EGYPTE: Un Rapport Révèle Le Changement d'Attitude Sur L'Excision Depuis La Conférence du Caire

LA HAYE, 10 fév. (IPS) – Selon un Rapport publié récemment, la
prise de
conscience des dangers de l'excision s'est accentuée partout en
Egypte
depuis la tenue, en 1994, de la Conférence du Caire sur la
Population et le
Développement (CIPD). Le Rapport indique également que de moins
en moins de
gens se livrent aujourd'hui à cette pratique.

Le Conseil de la Population, une organisation basée aux Etats-
Unis, et trois
universités égyptiennes affirment dans un rapport rendu public
cette
semaine, que le taux d'excision des filles égyptiennes âgées de
10 à 19 ans,
a enregistré une baisse d'environ 84 pour cent ces dernières
années.
Ce taux représente une baisse de quelque 11 pour cent, par
rapport aux
résultats d'une enquête démographique effectuée en 1995 parmi
les femmes
mariées.
Depuis que la Conférence du Caire a pour la première fois fait
la lumière
sur l'excision en Egypte et dans d'autres Etats d'Afrique du
Nord il y a
cinq ans, les filles approchant l'âge de l'excision sont moins
exposées au
risque de l'opération que les filles ayant atteint
l'adolescence, indique le
Rapport.
"Il s'est produit une nouvelle prise de conscience à la suite
de la
Conférence du Caire", affirme Barbara Ibrahim, la directrice du
bureau
régional du Conseil de la Population pour l'Asie de l'Ouest et
de l'Afrique
du Nord.
Ibrahim attribue en partie le brusque déclin des taux d'excision
au fait que
beaucoup de gens comprennent maintenant que cette pratique a
surtout cours
en dehors des milieux de l'élite intellectuelle urbaine.
Barbara Ibrahim ajoute: “Jusqu'au milieu de l'année 1994, nous
n'étions même
pas au courant de la pratique", car la plupart des experts de
la santé
sous-estimaient l'ampleur de sa propagation en zone rurale.
La situation a changé lorsque les groupes de femmes présents à
la Conférence
du Caire ont préconisé l'élimination de l'excision, estimant que
celle-ci
implique l'ablation des organes génitaux, viole les droits des
femmes et met
leur vie en danger.
Lorsque les femmes égyptiennes se sont rendu compte que
l'excision se
poursuivait de plus belle, elles ont exigé un changement. Elles
se sont
insurgées contre un décret pris par le Ministère de la Santé en
1994 pour
autoriser les médecins à pratiquer l'excision dans les cliniques
et les
hôpitaux publics.
Ce décret fut annulé deux ans plus tard, et en 1997, la Cour
suprême
égyptienne a mis en vigueur de nouvelles lois interdisant
l'excision.
L'effet de ces changements fut spectaculaire. "Nous sommes
allés dans
certains villages où la circoncision n'existe pratiquement
plus", déclare
Ibrahim.
L'excision n'est plus perçue de la même manière, renchérit le
docteur Magdy
Helmy Kedees de l'organisation non gouvernementale Caritas-
Egypte.
"Autrefois, les Egyptiens l'appelaient 'Tahara', ce qui
signifie 'pureté".
A présent, l'usage d'expressions telles que "mutilations
génitales" met à
nu la nature réelle de l'excision "et montre à quel point elle
constitue
une menace pour les femmes et les filles.
L'Egypte n'est pas le seul pays où le débat sur l'excision
suscite un
mouvement en faveur de son élimination. Le Fonds des Nations
Unies pour la
Population (FNUAP) estime que l'excision a décliné de 36% entre
1994 et 1996
chez les filles habitant à l'Est de l'Ouganda, suite à une vaste
campagne
populaire.
Les pays tels que le Ghana, le Burkina Faso et le Sénégal ont
récemment
entrepris des initiatives pour mettre fin à la pratique de
l'excision,
annonce Wariara Mbugua, la Directrice du Département "Genre"
au FNUAP.
Cependant, il y a encore beaucoup de travail à faire. Le FNUAP
affirme
qu'entre 85 et 114 millions de femmes encore vivantes ont subi
l'excision
sous une forme ou une autre.
C'est toujours une pratique à risque, dit Mbugua. Un rapport
publié en
Sierra Leone estime que 83 pour cent des femmes excisées dans ce
pays
nécessitent une assistance médicale.
Les risques de cette pratique pour la santé sont nombreux. Entre
autres,
l'excision provoque des saignements, des chocs, des rétentions
urinaires et
des infections. L'issue est souvent fatale.
Toutefois, Ibrahim signale que toute stratégie efficace
d'éradication de
l'excision ne devrait pas seulement se concentrer sur les
risques pour la
santé. En Egypte par exemple, les familles qui sont informées
des dangers de
l'excision ont tout simplement choisi d'utiliser les services
de médecins
pratiquants. "Nous devons résoudre les problèmes liés au
genre",
estime-t-elle.
Ibrahim ajoute que les enquêtes du Conseil de la Population
suggèrent que
plusieurs familles égyptiennes continuent d'autoriser les
excisions pour
"maintenir la féminité, la chasteté et pour amener leurs filles
à mieux se
comporter".
En effet, l'attitude des familles égyptiennes cadre avec ce que
Mbugua
appelle la "culture du silence" dans laquelle les traditions
ancestrales
qui violent les droits des femmes sont à peine évoquées, ce qui
fait que
l'ampleur du problème demeure insaisissable.
Cependant, depuis que la conférence du Caire a mis l'accent sur
l'excision,
cette culture du silence a été en partie brisée, et le problème
a fait
l'objet d'une prise de conscience, déclare Kedees.
Les années à venir montreront à quel point la Conférence du
Caire aura
contribué à sauver les filles égyptiennes de l'excision.