KIGALI, février (IPS) – Le Rassemblement congolais pour la
Démocratie (RCD)
déclare avoir fermement rejeté les propositions de trois anciens
mobutistes
cherchant à joindre ses rangs.
Le chef de la garde civile de Mobutu, Kpama Baramoto, l'ancien
ministre de
la Défense, Mavua Mudima, et le chef de l'infâme Division
spéciale
présidentielle (DSP) , Etienne Nzimbi, ont récemment quitté
l'Ouganda pour
Kisangani , le fief septentrional des rebelles de la RDC, afin
de proposer
leurs services.
Cependant, selon Bob Ngoie, le commandant supérieur du RCD, les
généraux
n'ont pas été accueillis. "Baramoto et ses collègues ont tenté
de s'imposer
à nous", a dit Ngoie à IPS. "Mais, nous avons catégoriquement
refusé de
travailler avec eux. Ces généraux ont tué beaucoup de gens. Nous
considérons
que leur influence est tout à fait négative. Nous les avons
carrément
renvoyés de la ville".
Ngoie dit que Baramoto et ses associés sont retournés au Niger
où ils se
sont installés depuis mai 1998, à la suite de leur expulsion de
l'Afrique du
sud.
Baramoto a été associé à de nombreux coups d'Etat dirigés contre
le
gouvernement du Président Laurent Kabila, depuis qu'il s'est
exilé tout
juste avant la chute de Mobutu Sese Seko en mai 1997. En tant
que l'un des
plus riches dans l'entourage de Mobutu, Baramoto détiendrait
toujours des
fonds considérables, et est accusé d'avoir proposé des contrats
à certains
mercenaires afin qu'ils l'aident à se débarrasser de Kabila.
Né à Yakoma dans la région occidentale de l'Equateur, Baramoto
faisait
partie de la clique de Ngbandi qui entourait Mobutu. Il était le
beau-frère
du dictateur. Il avait été nommé vice-gouverneur de Kinshasa
avant de
prendre le commandement de la puissante Garde civile composée de
30.000
hommes. Cette garde est devenue un instrument très visible et
brutal du
mobutisme, surtout vers la fin du règne du maréchal.
Baramoto aurait érigé, pendant une longue période en Afrique du
sud,
d'énormes entreprises spécialisées dans le commerce du cobalt,
des armes et
de la propriété. Il aurait contacté l'ambassade de l'Afrique du
sud dès
janvier 1996 pour avoir des renseignements sur l'acquisition
d'une résidence
en Afrique du sud.
L'ambassade a alors envoyé des avertissements à Pretoria en
indiquant que
Baramoto devrait être exclu et que la Garde civile était "une
institution
militaire d'une réputation quelque peu négative".
Baramoto est quand même entré en Afrique du sud avec un titre de
séjour
temporaire le 30 avril 1997, deux bonnes semaines avant
l'arrivée des forces
de Kabila à Kinshasa.
Avant d'aller en Afrique du sud, il avait brièvement été le chef
d'Etat-major de Mobutu. Pendant que les Forces armées zaïroises
cédaient et
que la défaite est devenue inévitable, les rumeurs ont lié
Baramoto à
plusieurs coups d'Etat.
Une fois en Afrique du sud, il a été raent qualifié d'ennemi
public par
le gouvernement de Kabila qui a promis de ne pas le maltraiter
s'il
retournait en République démocratique du Congo (RDC), mais le
gouvernement
sud-africain s'est opposé aux demandes d'extradition formulées
par Kinshasa.
Tout en refusant de renvoyer Baramoto, les autorités sud-
africaines ont
trouvé qu'il était un hôte turbulent. Une série d'articles de
presse
mettaient en relief l'opulence et la vie facile que lui et les
autres
généraux 'recherchés' menaient, alors que leur présence
continuelle en
Afrique du sud a déclenché une vague de querelles entre les
différents
ministères.
Baramoto a été finalement arrêté par la police sud-africaine en
décembre
1997, à son retour d'une visite en RDC où il avait assisté à une
réunion
anti-Kabila tenue à Kahemba, dans la région occidentale de
Bandundu.
Une longue bataille juridique a suivi, mais un juge de la haute
Cour a
finalement décidé en mars 1988 que Baramoto et ses collègues ne
remplissaient pas les conditions pour obtenir le statut de
réfugiés.
Baramoto, Mudima et Mzimbi ont été finalement expulsés vers le
Niger, après
avoir transité par la Côte d'Ivoire et le Mali.
Face à la critique féroce des groupes d'opposition hostiles à
l'accueil de
Baramoto, le gouvernement en place à Niamey, la capitale du
Niger, a annoncé
clairement dans un communiqué qu'il "ne tolérerait sur son
territoire
aucune activité politique visant à déstabiliser n'importe quel
autre Etat".
Toutefois, cette injonction n'a pas empêché Baramoto de
continuer à uvrer
contre les autorités de Kinshasa. Avant la rébellion qui a
éclaté à l'Est du
Congo en août 1998 et la formation subséquente du RCD, la
principale menace
à laquelle faisait face Kabila semblait provenir des ex-
mobutistes, car il y
avait régulièrement des informations sur les nouvelles alliances
entre les
anciens soldats des FAZ et les soldats des anciennes Forces
armées
rwandaises (FAR).
Le RCD a vite accueilli bon nombre des membres de l'ancienne
garde de
Mobutu, y compris l'ancien directeur de la publication et chef
des services
d'Information, Kin-Kiey Mulumba, ainsi que l'ancien Premier
ministre, Lunda
Bululu. Mais Baramoto est considéré comme faisant partie d'une
autre catégorie.
Selon un porte-parole militaire rwandais, le RCD ne peut pas se
permettre
d'accueillir de tels individus dans ses rangs, sous prétexte que
Baramoto
"est trop lié à la manière forte et à la corruption".
Cependant, les Ougandais ont peut-être moins de réserves vis-à-
vis de lui.
D'après les informations parvenues de Kisangani, Baramoto y a
été invité par
le chef d'Etat-major, James Kazini. Les Ougandais sont déjà
reconnus comme
étant les principaux supporters du chef du Mouvement de
Libération du Congo
(MLC), Jean-Pierre Bemba, qui est lui-même perçu comme membre
d'une clique
mobutiste qui s'est accordée beaucoup de privilèges dans
l'ancien Zaïre.
Puisqu'il bénéficie du soutien du Rwanda, le RCD s'empêche
actuellement de
critiquer Bemba. Mais Ngoie pense que Baramoto n'est pas
fréquentable. "Il
veut retourner au Congo parce qu'il y a beaucoup investi", a
dit Ngoie à
IPS. "Mais nous n'avons aucun intérêt à l'avoir parmi nous".
Le conflit en RDC a éclaté le 2 août 1998. Six pays africains y
sont
impliqués. Lla, le Tchad, la Namibie et le Zimbabwe supportent
le
Président Kabila ; tandis que le Rwanda et l'Ouganda soutiennent
les
rebelles.

