BRUXELLES, 19 févr. (IPS) – La guerre civile en Sierra Leone et
en Guinée
Bissau a déplacé des centaines de milliers de civils et la
tension qui règne
dans la région est si vive qu'elle échappe pratiquement à tout
contrôle, a
déclaré jeudi dernier Emma Bonino, le commissaire européen
chargé de l'aide
humanitaire.
"J'ai vu beaucoup de drames humanitaires dans ma vie, mais je
n'ai jamais
vu une situation aussi infernale", a affirmé Bonino, en se
référant à une
visite qu'elle a effectuée au cours de la semaine à Freetown, la
capitale
sierra léonaise.
Les combats en Sierra Leone et en Guinée Bissau s'aggravent et
affectent de
plus en plus les pays voisins, constate-t-elle.
Lorsqu'elle est revenue mercredi d'une visite de cinq jours en
Guinée
Bissau, au Sénégal, en Guinée-Conakry et en Sierra Leone, Bonino
a déclaré
"qu'il y a des violations massives des droits de l'Homme" dans
la région.
"Les deux tiers de la Sierra Leone ne sont pas accessibles,
alors nous ne
savons pas ce qui se passe dans les régions contrôlées par les
rebelles", a
annoncé Bonino.
Les atrocités commises contre les civils, surtout par le Conseil
des Forces
armées révolutionnaires (AFRC/RUF), ont amené 250.000 Sierra
Léonais à se
rendre en Guinée Bissau et au Liberia, signale le Haut
Commissaire des
Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Une autre vague de
400.000 réfugiés
sierra léonais ont fui vers la Guinée-Conakry voisine.
Les femmes et les enfants représentent au moins 75 pour cent de
la
population des réfugiés sierra léonais, selon le HCR.
Tout comme la plupart des organisations d'aide, l'agence des
Nations Unies
reconnaît que "les violations brutales des droits de l'Homme
sont observées
partout dans le pays", mais elle entend seulement aider les
réfugiés à
retourner dans les régions déclarées saines et sauves.
Actuellement, 17.000 soldats étrangers – notamment des Nigérians –
du groupe
d'interposition de la Communauté économique des Etats de
l'Afrique de
l'Ouest (ECOMOG) sont en Sierra Leone.
Olara Otunnu, le représentant spécial des Nations Unies en
charge des
enfants et des conflits armés, a annoncé mercredi que quelque
100 soldats de
l'ECOMOG ont été arrêtés en Sierra Leone, parce qu'ils auraient
fait des
exécutions sommaires. Un rapport des Nations Unies a annoncé la
semaine
dernière que des témoins fiables déclarent avoir vu des soldats
de l'ECOMOG
"en train d'exécuter sommairement des détenus supposés être des
rebelles ou
des sympathisants des rebelles".
Otunnu ajoute cependant que les forces rebelles sont
particulièrement
responsables des "atrocités massives" et surtout de la
mutilation des
civils. Selon certaines sources proches des Nations Unies et de
l'Union
européenne, près de 5000 personnes ont été tuées et plusieurs
autres
brutalement mutilées, depuis que l'invasion rebelle déclenchée
l'année
dernière.
Le Représentant spécial exhorte Foday Sankoh, le chef des
rebelles sierra
léonais, à ordonner l'arrêt immédiat des "atrocités
indescriptibles", des
amputations et de l'enrôlement massif des enfants-soldats.
Otunnu exhorte également la communauté internationale à fournir
un soutien
financier, logistique, et des équipements de communication aux
forces de
l'ECOMOG, sinon elles pourraient être retirées de la Sierra
Leone car les
deux candidats à la prochaine élection présidentielle nigériane
auraient
déclaré qu'ils ont l'intention de retirer de ce pays les troupes
nigérianes
opérant aux côtés des forces de l'ECOMOG.
Bonino a confié aux reporters jeudi qu'il est "très difficile
de demander
aux pays pauvres de financer l'ECOMOG". Elle déclare avoir
"envoyé des
messages aux Etats membres de l'UE, afin qu'ils voient s'ils
peuvent
contribuer au maintien de la sécurité dans la région".
Elle a cependant ajouté que la commission exécutive de l'UE n'a
pas les
moyens de soutenir ce genre d'activité, compte tenu de son
actuelle
situation".
"Nous ne pouvons qu'obtenir de l'aide humanitaire dans les
limites que cela
implique. Politiquement, Nous n'avons pas d'autres moyens de
faire quelque
chose au sujet de la situation", souligne Bonino.
En Guinée Bissau, Bonino a dit au Président Joao Bernardo Vieira
et à
Ansumane Mane Thios, le chef rebelle, "qu'il est impossible
d'accorder une
aide humanitaire adéquate si un gouvernement de transition n'est
pas créé et
si le processus de paix n'est pas relancé".
Bon nombre des civils, qui sont progressivement retournés en
Guinée-Bissau
au cours de ces derniers mois, ont été obligés de s'enfuir une
nouvelle
fois, à cause de la reprise des combats. Quelque 350.000
personnes s'étaient
déjà déplacées à l'intérieur du pays, après une mutinerie
organisée par
l'armée guinéenne en juin 1998.
Environ 30.000 personnes déplacées se sont réfugiées à Cumura, à
l'Ouest de
Bissau, la capitale, selon le comité international de la Croix
Rouge.
Toutefois, certains espèrent ici que la Guinée-Bissau est peut-
être au-delà
du pire, car les nouvelles indiquent que le Président Vieira et
Mane Thios
ont promis, lors d'une réunion tenue au Togo jeudi dernier, de
mettre fin à
la guerre civile dans leur pays et de former un gouvernement de
transition.

