GENEVE, 5 mars (IPS) – Claire Short, la Secrétaire d'Etat
britannique au
Développement international, a suggéré en début de semaine des
discussions
sur le développement pour les négociations commerciales
multilatérales.
Mais, loin de susciter l'enthousiasme des pays en développement,
sa
proposition a été très contestée.
Short appartient à l'aile gauche du parti travailliste
britannique et est
ministre du gouvernement de Tony Blair. A la Conférence des
Nations Unies
sur le Commerce et le Développement (CNUCED), elle a prononcé un
discours
dans lequel elle a indiqué qu'un nouveau cycle de discussions
sur le
commerce international offrirait d'importantes perspectives de
développement.
Selon Mme Short, les éléments-clés du programme d'un tel cycle
de
discussions de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC)
comprendraient la
libéralisation des produits agricoles, les tarifs industriels,
les critères
d'origine, la lutte contre le dumping, les acquisitions
publiques et les
nouveaux problèmes d'investissement et de concurrence.
Mme Short a adopté une approche différente qui l'a amenée à
soutenir
certaines propositions et exigences formulées par les pays en
développement.
Ces propositions ressemblent globalement à une reprise de
l'appel que Sir
Leon Brittan, le Commissaire européen au Commerce, avait lancé
en faveur
d'un "Round du Millénaire".
Brittan avait déjà proposé un débat sur toutes les questions
commerciales
anciennes et actuelles. Il souhaitait que les pays en
développement fassent
des concessions sur les nouvelles questions pour permettre aux
pays
industrialisés de respecter leurs anciens engagements
commerciaux.
Munir Akram, l'ambassadeur du Pakistan, est ensuite monté au
créneau pour
dire clairement qu'il ne voyait pas la nécessité d'un nouveau
round de
négociations à l'Organisation mondiale du Commerce. Il a fait
précéder ses
remarques d'un souhait selon lequel les pays membres de
l'organisation
aimeraient entendre la voix de la Grande-Bretagne à l'OMC.
Il faisait ainsi allusion au fait qu'à l'OMC, ce n'est point la
Grande-Bretagne ou un autre des 15 pays membres de l'Union
européenne qui
parle ou négocie, mais la Commission européenne (l'organe
exécutif de l'UE).
L'Egyptien Mounir Zahran, le Marocain Benjelloun-Toumi et Perez
Del Castillo
de l'Uruguay ont aussi exprimé leur scepticisme sur les
propositions de Short.
Short n'a pas répondu à leurs questions, mais elle a précisé que
puisque les
pays en développement représentent actuellement la grande
majorité des
membres de l'OMC, leurs propositions pourraient être inscrites
dans l'ordre
du jour de l'organisation s'ils les unifiaient avant de les
présenter.
Dans son discours, elle a souligné la nécessité d'aborder les
questions
relatives à l'application des propositions et à la participation
des pays en
développement. Cependant, les suggestions qu'elle a faites sur
la manière
dont ces propositions peuvent être réalisées ont été, dans le
meilleur des
cas, qualifiées de "naïves" par les observateurs.
Ces derniers ont aussi dit qu'elle n'était même pas au courant
des détails
des opinions s problèmes soulevés par les pays en développement
au
niveau de l'OMC.
En ce qui concerne l'application des propositions, elle a
insisté sur la
nécessité de l'assistance technique et la prolongation des
délais de rigueur
qui seront accordés au cas par cas.
Short a aussi insisté sur la révision de tous les accords pour
voir s'ils
ont produit l'effet escompté, et améliorer les points
difficiles.
S'agissant des éléments-clés du nouveau round, elle a préconisé
une
libéralisation agricole dont l'accord améliorerait non seulement
l'accessibilité aux marchés et la réduction des subventions des
exportations, mais créerait aussi un cadre favorable au
développement local
et à la sécurité alimentaire.
Sur la question des tarifs industriels, Short a déclaré que leur
augmentation devrait être contenue. Mais, au même moment, les
pays en
développement devraient ouvrir leurs marchés aux produits et aux
prestataires de services étrangers et se servir du système de
l'OMC pour
consolider leurs changements", ajoute-t-elle.
C'est une autre façon de dire que les pays en développement
devraient avoir
l'obligation de réduire les barrières tarifaires et non
tarifaires qu'ils
ont, indépendamment, mises en vigueur dans le cadre des
programmes
d'ajustement structurel proposés par le Fonds monétaire
international (FMI)
et la Banque mondiale.
En dénonçant la mauvaise application des dispositions anti-
dumping, Short a
signalé qu'il est possible que l'accord de l'Organisation
mondiale du
Commerce dans ce domaine favorise la protection des industries
locales.

