MEDIAS-EGYPTE: Les Journalistes Suscitent La Colère Des Autorités Politiques

LE CAIRE, 2 mars (IPS) – Les craintes qu'inspire la liberté de
la presse en
Egypte ont refait surface, après une série d'actions officielles
entreprises
contre les journalistes locaux.

En l'espace de trois semaines seulement, trois journalistes
travaillant pour
'Al-Wafd', un journal de l'opposition, ont été accusés de
publier de fausses
informations nuisibles à l'intérêt public.
Un quatrième journaliste travaillant pour le journal national
'Akhbar
El-Yom' a été accusé de diffamation et un cinquième reporter du
journal
indépendant 'Al-Geel' a été brièvement détenu par la police.
Abbas El-Tarabili, coéditeur de Al-Wafd, et Gamal Shawki, un
reporter du
même journal, ont été interrogés par un juge chargé de la
sécurité publique,
après avoir été accusés de "publier des informations fausses et
sensationnelles dans l'intention de nuire aux intérêts
publics".
L'action a été déclenchée par le ministre égyptien de
l'Economie, Youssef
Boutros Ghali, qui a déposé une plainte contre Al-Wafd parce
qu'il l'accuse
d'avoir publié un article selon lequel les banques égyptiennes
ont
secrètement reçu l'ordre de ne pas accepter de dépôts à terme
pour plus d'un
an.
Dans sa plainte, Ghali a estimé que l'article était nuisible à
l'économie
nationale. El-Tarabili et Shawki ont réfuté les accusations et
ont été
libérés sans caution, mais une enquête est en cours.
El-Tarabili a soutenu que son journal "cherchait à servir les
intérêts
publics" et que la question des dépôts bancaires a fait l'objet
de
discussions pendant plusieurs séminaires économiques et dans des
revues
spécialisées.
Shawki raconte que son article tient compte de son expérience
personnelle.
Il explique qu'il voulait faire un dépôt bancaire de six ans,
mais son
banquier s'y est opposé, sous prétexte que la banque a reçu des
instructions
secrètes l'obligeant à ne pas accepter de dépôts pour plus d'un
an.
Une semaine plus tôt, El-Tarabili avait été convoqué par un juge
chargé de
la sécurité publique au sujet des mêmes accusations, mais il
s'agissait
d'une autre affaire. Mohammed Abdel-Alim, reporter de Al-Wafd,
et
El-Tarabili étaient accusés d'avoir "publié de fausses
informations
nuisibles aux intérêts publics et susceptibles d'inciter
l'opinion publique
et les travailleurs à abandonner le travail".
Abdel-Alim avait écrit un article révélant une grève à
l'imprimerie de la
banque centrale. El-Tarabili et Abdel-Alim ont nié les
accusations et ont
été libérés, après avoir payé chacun une caution de 150 dollars.
Les juges ont rendu El-Tarabili responsable des articles, malgré
une
décision de la Cour Constitutionnelle suprême selon laquelle les
rédacteurs
en chef devraient être responsables de tout terme publié dans
leur journal.
Le code pénal, et non la loi sur la presse, a été invoqué
contre
El-Tarabili, Shawki et Abdel-Alim.
Galal Aref, adjoint au rédacteur en chef de Akhbar El-Yom et
collaborateur
de El-Arabi, l'organe du Parti Nasseriste, est accusé par un
juge civil
d'avoir diE9 Tharwat Abaza, écrivain et membre du conseil Shura
(la
chambre basse du Parlement).
L'article d'Aref, publié dans El-Arabi, accuse Abaza de se
servir de son
immunité parlementaire pour critiquer ses opposants et échapper
à toute
éventuelle accusation en diffamation.
Ce n'est pas la première fois que Abaza dépose des plaintes
contre des
journalistes ou les traduit en justice.
En mars dernier, Gamal Fahmi a été condamné à six mois
d'emprisonnement pour
avoir aussi publié dans El-Arabi un article qui, selon la Cour,
diffamait
Abaza. Fahmi a passé cinq mois en prison, avant qu'un tribunal
de première
instance ne casse le verdict.
Deux mois plus tard, Amr Nassef, membre du Parti Nasseriste et
journaliste
employé à l'hebdomadaire indépendant Al-Osbou, a été condamné à
trois mois
de prison, pour avoir aussi porté atteinte à la réputation
d'Abaza. Il a
purgé entièrement sa peine.
Au début de ce mois, Yasser Ayyoub, alors rédacteur en chef de
Al-Geel, un
hebdomadaire indépendant chypriote, a été enlevé à sa résidence
par la
police. "J'ignorais la raison, jusqu'au moment où j'ai atterri
au
commissariat de police de la ville de Nasr", raconte Ayyoub.
Il a été informé qu'il était recherché pour purger une peine
d'un an de
prison prononcée en 1996 par un tribunal d'Alexandrie qui l'a
jugé coupable
d'avoir diffamé un haut fonctionnaire du ministère de
l'Agriculture.
Après avoir passé la nuit au commissariat de police de la ville
de Nasr, il
a été transféré à Alexandrie. Au tribunal d'Alexandrie, Ayyoub a
entrepris
une action légale pour défier le jugement. Il a aussi exigé une
copie de la
décision pour savoir si la peine a été suspendue ou non. Sa
libération a
suivi peu de temps après.
Makram Mohamed Ahmed, le président du syndicat de la presse,
assure que le
syndicat "suit les investigations et entreprendra les démarches
nécessaires
en temps opportun".
La semaine dernière, l'Organisation égyptienne des droits de
l'Homme (OEDH)
a rendu public un communiqué exhortant les autorités à annuler
les peines de
prison des journalistes. Le communiqué lance aussi un appel en
faveur d'une
manifestation nationale de "solidarité avec les journalistes
pour affronter
les défis auxquels la liberté de la presse fait face en
Egypte".
"L'OEDH dénonce les peines de prison prononcées contre les
journalistes
pendant des procès liés à leur profession. C'est une répression
destinée à
terroriser les journalistes", rapporte le communiqué.
Quatre journalistes, y compris Nassef et Fahmi, ont été
condamnés à la
prison pour diffamation en janvier de l'année dernière. Les deux
autres
étaient Magdi Hussein, rédacteur en chef de Al-Shaab, l'organe
du parti
travailliste islamique, et le caricaturiste Mohamed Hilal.
Chacun d'eux a été condamné à un an de prison, après avoir été
accusé de
diffamer Alaa El-Alfi, le fils de l'ancien ministre de
l'Intérieur, Hassan
El-Alfi. Les deux journalistes avaient été emprisonnés pendant
quatre mois,
avant que la Cour d'appel ne casse la sentence.