POLITIQUE-ZIMBABWE: Le Gouvernement Suspend Le Maire D'Harare

HARARE, 26 févr. (IPS) – Le maire d'Harare, la capitale
zimbabwéenne, et ses
40 conseillers ont été suspendus jeudi, à cause de leur
"flagrante mauvaise
gestion".

La décision de suspendre le conseil a soulagé les 1,5 millions
de résidents
d'Harare qui exigeaient la démission du maire – Solomon Tawengwa –
et de son
équipe centrale qui n'assuraient pas les services urbains.
Le ministre de l'Administration territoriale et de l'Habitat
national – John
Nkomo – a déclaré que la décision de suspendre le conseil, est
due "aux
problèmes gênants auxquels la ville est confrontée. Ces
problèmes ont un
impact négatif sur le bien-être des citadins".
"Le ministère se sent un peu coupable (du désordre créé par le
conseil
municipal), parce que nous ne les avons pas vite renvoyés. Mais,
nous
n'avions pas assez de preuves pour prendre la décision que nous
venons de
prendre", relève Nkomo.
Selon ce dernier, un rapport intérimaire d'enquête sur la
gestion du conseil
municipal confirme que la mauvaise gestion est galopante.
"Le conseil est confronté à une crise de liquidité qui est
devenue très
aiguë au mois de juillet de l'année dernière. Nous avons connu
une crise
d'eau et le conseil municipal était incapable de payer les
salaires et les
paies des employés", rappelle Nkomo.
"Nous avons, plusieurs fois, donné des directives sur des
questions
relatives à la gestion des ressources humaines, mais nos
directives sont
restées sans résultat", a confié Nkomo aux journalistes jeudi à
Harare.
Les conseillers et le maire, qui ont pris la responsabilité de
gérer la
ville en 1995, ont reçu des lettres de suspension. Le ministère
décidera
bientôt s'ils doivent continuer à percevoir leurs salaires et
autres
avantages.
Après sa suspension, Tawengwa a dit à IPS qu'il ne va pas défier
la décision
du ministère.
"Je ne suis pas ce genre de personne. Je préfère lutter pour
mon travail,
au lieu de lutter pour un poste", avoue-t-il. "Le poste de
maire n'est pas
chose facile, encore moins le poste de maire d'Harare".
Nkomo promet de nommer bientôt une équipe pour gérer la ville,
en attendant
que la commission d'enquête achève son travail.
"Nous ne pourrions pas attendre jusqu'à ce que la commission
d'enquête
finisse ses investigations, car il ne faudrait plus que la
situation se
détériore davantage", explique Nkomo.
Les investigations incluront un contrôle de l'effectif de la
main-d'uvre.
Elles permettront de débarrasser la ville des travailleurs
fantômes et
d'examiner les affaires relatives à la perception des recettes,
au budget et
à la gestion.
En octobre de l'année dernière, certains des résidents de la
ville n'ont pas
eu d'eau pendant deux semaines, ce qui a obligé des entreprises
et des
écoles à fermer leurs portes.
Après avoir appris la suspension de Tawengwa, un résident
d'Harare a dit
tout joyeusement : "Dieu a exaucé nos prières". Un autre a
dit "Dieu
merci".
La décision de renvoyer le conseil municipal était attendue
depuis longtemps.
Le système d'évacuation des eaux usées d'Harare est en ruine.
Les ordures
n'ont pas été ramassées dans certaines banlieues depuis des
semaines. La
ville est pleine de creux. Les problèmes financiers du conseil
sont
effrayants : Il ne peut payer ni ses créanciers ni ses
entrepreneurs.
"Le maire est juridiquement responsable. Ils n'ont pas pu
assurer les
prestations de services", affirme Nkomo. "La ville est devenue
ingérable".
Sur les 90 camions que la ville d'Harare possède, seuls sept
fonctionnent.
"Ces camions devraient servir à ramasser les ordures. Mais les
membres du
conseil prétextaient qu'ils n'avaient pas d'argent pour acheter
des
batteries et des pneus". Sur les 56 tracteurs de la ville,
seuls sept sont
en état de marche.
Nkomo révèle aussi une flagrante corruption dans la gestion du
conseil.
"En octobre dernier, au plus fort de la crise d'eau, mon
ministère a
délibérément décidé de s'associer avec le conseil . . . et nous
lui avons
donné 76 millions de dollars (deux millions de dollars US), mais
nous avons
constaté qu'une partie de cet argent a été détournée", explique
Nkomo.