cinq à dix-sept ans, étaient apparemment
fatigués,
traumatisés et débraillés, lorsqu'ils ont été ramenés de la
brousse en fin
de semaine dernière par les commandants des forces alliées du
Front
révolutionnaire uni (RUF) et du Conseil des Forces armées
révolutionnaires
(AFRC).
Les rebelles les ont remis au colonel nigérian Rauf Akpata,
commandant des
troupes terrestres de la Force Ouest-africaine de Maintien de la
Paix (ECOMOG).
"C'est la preuve que nous sommes prêts à faire la paix, et nous
espérons
que le gouvernement tiendra compte de ce geste pour engager le
dialogue avec
nous", révèle un communiqué rendu public par les rebelles
dimanche.
Les 31 enfants font partie d'un groupe de quelque 2000 enfants
que les
rebelles ont kidnappés en janvier lorsqu'ils ont envahi
Freetown, la
capitale sierra léonaise.
Certains d'entre eux racontent qu'ils se déplaçaient constamment
pour
échapper aux attaques des bombardiers de l'ECOMOG et des troupes
terrestres,
pendant qu'ils étaient dans la brousse.
Ils disent aussi qu'ils ne se nourrissaient que de fruits
sauvages.
"J'ai côtoyé la mort, la torture et le viol. La cruauté des
rebelles était
insupportable et je suis content de retrouver la liberté",
confie un des
enfants à IPS.
Une fille de 13 ans kidnappée dans la banlieue orientale de
Kissy à
Freetown, raconte comment elle s'est retrouvée entre les mains
des rebelles.
"Mes deux surs ont été violées par les rebelles, mon père a
été assassiné
et notre maison, située dans la banlieue de Freetown, a été
incendiée. Je ne
sais toujours pas où se trouve ma mère".
La libération des enfants fait suite aux appels lancés ces deux
dernières
semaines par les responsables religieux et ceux de la société
civile.
"Les rebelles ont fait un pas dans la bonne direction, et je
suis sûr
qu'ils veulent maintenant que ce triste chapitre prenne fin, et
que la paix
règne à nouveau dans ce pays", commente Leslie Shyllon du
Conseil Inter
Religieux.
Le Président sierra léonais Ahmed Tejan Kabbah a aussi demandé
la semaine
dernière aux rebelles dans un message radiotélévisé, de
respecter les droits
des enfants et de cesser de les utiliser comme des boucliers
humains et de
la chair à canon.
Les rebelles et le gouvernement subissent des pressions pour
restaurer la
paix dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.
En fin de semaine dernière, trois délégués de l'Organisation de
l'Unité
Africaine (OUA), parmi lesquels le Secrétaire général adjoint
chargé des
Affaires politiques, Daniel Antonio, ont effectué une visite en
Sierra Leone
et eu des discussions avec les responsables du gouvernement sur
la façon
dont il faut faire avancer le processus de paix.
"Nous soutenons le plan de paix que le gouvernement propose aux
rebelles,
et l'OUA fera tout ce qu'elle peut pour faciliter le
processus", a déclaré
Antonio aux journalistes.
A la demande des rebelles, le Président Kabbah a accepté de
permettre au
chef du RUF, le caporal Foday Sankoh, d'aller à Lomé au Togo ou
à Bamako au
Mali, pour y rencontrer et consulter les hauts responsables du
RUF.
Les rebelles sollicitent d'abord une rencontre avec leur chef
pour élaborer
le plan des pourparlers de paix qu'ils tiendront avec les
autorités de
Freetown.
Sankoh a été condamné à mort l'année dernière, suite à son
implication dans
le coup d'Etat qui a renversé en 1997 le gouvernement du
Président Kabbah.
Ce gouvernement a été réinstallé en mars dernier, après le
renversement de
la junte militaire par l'ECOMOG.
Depuis lors, le chef du RUF a fait appel contre sa condamnation.
La guerre entre les rebelles et le gouvernement sierra léonais
dure depuis
1991.
Le gouvernement de Kabbah est apparemment prêt à accélérer les
négociations
avec les rebelles, parce que les troupes nigérianes qui
constituent la
majorité des forces de l'ECOMOG pourraient se retirer de Sierra
Leone dans
deux mois, si le nouveau Président élu du Nigéria, Olusegun
Obasanjo, le
décidait.