MEDIA: Le Soudan Interdit La Couverture Des Activités Des Partis D'opposition

KHARTOUM, 4 fév. (IPS) – Deux mois après l'introduction de la
démocratie
multipartite, le régime islamique intransigeant du Soudan a
interdit aux
journalistes de couvrir les activités des partis d'opposition.

Le ministre de la Culture et de l'Information, Amin Hassan Omer,
demande aux
journalistes locaux travaillant pour les agences de presse
étrangères de
s'abstenir de couvrir les activités des chefs de l'opposition.
"La couverture des activités de l'opposition est illégale, et
des mesures
seront prises contre ceux qui interviewent les personnages de
l'opposition", a-t-il dit aux journalistes cette semaine.
Après avoir invité près de 18 journalistes au ministère de la
Culture et de
l'Information à Khartoum, Omer leur a dit que le gouvernement
est prêt à
coopérer avec eux mais dans certaines limites.
"Pour être franc, nous voulons coopérer avec vous mais dans les
limites des
lois soudanaises".
Selon le ministre, "la liberté d'expression ne signifie pas
l'absence de
contrôle du gouvernement".
Il précise que les chefs de l'opposition qui refusent d'inscrire
leurs
partis n'auront pas accès aux médias et que tous les
journalistes qui
couvriront leurs activités, seront punis en conséquence.
Omer estime que cette interdiction n'équivaut pas à une censure
et signale
que toute institution de presse refusant de se conformer à la
directive
officielle sera fermée.
Au Soudan, 'l'Acte relatif à la Presse et à la Publication'
interdit aux
journalistes de couvrir les mouvements de l'armée, les
manifestations des
groupes non inscrits, les activités des homosexuels (la sodomie
ou la
diffamation) ainsi que le blasphème.
Pour 'calmer' la situation, un porte-parole principal du
gouvernement est
chargé de 'vérifier' les nouvelles concernant le régime
islamique avant leur
publication, rapporte un responsable soudanais à Khartoum.
La campagne contre les journalistes s'est intensifiée après que
la
redoutable police secrète a investi les bureaux de Al Hagag
Cultural Society
et arrêté environ 20 journalistes et organisateurs d'une
conférence de
presse convoquée par le groupe le mois dernier.
Les journalistes ont été libérés sous caution et comparaîtront
devant la
justice cette semaine pour "avoir assisté à une réunion
illégale organisée
par un groupe hostile au gouvernement".
"Al Hagag a eu tort de tenir une conférence politique pour
discuter du
système politique soudanais", a confié à IPS mercredi un haut
responsable
du gouvernement.
Les plus de 15 journaux indépendants du Soudan critiquent la
nouvelle
interdiction. 'Rai al Aam', le plus grand journal privé du pays,
dit qu'il
n'y a pas de liberté d'expression au Soudan car, après avoir
publié la
déclaration de Ali Hussinien, un célèbre avocat soudanais, le
journal a reçu
l'interdiction de publier pendant trois jours.
Selon le journal, Hussinien pense que le gouvernement ne prend
pas au
sérieux l'idée de la démocratie multipartite. Et certains
journalistes font
de l'autocensure, de peur d'être arrêtés par la police secrète.
A la suite
de l'incident, le journal déclare avoir perdu environ 240
millions de livres
soudanaises (un dollar US équivaut à 2300 livres).
Toby Maduot, le chef de l'Union nationale africaine du Soudan
(SANU),
déclare que son parti condamne fermement l'interdiction faite
aux journalistes.
"Nous dirons aux responsables du gouvernement que nous voulons
la liberté
de presse, si les partis politiques doivent fonctionner au
Soudan",
annonce-t-il. "Chacun de nous lancera le journal de son parti
et nous
voulons que tous les partis discutent des lois de la presse".
Madout exhorte les partis politiques du Soudan, y compris les 28
inscrits le
mois dernier, à s'unir pour défier l'interdiction. "Si nous
devons survivre
en tant que politiciens dans ce système, nous avons besoin d'une
forte
couverture. Les médias doivent être libres de contrôler la
corruption, les
droits de l'Homme, et de défendre la démocratie".
A son avis, puisque le Soudan fait une guerre civile, titube
sous un embargo
des Nations Unies, souffre d'un isolement international et est
victime de
flagrantes violations des droits de l'Homme, il devrait
s'abstenir de
censurer les médias.
La démocratie multipartite et la presse indépendante ont été
supprimées,
après que le colonel Omar Hassan al Beshir a renversé le
gouvernement élu
d'al Mahdi en juin 1989. Dix ans plus tard, le 1er janvier
dernier, al
Bashir a levé l'interdiction en invitant les partis politiques à
s'inscrire,
mais sous une stricte surveillance.
N'étant pas contents du processus, les principaux partis
politiques, comme
le parti Ummah, le parti démocratique unioniste (DUP) et le
parti communiste
soudanais (SCP), ont refusé de participer à l'opération.