NATIONS UNIES, 2 fév. (IPS) – Les Nations Unies ont présenté
cette semaine
une image sombre de la situation humanitaire en Sierra Leone où
la reprise
des combats entre le gouvernement et les forces rebelles menace
d'entraver
l'approvisionnement en aide alimentaire et médicale.
Kevin Kennedy, le porte-parole du bureau de coordination des
Affaires
humanitaires, a dit aux reporters lundi que les Nations Unies et
d'autres
agences d'aide d'urgence n'ont accès qu'au tiers du pays dont la
superficie
totale représente environ 72.000 kilomètres carrés.
"Si l'accès (au reste du territoire) est toujours refusé, la
situation
pourrait empirer", prévient-il.
Kennedy, qui vient de rentrer à New York après une visite en
Sierra Leone,
raconte qu'environ 3000 civils ont été tués depuis que les
combats ont
commencé le mois dernier. "Si la situation militaire et
politique se
détériore, il y aura une très grave crise humanitaire", déclare-
t-il.
Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui s'occupe de la
distribution
massive des aliments en Sierra Leone, a déjà constaté qu'environ
3000 tonnes
métriques d'aliments ont été pillés. "La situation alimentaire
est grave
mais pas aiguë", précise le PAM.
Kennedy affirme qu'il y a une "campagne délibérément menée pour
terroriser
les civils" car les forces rebelles se résolvent aux
"amputations forcées".
Après une visite en Sierra Leone, en mai dernier, le sous
Secrétaire
général des Nations Unies, Olara Otunnu, a demandé une aide
internationale
d'urgence pour aider les enfants dont les bras et pieds ont été
sauvagement
amputés par des groupes armés luttant contre le gouvernement.
Otunnu déclare avoir vu au moins 300 victimes des représailles
au Connaught
Hospital à Freetown, la capitale sierra léonaise. "D'après les
estimations,
ce n'est qu'une petite partie de ceux qui ont été mutilés au
cours des
atrocités", dit-il.
Le mois dernier, en plein milieu des combats, des amputations
forcées se
seraient poursuivies avec plus d'intensité et de sauvagerie.
Le regain des combats survient après une guerre civile de cinq
ans qui avait
fait plus de 10.000 morts et obligé des centaines de milliers de
personnes à
se déplacer. Cette guerre a pris fin en 1996 lorsque le
gouvernement
démocratiquement élu de Ahmed Tejan Kabbah a signé un traité de
paix avec le
Front révolutionnaire uni (RUF).
En mai 1997, Kabbah a été renversé par un coup d'Etat militaire
et ramené au
pouvoir en mars 1998, avec l'aide d'une force régionale
africaine de
maintien de la paix, le groupe d'interposition de la Communauté
des Etats de
l'Afrique de l'Ouest (ECOMOG) dirigé par le Nigeria voisin.
Bien que Kabbah ait repris service après ses 10 mois d'exil, les
derniers
éléments du RUF ont continué à lutter malgré le traité de paix.
La semaine dernière, James Jonah, le ministre des Finances de la
Sierra
Leone, et ancien sous Secrétaire des Nations Unies chargé des
Affaires
politiques, a dit lors d'une conférence de presse organisée par
l'ONU que
le conflit prévalant dans son pays n'est pas interne mais
régional.
Jonah accuse le Liberia et le Burkina Faso de fournir de l'aide
aux forces
rebelles tentant de renverser le gouvernement légitime de la
Sierra Leone.
Il fait aussi allusion à "l'implication des mercenaires
ukrainiens" aux
côtés des rebelles.
"Nous ne croyons pas que le Conseil de Sécurité (des Nations
Unies) et les
super puissances ne puissent garder le silence", espère-t-il.
"Vous ne
pouvez pas poursuivre des Etats criminels au Moyen-Orient et en
Europe et
vous abstenir de poursuivre d'autres Etats criminels en
Afrique".
Jonah annonce que son gouvernement a envoyé deux lettres au
Conseil de
Sécurité au sujet de l'implication du Liberia dans les combats.
Il estime
que le Conseil ne pourrait pas seulement s'occuper des atrocités
commises au
Kosovo et ignorer celles qui ont lieu en Sierra Leone. "Nous
croyons qu'il
est temps que la communauté internationale et le Conseil de
Sécurité
montrent plus d'équité dans la gestion de l'actuelle crise".
Son gouvernement croit qu'il n'est plus nécessaire de négocier
encore avec
les rebelles, à cause de l'existence du traité de paix de 1996
qui a été
approuvé par le Conseil de Sécurité, l'Organisation de l'Unité
africaine
(OUA), la Communauté économique des Etats de l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO)
et le chef des rebelles, Foday Sankoh.
Ce qui s'avère nécessaire, c'est l'application effective de
l'accord de paix.
A la question de savoir ce qu'il attend du Conseil de Sécurité,
Jonah
déclare que le Conseil devrait dire clairement – comme il
l'avait dit en
1990 lorsque l'Iraq avait envahi le Koweït – que le monde ne
tolérerait
aucune ingérence – du Liberia et du Burkina Faso – dans les
affaires
intérieures d'un Etat/nation souverain. "Nous ne demandons pas
une zone
interdite aux vols, mais nous avons besoin d'une réponse plus
robuste du
Conseil", ajoute-t-il.
Il accuse aussi les forces rebelles de se servir des ressources
du pays,
surtout du diamant, pour acheter des armes et financer une force
mercenaire.

