WASHINGTON, 1er fév. (IPS) – L'Ethiopie a rapatrié plus de
52.000 personnes
de d'origine érythréenne depuis que la guerre a éclaté entre les
deux pays
en mai, ce qui inflige chaque semaine "des souffrances
indicibles à des
milliers de familles", a accusé Amnesty International vendredi
dernier.
Dans un nouveau rapport basé sur des visites de site en Ethiopie
et en
Erythrée, l'organisation internationale des droits de l'Homme
signale que
les rapatriements en cours en Ethiopie sont devenus "une
opération
systématique destinée à arrêter dans l'ensemble du pays et à
rapatrier tout
individu partiellement ou entièrement de descendance
érythréenne".
"Des femmes, enceintes ou non, des enfants, des personnes âgées –
même des
malades hospitalisés – sont actuellement arrêtés et détenus au
milieu de la
nuit", déclare Amnesty en ajoutant qu'ils sont souvent
emprisonnés pendant
plusieurs jours dans des conditions rudes avant d'être
transportés à bord de
bus gardés par des individus armés et reconduits à la frontière.
"A l'arrivée, ils sont affamés, fatigués et souvent malades,
après trois
jours de voyage", selon le rapport.
Le gouvernement du Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a
déclaré que les
Erythréens, y compris ceux qui ont la citoyenneté éthiopienne,
représentent
une menace pour la sécurité nationale dans les circonstances
actuelles.
La guerre a éclaté entre les deux nations à cause d'un conflit
frontalier
survenu en mai dernier. Depuis lors, les observateurs signalent
des coups
occasionnels d'artillerie à travers la frontière car les deux
parties
mobilisent des hommes et des équipements tout au long de leur
frontière
commune.
L'Organisation de l'Unité africaine (OUA) tente de trouver une
solution à la
crise avant qu'elle ne devienne une guerre totale, et Anthony
Lake, ancien
conseiller américain chargé de la sécurité nationale, est prié
de contribuer
à ces efforts, bien qu'il soit en retraite.
Il est rentré de la région il y a une semaine, après avoir eu
des
consultations avec toutes les parties y compris le Secrétaire
général de
l'OUA, Salim Ahmed Salim. Mais, les responsables américains
disent qu'il a
fait peu de progrès pour calmer les tensions. Il a simplement
répété que la
politique américaine est en faveur d'un projet d'accord cadre de
l'OUA
visant une résolution du conflit.
L'Ethiopie a accepté l'accord l'année dernière, mais l'Erythrée
a demandé
des éclaircissements.
L'Erythrée, qui a été pendant la majeure partie de ce siècle une
province
éthiopienne, s'est pacifiquement séparée de l'Ethiopie en 1993,
à la suite
d'un référendum au cours duquel 90 pour cent de sa population a
opté pour
l'indépendance. Le référendum a été approuvé par le gouvernement
de Zenawi
qui a aussi pris le pouvoir après une longue insurrection contre
le
gouvernement de Haile Mariam Mengistu en 1991.Les mouvements
rebelles dirigés par Zenawi et le Président érythréen Isaia
s
Afwerki se sont alliés pendant plusieurs années pour lutter
contre Mengistu.
Après avoir joué un rôle dans les négociations ayant entraîné la
déchéance
finale de Mengistu, les Etats-Unis sont restés depuis lors
proches de ces
deux pays.
En effet, le Président Bill Clinton a salué les deux hommes
comme des
exemples d'une "nouvelle génération" de dirigeants africains à
l'avant-garde d'une "renaissance" continentale en matière de
développement
économique et de participation politique.
Les Etats-Unis ainsi que plusieurs pays européens et africains
ont observé
la détérioration des relations entre les deux pays avec beaucoup
de frayeur,
surtout en raison des énormes défis économiques auxquels ils
font face.
L'Ethiopie et l'Erythrée sont parmi les cinq ou six pays les
plus pauvres du
monde, compte tenu de leur produit intérieur brut par habitant.
Cependant,
ils ont importé de l'équipement militaire pour plusieurs
dizaines de
millions de dollars. Ils ont acquis au cours des huit derniers
mois des
avions de guerre, des hélicoptères et des chars.
Les liens commerciaux ont aussi été rompus entre eux, et
l'Ethiopie, devenue
enclavée depuis la sécession de l'Erythrée, est obligée de
compter sur le
Kenya, son voisin du sud, pour importer et exporter des
marchandises. Les
Erythréens ont ainsi perdu leur plus important marché.
L'expulsion des Erythréens a aggravé les problèmes économiques
des deux
pays. Dans de nombreux cas, les personnes d'origine érythréenne
sont
renvoyées des postes importants qu'elles occupent en Ethiopie,
ce qui
perturbe le travail des entreprises et bureaux importants.
De l'autre côté de la frontière, les rapatriés qui sont
autorisés à quitter
le pays avec un seul bagage par personne, ne peuvent pas être
facilement ou
rapidement absorbés dans le grand public.
Amnesty a envoyé des représentants en Ethiopie en octobre
dernier et en
Erythrée ce mois-ci, pour examiner les allégations concernant
les violations
des droits de l'Homme commises des deux côtés.
"Certaines familles ont éclaté : l'homme est souvent le premier
à être
rapatrié et sa femme, ses parents et enfants le sont des
semaines ou des
mois plus tard", indique le rapport. "N'étant pas autorisés à
quitter, les
nombreux Ethiopiens mariés aux Erythréens regardent impuissants
leurs époux
et enfants partir.
"Les protestataires sont menacés ou battus. La citoyenneté
éthiopienne des
rapatriés a été arbitrairement annulée sans préavis, procédure
légale ou
droit d'appel".
Au moins 22.000 Ethiopiens ont aussi quitté l'Erythrée pour
rentrer chez eux
depuis mai, après avoir perdu leurs emplois et toutes leurs
ressources.
Amnesty déclare cependant qu'il n'a aucune preuve pour soutenir
les
accusations selon lesquelles les citoyens éthiopiens ont été
sérieusement
maltraités et rapatriés de force de l'Erythrée depuis mai.
Le groupe de défense des droits de l'Homme exhorte le
gouvernement
d'Addis-Abeba à mettre immédiatement fin aux rapatriements, au
mauvais
traitement infligé aux rapatriés et à la détention de plusieurs
milliers
d'autres Erythréens, car ces actions violent la Constitution du
pays et les
traités internationaux ratifiés par l'Ethiopie.
(FS/JL/KB/NRN/99)
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