NIGERIA: Jimmy Carter Relève Des Irrégularités Lors Du Scrutin Présidentiel

LAGOS, 1er mars (IPS) – L'ancien Président américain Jimmy
Carter se dit
préoccupé par les irrégularités constatées lors de l'élection
présidentielle
nigériane que l'ancien Président militaire Olusegun Obasanjo est
en passe de
gagner.

"Certaines disparités ont été constatées hier par ma femme, moi-
même et
certains membres de notre délégation ", a déclaré Carter
pendant une
conférence de presse tenue à Abuja, la capitale nigériane,
dimanche.
Carter, le chef d'une délégation d'observateurs américains
chargés de la
supervision du scrutin présidentiel, a annoncé que certains
responsables
locaux ont autorisé des rapports exagérés sur la participation
des électeurs.
"Dans certains cas, nous avons constaté qu'il y avait dans les
urnes des
bulletins qui n'y étaient pas déposés par des électeurs", a
révélé Carter,
après avoir rencontré le président de la Commission électorale
indépendante
du Nigeria (INEC).
Olu Falae, le rival d'Obasanjo, estime que le scrutin du 27
février n'était
ni libre ni juste. Il examine actuellement la possibilité de
contester les
résultats devant les tribunaux.
Les résultats provenant de 33 des 36 Etats du Nigeria et
d'Abuja, la
capitale, attribuent 62 pour cent des votes à Obasanjo et 38
pour cent à Falae.
Carter avait précédemment affirmé qu'il fallait que l'INEC
prenne bonne note
des 'irrégularités' observées pendant les législatives du 20
février. Ces
irrégularités incluent le bourrage d'urnes, le gonflement du
nombre
d'électeurs et la manipulation pure et simple des résultats.
"Je suis très préoccupé par les nombreuses irrégularités
constatées par les
observateurs lors des législatives", a déclaré Carter lors d'un
point de
presse auquel prenait part Mahamane Ousmane, l'ancien Président
du Niger.
Carter a déclaré que les "principaux coupables sont clairement
les agents
des partis politiques".
"Si ces irrégularités se répètent le samedi (27 février),
l'approbation de
la légitimité des élections et de tout le processus de
transition par la
communauté internationale serait menacée, sans parler des droits
de vote des
Nigérians eux-mêmes", a-t-il prévenu.
Un rapport préliminaire rendu public par le centre Carter – dont
le siège
est à Atlanta – et l'Institut national démocratique des
Affaires
internationales de Washington estime que les fraudes constatées
pendant les
législatives du 27 février sont gênantes.
"Plusieurs observateurs ont vu des urnes clairement bourrées de
bulletins
portant l'empreinte digitale d'une même personne ou nettement
empilés les
uns après les autres", relève le rapport.
"Dans un certain nombre de bureaux de vote, les observateurs
ont vu des
responsables de bureaux et des représentants de partis empiler .
. . des
bulletins de vote au vu et au su des électeurs et des
observateurs",
dénonce le rapport.
"Dans de nombreux cas, les observateurs ont reconnu qu'à la
clôture du
scrutin, le nombre de votants était souvent faible (moins de 15
pourt)", souligne le rapport.
"Cependant, plus tard dans la journée, lorsque les observateurs
se
rendaient aux centres de collation, ils découvraient que les
mêmes bureaux
de vote déclaraient un nombre très élevé de votants, qui
atteignait 100 pour
cent des électeurs inscrits", constate le rapport.
Carter a exhorté Falae et Obasanjo à faire passer un communiqué
public à
l'attention de leurs supporters afin qu'ils respectent les
règles
électorales et évitent tout genre de fraude.
Pour réduire les irrégularités et la violence dans les bureaux
de vote, plus
de 50.000 agents de police ont été déployés par l'inspecteur
général de
police, Ibrahim Coomassie. Ces agents avaient aussi pour mission
d'aider les
403.059 agents électoraux servant dans plus de 115.000 bureaux
de vote
ouverts sur l'étendue du territoire national.
L'Eglise s'est aussi déclarée préoccupée par les irrégularités.
Dans un communiqué mis à la disposition de IPS le week-end
dernier, les
évêques catholiques disent : "Nous nous sommes vivement
intéressés aux
processus électoraux, depuis la fin du scrutin jusqu'à la
proclamation des
résultats, en passant par la collation".
"Nous croyons qu'une élection libre et juste est la voie d'un
processus
démocratique durable qui améliorera, nous l'espérons, la vie des
Nigérians", commentent les évêques.
Plus de 11.000 observateurs et superviseurs du monde entier ont
pris part
aux élections de samedi.
L'actuel Président militaire du Nigeria, le général Abdusalami
Abubabakar,
promet de démissionner le 29 mai, après avoir passé le pouvoir
au premier
Président civil élu après 15 ans de règne militaire.