KHARTOUM, 15 déc. (IPS) – Le Soudan, qui se targue d'être un
champion de la
cause islamique, déclare qu'il utilisera la télévision pour
exporter sa
version de la religion en Europe et aux Etats-Unis l'année
prochaine.
Le chef de l'Etat soudanais, le colonel Omar Hassan El Beshir, a
dit la
semaine dernière lors d'une conférence organisée à Khartoum par
les femmes,
que le nouveau programme portera entre autres sur "la
conception soudanaise
de la vie islamique".
"Nous exporterons la culture et les valeurs soudanaises vers le
reste du
monde", a-t-il dit aux 4000 femmes prenaient part à la
conférence. "Nous
voulons par exemple que l'Occident sache comment une femme est
traitée dans
une société islamique".
Les dirigeants islamiques de Khartoum luttent contre les
rebelles du Sud qui
sont opposés à leur décision d'imposer la loi islamique ou
Sharia dans le
pays. Les dirigeants soudanais envisagent de livrer la prochaine
bataille
non pas au canon, mais à travers les "systèmes de communication
et
d'information".
Beshir a ordonné aux experts de l'Islam de concevoir la
meilleure méthode de
transmission du message à l'Occident. Le programme, qui sera
diffusé par le
canal de la télévision publique soudanaise, nécessitera un
budget de plus de
100 millions de dollars US, annonce un haut responsable du
ministère de la
Culture et de l'Information à Khartoum.
Le plan a été soutenu par Iz Din el Iraqi, Secrétaire général de
l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) basée à Jeddah,
en Arabie
Saoudite. L'OCI a donné 100.000 dollars US pour soutenir le
projet. "L'OCI
trouvera parmi ses 55 membres, des pays pour soutenir le
Soudan", a-t-il
déclaré aux Journalistes lors d'une conférence de presse tenue
cette semaine
à Khartoum.
L'OCI a été créée en 1974 pour servir de forum de dialogue et de
propagande
de l'Islam.
L'idée d'exporter la culture soudanaise a cependant été rejetée
par certains
groupes de femmes soudanaises. La journaliste Halima A. Salih a
dit que les
femmes ne devraient pas être utilisées comme des objets à
exporter. Selon le
journal 'Al Anbaa' qui rapporte ses propos, “les cultures et les
valeurs
actuelles ont été imposées aux femmes soudanaises".
Halima Salih estime que la télévision soudanaise "exportera des
cultures et
des valeurs imposées". A son avis, les femmes sont utilisées
par les
autorités comme des "slogans" destinés à satisfaire leurs
propres intérêts
politiques.
Peu après sa prise de pouvoir en 1989, Beshir a imposé un code
islamique
strict au pays. Suivant ce système basé sur la Sharia, les
femmes sont
obligées de se couvrir la tête, elles ne sont pas autorisées à
se mêler aux
hommes, elles ne se rendent à l'étranger qu'avec le consentement
de leurs
parents du sexe opposé.
Pendant la conférence, un groupe de femmes appartenant à l'Ordre
'Suni', un
ordre plus libéral qui regroupe 65 pour cent des musulmans du
Soudan, a
protesté contre la tenue de cette réunion à un moment où la
liberté des
femmes est restreinte. Une femme a déclaré à IPS que ses
consoeurs
n'approuvent pas le code vestimentaire imposé aux femmes par les
autorités.
Le Gouverneur de l'Etat de Khartoum, Majzoub Al Khalifa, a pris
un décret le
mois dernier pour demander aux femmes de porter en public des
tenues
"approuvées" par l'Islam.
Al Khalifa a annoncé la nouvelle après avoir rencontré vingt-
neuf femmes qui
lui ont présenté une requête préconisant une application rapide
du code en
question, afin d'imposer la discipline dans les rues de la
capitale
soudanaise. Elles ont suggéré la création de plusieurs tribunaux
de la
Sharia pour juger les femmes qui ne respectent pas l'ordre.
“Nous allons
sensibiliser le public sur les tenues islamiques", a déclaré le
Gouverneur.
Le Ministre de l'Enseignement Supérieur, Ibrahim Ahmed Omer, a
exhorté les
étudiantes à respecter le code vestimentaire islamique. "Les
étudiantes ne
seront pas autorisées à suivre les cours si elles ne portent pas
des tenues
islamiques", a-t-il prévenu.
Omer a demandé aux recteurs des vingt-six universités
soudanaises
d'appliquer l'ordre.

