SANTE-CONGO: Une Epidémie De Choléra Sévit A Brazzaville

BRAZZAVILLE, 3 mars (IPS) – Quelque sept cas de choléra ont été
découverts
dans les camps des personnes déplacées à Brazzaville, la
capitale du Congo,
a annoncé la représentation de l'Organisation mondiale de la
Santé (OMS) au
Congo.

Tous les cas ont été admis au Centre Hospitalier et
Universitaire (CHU) de
Brazzaville où une unité spéciale dite "opération choléra" a
été créée le
mois dernier avec l'appui des organisations humanitaires
internationales et
des Organisations non gouvernementales locales.
Ces cas de choléra ont été découverts par l'OMS, sur des
échantillons de
diarrhée prélevés dans les sites des personnes déplacées et
analysés à la
fois par l'Institut national de recherche biologique (INRB) de
Kinshasa, en
République démocratique du Congo, les laboratoires Fournier en
France et le
laboratoire Bioquick à Brazzaville.
Selon la représentation de l'OMS, les premiers cas remontent à
un mois.
Jusqu'à présent, aucun cas de décès dû au choléra n'est encore
signalé, mais
quatre personnes dont un nourrisson sont déjà mortes de diarrhée
grave.
Les malades viennent des 20 sites de personnes déplacées érigés
dans la
capitale congolaise, après le ratissage des quartiers Sud de
Brazzaville par
l'armée, en décembre dernier.
Près de 250.000 personnes avaient fui les quartiers Sud envahis
par les
miliciens Ninjas de l'ancien Premier ministre Bernard Kolélas,
qui cherchent
à déstabiliser le régime du président autoproclamé, Dénis Sassou
Nguesso.
Quelque 50.000 personnes ont trouvé refuge à Poto-poto,
Moungali, Ouenzé et
Talangaï, quartiers Nord de Brazzaville, pendant que l'armée,
avec l'appui
des miliciens proches de Sassou Nguesso ratissaient les
quartiers Sud à la
recherche des Ninjas.
La moitié des 50.000 personnes arrivées dans quartiers Nord ont
été
accueillies dans des familles ou chez des amis tandis que près
de 25.000
autres vivent dans des sites aménagés autour de Brazzaville.
Dans chaque site ouvert pour accueillir cette population, on
compte 2 à 3
mille déplacés, tandis que dans les quartiers, les gens
s'entassent parfois
à 20 dans une parcelle, sans conditions sanitaires viables,
augmentant ainsi
les risques d'apparition et de propagation d'épidémies.
"A cause des conditions de vie dans les sites caractérisés par
la
promiscuité, l'insalubrité, le manque d'eau potable et d'hygiène
ainsi que
la précarité alimentaire, les maladies se propagent
facilement", explique
le docteur Maurice Popolo, directeur du service de lutte contre
la maladie
au ministère de la Santé.
"L'absence de protection véritable des déplacés aux
intempéries, aux
moustiques, ainsi que la promiscuité expliquent la fréquence
élevée du
paludisme et des infections respiratoires. Les diarrhées sont
l'apanage des
conditions douteuses d'hygiène dans ces sites", ajoute Popolo.
A la date du 7 février dernier, le Fonds des Nations Unies pour
l'Enfance
(UNICEF) a relevé 11.175 déplacés atteints du paludisme, 4093
déplacés
atteints de diarrhée aiguë, 963 cas de diarrhée sanguinolente.
Plus de 7500 déplacés souffrent d'infection respiratoire, alors
que 1011
autres sont atteints de malnutrition. 58 cas de fièvre typhoïde
ont été
aussi enregistrés par l'UNICEF qui a fournis entre autres des
médicaments,
des sachets de solution de réhydratation orale(SRO).
D'après la direction générale de la Santé du Congo, quelque 600
cas de
diarrhée étaient enregistrés chaque jour dans les sites des
déplacés où les
postes de santé ont été créés.
Ce nombre de malades a notablement diminué, suite à la campagne
de
prévention lancée par le gouvernement avec l'appui des
organisations
humanitaires relative à l'application des règles élémentaires
d'hygiène de
vie. Les soins apportés aux patients sont également une
conséquence de la
diminution du nombre de malades.
La rareté de l'eau dans la capitale serait également à l'origine
de la
multiplication des cas de diarrhée constatés ces derniers temps.
Les
coupures prolongées d'électricité, provoquant la rupture de la
fourniture
d'eau potable dans la capitale, pendant plusieurs jours,
obligent les
populations à faire recours à l'eau de pluie, à l'eau des puits,
de source,
de rivière ou de fleuve.
Le comité international de la Croix rouge(CICR) a installé des
citernes en
plastique dans dix sites de déplacés et fournit en moyenne
178.000 litres
d'eau potable par jour pour soulager les déplacés.
De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) vient en
aide aux
populations affamées vivant dans les sites. L'agence d'aide a
déjà fourni
des milliers de tonnes de vivres aux populations déplacées.
Le Congo n'est pas à sa première épidémie de choléra. La
dernière remonte à
novembre 1997 où une épidémie de choléra a fait son apparition à
Pointe-Noire, la capitale économique du pays, et tué au total
une trentaine
de personnes.