POLITIQUE-CORNE DE L'AFRIQUE: Les Dessous Du Conflit Entre L'Ethiopie Et L'Erythrée

NAIROBI, 9 fév. (IPS) – Pour des raisons historiques, le
nationalisme
aveugle pousse l'Ethiopie et l'Erythrée à ignorer les appels
lancés par la
communauté internationale en faveur de la retenue et à
recommencer les
combats la semaine dernière, déclarent les politologues.

"Il y a un élément de nationalisme ainsi que des considérations
économiques
dans la guerre qui déchire les deux pays", estime Godfrey
Muriuki,
professeur d'histoire à l'Université de Nairobi.
Muriuki rappelle que malgré leurs liens historiques, l'Ethiopie
et
l'Erythrée étaient deux pays indépendants jusqu'au lendemain de
la deuxième
guerre mondiale où Haile Selassie, alors Empereur d'Ethiopie, a
annexé
l'ancienne colonie italienne et l'a intégrée à son empire.
Cependant, cette 'unité', qui n'était rien d'autre qu'une
colonisation,
selon les Erythréens, a commencé à rencontrer des problèmes.
Avec l'appui des groupes des régions septentrionales de
l'Ethiopie, qui se
sentaient aussi marginalisées, l'Erythrée a livré une guerre à
l'Ethiopie de
1961 jusqu'à l'indépendance en 1993. "Les deux pays étaient des
camarades
mais il semblait que la décision de se séparer n'a pas été bien
digérée dans
certains milieux", dit Muriuki.
Il y a aussi un élément économique dans le conflit, estime
Muriuki. "La
séparation a fait de l'Ethiopie un pays enclavé, et l'Erythrée,
pays tout
aussi pauvre, est devenue son seul débouché sur la mer, ce qui a
accentué la
tension", indique-t-il. "Les deux pays sont très pauvres et
n'ont aucune
ressource à gaspiller dans ce genre de conflit, mais le
nationalisme ne fait
pas attention aux considérations économiques.
Les nouveaux combats ont éclaté vendredi tout au long de la
frontière entre
les deux pays, lorsque l'Ethiopie, dont la population s'élève
environ à 55
millions d'habitants, a accusé l'Erythrée d'avoir bombardé la
ville
septentrionale d'Adigrat et blessé sept civils, y compris une
femme de
vingt-huit ans et un garçon.
Après avoir nié les faits, l'Erythrée a répliqué en disant que
l'Ethiopie
préparait une guerre de grande envergure contre elle. Cette
allégation a été
faite samedi et chaque partie accuse l'autre de lui déclarer la
guerre.
Les combats ont amené l'Ethiopian Airlines à transférer la
plupart de ses
activités d'Addis Abeba à Nairobi, la capitale kenyane. C'est,
selon la
compagnie, une mesure précautionneuse prise contre l'insécurité
régnant au
Nord de l'Ethiopie.
Plus de deux cents passagers à destination d'Addis Abeba ont été
coincés
pendant des heures à l'aéroport international Jomo Kenyatta
(JKIA) samedi
dernier, avant d'être transportés plus tard à la capitale
éthiopienne.
Selon les médias, les unités des armées éthiopienne et
érythréenne se
battaient encore lundi tout au long du front de Badme qui fait
l'objet d'un
conflit effervescent entre les deux voisins depuis mai dernier.
Un porte-parole de l'ambassade érythréenne à Nairobi, a dit à
IPS lundi
qu'ils s'attendaient à ce que les troupes éthiopiennes ouvrent
dans la
journée un autre front à Zalambesa, au-delà du front de Badme où
des
'centaines de personnes, surtout des civils', ont perdu leurs
vies quand le
conflit a éclaté en juin dernier.
"L'Ethiopie dit au monde entier depuis les six derniers mois
qu'elle se
préparait pour la guerre ; c'est un secret de Polichinelle, mais
nous sommes
prêts à nous défendre", assure-t-il.
Le diplomate signale que son pays n'exclut pas un raid aérien
sur Asmara, la
capitale érythréenne. "Le fait que l'Ethiopian Airlines dirige
ses vols
vers le Kenya nous prouve que l'Ethiopie a l'intention
d'attaquer Asmara",
commente-t-il.
Un communiqué du gouvernement éthiopien a annoncé lundi que les
forces
éthiopiennes ont démoli à l'artillerie lourde une station radar
érythréenne
près de Adi Quala, dans la région troublée. Tous les efforts
déployés par
l'Organisation de l'Unité africaine (OUA), les Nations Unies et
les Etats
Unis pour persuader les belligérants de régler leur conflit par
la
négociation, ont échoué.
L'Erythrée, un petit Etat de la mer rouge (environ cinq millions
d'habitants), déclare que la bande rocheuse, peu peuplée, de
400 kilomètres
carrés, située tout au long de leur frontière commune, fait
partie de son
territoire et est intégrée dans les chartes de l'ONU et de
l'OUA, qui
reconnaissent les frontières coloniales.