JOHANNESBURG, 3 mars (IPS) – Bien qu'elle soit persécutée et
harcelée, la
presse privée zimbabwéenne est toujours prête à se battre et à
défier le
gouvernement de Robert Mugabe sur la question de la
responsabilité.
"Les Zimbabwéens souhaitent être bien gouvernés", déclare
Trevor Ncube,
rédacteur de l'hebdomadaire 'Zimbabwe Independent'. "Mais, le
gouvernement
estime que ce souhait est un défi pour son autorité".
Cet hebdomadaire privé est l'un des rares qui ont encore le
courage de
défier la situation des droits de l'Homme qui devient de plus en
plus critique.
"Le gouvernement considère actuellement la presse comme la
cause de ses
problèmes. Dans ces circonstances, la presse privée ne veut pas
céder",
déclare Basildon Peta, secrétaire général de l'Union des
journalistes du
Zimbabwe (ZUJ).
Peta et Ncube étaient en Afrique du sud cette semaine, suite à
l'invitation
de leurs homologues sud-africains pour discuter de la situation
de la presse
zimbabwéenne.
Les journaux sud-africains sont aussi dans le collimateur de
Mugabe, car ce
Président de 75 ans les accuse de présenter une image négative
de son pays.
Les difficultés de la presse zimbabwéenne sont bien notées. La
dernière
série d'attaques dont elle a été victime s'est produite depuis
quelques
semaines lorsque Ray Choto et Mark Chavunduka – deux
journalistes du
'Zimbabwe Standard' – ont été détenus et torturés par les
militaires qui
leur ont reproché d'avoir publié une fausse nouvelle sur une
présumée
tentative de coup d'Etat.
Peu de temps après, il y a eu l'arrestation du rédacteur du
'Zimbabwe
Mirror', Ibbo Mandaza, et de la journaliste Grace Kwinjeh, à
propos d'un
article selon lequel seule la tête d'un soldat zimbabwéen tué en
République
démocratique du Congo (RDC) a été inhumée par sa famille.
Estimant que ces journaux causent "l'alerte et l'abattement",
le
gouvernement a eu recours à l'Acte draconien sur le maintien de
la Loi et de
l'Ordre. L'acte était en vigueur sous le régime minoritaire de
Ian Smith
pendant qu'il dirigeait la Rhodésie d'antan.
Cet acte de 1970 stipule que la presse commettrait un délit
grave si elle
publiait un article qualifié de subversif. Il s'agit en d'autres
mots de
toute déclaration susceptible d'exposer le Président à la haine
et au mépris
ou de provoquer le mécontentement à l'égard de la Constitution
ou du
gouvernement.
Mugabe a dit à la suite de l'arrestation des journalistes du
'Standard' que
ceux qui s'ingèrent dans les affaires militaires devraient
s'attendre à une
réaction militaire.
Il menace aussi de faire voter des lois plus draconiennes
susceptibles de
limiter, entre autres, l'aide étrangère accordée à la presse.
La presse privée est vigoureuse, mais petite et souvent
confrontée aux
contraintes économiques et légales. Le nombre total
d'exemplaires tirés par
cette presse s'élève à près de 60.000, contre 200.000 pour le
'Herald' et la
'Chronicle', deux journaux publics.
"Le Zimbabwe présente une série de paradoxes en matière de
liberté
d'expreset dans beaucoup d'autres domaines", affirme Article
19, un
observatoire de la presse, dans un rapport intitulé 'le
Zimbabwe : Le
monopole de la presse et la protestation populaire'.
"Depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe a un système
politique
multipartite au sein duquel le ZANU-PF au pouvoir a un monopole
presque
total", souligne le rapport.
"Le Zimbabwe est l'un des rares pays de la région où l'Etat
monopolise
totalement la radio et la télévision, tandis que le gouvernement
contrôle la
presse écrite, ce qui est sans pareil en Afrique australe",
ajoute le rapport.
Conformément à l'Acte sur la Radio et la Télévision, seule la
corporation de
radiodiffusion et de télévision du Zimbabwe (ZBC) peut diffuser
des
informations dans le pays.
Le Zimbabwe a aussi un système judiciaire vigoureux et
indépendant prêt à
dénoncer même l'inconstitutionnalité des lois et des actions
publiques, mais
le gouvernement se sert souvent de sa majorité parlementaire
pour amender la
Constitution.
La Constitution du pays a été amendée au moins 14 fois, depuis
l'indépendance en 1980.
La liberté de la presse n'est pas garantie par la Constitution,
et la
liberté d'expression peut être limitée dans l'intérêt de la
défense, de la
sécurité publique, de l'ordre public, des impératifs économiques
de l'Etat,
et ce, conformément à la législation zimbabwéenne.
"C'est dommage que le gouvernement sud-africain n'ait entrepris
aucune
action contre le gouvernement zimbabwéen sur la phobie des
médias qui se
développe dans ce pays", déplore Raymond Louw du Forum national
des
rédacteurs sud-africains.
Au cours de ces dernières semaines, la presse publique accuse et
rend les
médias sud-africains et britanniques responsables des malheurs
du Zimbabwe.
Des milliers de Zimbabwéens de race blanche ont quitté le pays
pour
l'Afrique du sud, dès l'avènement de l'indépendance, et certains
d'entre eux
travaillent dans des maisons de presse.
"Les problèmes examinés par cette presse sont en grande partie
exagérés
afin de semer les germes du mécontentement au sein des
populations locales
et pour stimuler la haine entre le Zimbabwe et la communauté
internationale", constate un des éditoriaux du 'Herald'
consacrés à la
presse étrangère.
"Les projets positifs de développement en cours dans le pays
sont rarement
mentionnés. Cette presse ne reconnaît pas que le pays est sur le
point
d'atteindre ses objectifs budgétaires et d'assurer sa
contribution
socio-économique au développement de l'Afrique", rapporte
l'éditorial.
Le Zimbabwe Newspapers, un organe du gouvernement, gère les deux
quotidiens
du pays – le Herald et la Chronicle – ainsi que les
hebdomadaires.
Avant l'indépendance, les principaux journaux du pays
appartenaient au
groupe sud-africain Argus.
En Afrique du sud, Mugabe est très détesté, surtout dans les
milieux blancs.
En témoigne une affiche électorale du Nouveau Parti National qui
dit que
"Mugabe contrôle actuellement les deux tiers des sièges
parlementaires".
Le parti de Mugabe contrôle 147 sièges sur les 150 que compte
l'Assemblée
nationale du pays.

