MEDIA-BENIN: La HAAC Fixe Les Règles Pour La Couverture Des Campagnes Electorales.

COTONOU, 5 fév. (IPS) – La Haute Autorité de l'Audiovisuel et de
la
Communication (HAAC), l'organe de régulation des médias, a mis
en garde les
journalistes béninois contre tout dérapage, en prélude à la
tenue des
élections législatives en mars prochain.

" Le Bénin est à la veille d'une période de turbulences
électorales. Nous
allons vivre encore une période de surexcitation et cela est
tout à fait
normal. A cette occasion, la HAAC vous demande de faire
particulièrement
preuve de professionnalisme. Ne soyez pas celui par qui le
scandale arrive.
Ne soyez ni des pyromanes, ni des griots. Nous vous demandons de
rendre
objectivement compte des événements", a déclaré René Dossa,
président de la
HAAC, jeudi, au cours d'une ultime séance de sensibilisation
entreprise
auprès des journalistes béninois.
"Ne soyez pas des "radios mille collines" en puissanceà Soyez
honnêtes.
Vous pouvez même faire des commentaires, mais il faut que tout
cela se passe
dans la modération", a ajouté Dossa.
Le Bénin compte actuellement douze quotidiens d'informations
dont un seul
est gouvernemental. Il dispose en outre d'une dizaine
d'hebdomadaires et de
bimensuels qui paraissent plus ou moins régulièrement. Dans
l'audiovisuel
privé, on compte une dizaine de radios et une télévision qui
émettent soit à
Cotonou, la capitale, soit à l'intérieur du pays.
Avec ce grand nombre de radios et de journaux privés, le Bénin
fait figure
de pionnier en matière de démocratie et de liberté de presse en
Afrique.
Certains observateurs pensent que cette presse peut être aussi
très
dangereuse si elle se laisse manipuler ou contrôler par les
hommes politiques.
Déjà, on note des tendances au niveau de certains journaux qui
s'affichent
plus ou moins comme étant proches de tel ou tel homme politique.
Le directeur de la presse écrite du Bénin, Noël Allagbada, a
soutenu les
propos de Dossa.
" L'information doit prévaloir sur le commentaire en ces temps-
ci dans vos
colonnes. Le besoin d'une information véridique doit vous
habiter plus que
toute chose. Vous devez penser à préserver vos acquis", a-t-il
dit.
Le président de la HAAC a également fustigé le comportement de
certains
journalistes qui se feraient "acheter".
"Nous savons que vous avez d'énormes difficultés matérielles et
financières, et que vos organes de presse ont besoin de
ressources
financières pour fonctionner. Mais cela ne devrait pas être une
raison pour
vous laisser acheter. Vous ne devez pas vendre votre plume".
" Nous savons très bien que c'est la période de toutes les
tentations pour
vous, mais en toute chose, restez objectifs. Soyez des
professionnels.
Evitez les intoxications et les manipulations qui sont monnaies
courantes en
ces temps-ci", a déclaré Dossa.
Les journalistes béninois ont pris l'engagement de jouer
efficacement leur
rôle en mettant en pratique les conseils et recommandations de
la HAAC.
"Nous jouerons notre rôle d'informateurs avec impartialité.
Nous essaierons
de servir nos lecteurs", a dit Georges Lanmanfankpotin,
directeur de
publication du quotidien privé "Le Point au quotidien".
Charles Toko du quotidien "Le Matinal" a attiré l'attention de
ses
confrères sur les risques qu'il y a à faire alliance avec les
hommes politiques.
"Le jour où vous aurez des problèmes avec la justice, l'homme
politique qui
vous a toujours poussé à écrire contre son adversaire ne vous
accompagnera
pas au tribunal. Il refusera même de témoigner pour vous si tant
est que son
témoignage peut contribuer à votre relaxe", souligne Toko qui a
enregistré en
six années d'exercice plus d'une cinquantaine de procès en
diffamation.
Il a invité chacun de ses confrères à relire en ces temps de
turbulences, sa
loi organique et son code de déontologie afin d'éviter de tomber
dans les
multiples pièges des politiciens.
Une décision de la HAAC portant réglementation de la pré-
campagne et de la
Campagne médiatique pour les élections législatives prochaines
demande aux
journalistes, d'éviter, entre autre, la publication des
articles tendant de
façon directe ou indirecte à faire l'éloge ou à discréditer les
acteurs de
la vie politique nationale, les candidats aux élections.
Interdiction est aussi faite aux radios et télévisions de
diffuser des
chansons, jeux, spots, communiqués, récits satiriques relatifs à
des hommes
ou femmes politiques, touchant à la politique, évoquant la
politique, les
compétitions électorales.
Certains journalistes doutent de la volonté de certains
confrères à observer
les règles définies par la HAAC.
"Cela me laisse froid. La HAAC n'a aucune force de contrainte
vis-à-vis des
journaux privés", a dit Agapit Napoléon, rédacteur en chef du
quotidien
"Le Matinal".
"La HAAC a beau crier et sensibiliser, chaque organe de presse
a déjà ses
accointances politiques et les gens passeront outre les conseils
de la
HAAC", conclut Agapit.
La sanction réservée aux médias coupables de crimes et délits
commis par
voie de presse demeure la peine allant de six mois à cinq années
d'emprisonnement et une amende de 1 à 10 millions de F.CFA.