SIERRA LEONE: Les Enfants Soldats Capturés Sont Remis A L'Unicef

FREETOWN, 22 févr. (IPS) – La force ouest-africaine de maintien
de la paix
(ECOMOG) a remis plus de 50 enfants soldats capturés au Fonds
des Nations
Unies pour l'enfance (Unicef), afin que leur traumatisme soit
traité et
qu'ils réintègrent leurs familles.

Les enfants – parmi lesquels certains ont 10 ans – faisaient
partie du
contingent rebelle qui a pris d'assaut Freetown, la capitale
sierra
léonaise, le mois dernier. Ils ont participé à certaines des
atrocités
commises contre les civils.
L'ECOMOG, qui soutient le gouvernement assiégé du Président
Ahmed Tejan
Kabbah, rapporte que les enfants ont été examinés à fond, après
avoir été
désarmés, conseillés et remis à l'Unicef et à d'autres agences
chargées de
la protection des enfants" cette semaine.
"Ces enfants étaient surtout actifs dans l'Est et les parties
centrales de
la capitale. Ils étaient au premier rang de ceux qui mettaient
le feu aux
domiciles, brûlaient des véhicules et pillaient des maisons",
fait
remarquer Jeneba Sankoh dont les deux filles ont été violées
sous la menace
de pistolets au centre de Freetown.
"J'ai vu des douzaines de jeunes en action et en tant que mère
de cinq
enfants, j'ai été terrifiée par la façon dont ces jeunes ont
accompli leurs
actes", déclare Sankoh.
L'émouvante cérémonie de remise des enfants a eu lieu la semaine
dernière à
l'Etat-major des armées à l'Ouest de Freetown.
Au cours de la cérémonie, les parents d'autres enfants portés
disparus
envoyaient des messages aux radios locales pour annoncer la
disparition de
leurs enfants, à la suite de l'assaut des rebelles sur la
capitale.
Les enfants soldats ont raconté des histoires horribles de
meurtre, viol,
incendie criminel et amputations. Certains d'entre eux portaient
des noms
comme 'Jeune tueur', Sang jeune' et le 'Destructeur'.
"Tout seul, j'ai brûlé 80 maisons à l'extrême Est de la ville,
et incendié
15 voitures appartenant à des civils, "se vante un des anciens
enfants
soldats.
Le garçon, âgé de près de 14 ans, a avoué que sa mission
consistait à brûler
les maisons et qu'il a été enlevé dans le district septentrional
de Bombali
par les rebelles, il y a un an.
Un autre enfant répondant au nom de 'Sang jeune' avoue avoir tué
quelque 25
civils et amputé les bras et les poignets de plusieurs autres
jeunes.
Tous ces enfants combattants reconnaissent avoir agi sous
l'effet de la
cocaïne et d'autres drogues dures.
D'après des informations non confirmées, plus de cent enfants
ont été
enlevés par les rebelles du Conseil révolutionnaire des forces
armées (AFRC)
et ceux du Front révolutionnaire uni (RUF) qui ont envahi
Freetown le mois
dernier.
Plusieurs d'entre eux sont toujours sans trace et les gens
craignent qu'eux
aussi ne soient amenés, comme leurs pairs qui les ont précédés,
à consommer
de la drogue dure et à combattre de force.
Bien que ce ne soit pas nouveau dans le conflit sierra léonais
qui a éclaté
en 1991, le problème des enfants combattants devient plus que
jamais
complexe. Avant l'invasion de Freetown, l'Unicef avait, en
collaboration
avec les agences de protection des enfants, démobilisé plus de
500 enfants
soldats et était sur le point de réintégrer certains dans la
société.
"C'est notre plus grand problème actuellement parce que les
rebelles
connaissent les anciens enfants combattants et les obligent à
les rejoindre
une nouvelle fois ou les tuent ; alors, nous reprenons tout à
zéro", a
confié un responsable de l'Unicef à IPS jeudi dernier.
Swaray, un ancien enfant soldat, déclare que des douzaines de
ses pairs se
cachent peut-être dans certaines parties de la ville, de peur
d'être tués au
cas où ils apparaîtraient.
"Certains d'entre nous servions d'espions aux rebelles. Ils
nous envoyaient
en ville pour étudier le mouvement et la force militaire des
troupes de
l'ECOMOG, afin de préparer le chemin pour l'assaut du 6
janvier",
signale-t-il.
Le week-end dernier, l'ECOMOG a raflé un groupe de douze enfants
combattants
à l'Est de Freetown. A cause de la faim, ils sont sortis de leur
lieu de
cachette pour chercher à manger.
Certains observateurs croient que les enfants soldats luttent
aux côtés des
rebelles du RUF qui en détiennent plus d'un millier. La milice
pro-gouvernementale (les Kamajors) a aussi des enfants soldats
dans ses
rangs, mais elle a entrepris de les démobiliser.