PARIS, 14 déc. (IPS) – La croissance économique africaine est
passée de 4,6
pour cent en 1997 à 4,5 pour cent cette année-ci, d'après les
chiffres cités
lors d'une récente réunion du Programme Spécial d'Aide à
l'Afrique (PSA)
tenue sous l'égide la Banque Mondiale.
Selon Callisto E. Madavo, vice-président de la Banque Mondiale
pour
l'Afrique, ce léger déclin s'explique par les conflits qui
sévissent dans de
nombreuses régions du continent, ainsi que les mauvaises
conditions
climatiques. Les autres facteurs du déclin sont la réduction de
la taille
des marchés suite à la crise en Asie du Sud-Est, et la faiblesse
continue
des investissements étrangers directs.
Cependant, la situation n'est pas la même dans toutes les
régions d'Afrique,
a précisé Madavo. Alors que les économies des pays de la
Communauté de
Développement de l'Afrique Australe (SADC) stagnent à cause de
la récession
sud-africaine et de la guerre dans la région des Grands Lacs,
l'Afrique de
l'Ouest fait des progrès sur le plan économique.
Madavo a indiqué qu'au total, plus de la moitié des pays
africains ont
maintenu leur taux de croissance économique à trois pour cent ou
plus, ce
qui est supérieur à la moyenne de la croissance démographique
qui est de 2,8
pour cent.
Selon Alan H. Gelb, Directeur de la Politique de Gestion Sociale
de la
Section Aafrique de la Banque Mondiale, l'aide accordée à
l'Afrique
subsaharienne est destinée à y améliorer la qualité de vie, mais
la
propagation du SIDA (le syndrome d'immunodéficience acquis)
menace de
balayer tous les efforts faits dans ce sens.
En l'absence de ressources humaines saines, la relance
économique et les
politiques de développement se trouveront dans une impasse, a
déclaré Gelb.
Il a ajouté que l'impact du SIDA est tel que si rien n'est fait
pour freiner
sa propagation, l'espérance de vie baisserait d'au moins 20 ans
en Afrique.
En conséquence, les donateurs ayant pris part à la réunion du
PAS ont décidé
de faire de la lutte contre le SIDA une de leurs priorités. Ils
proposent
aussi de soutenir les agences et les organisations non
gouvernementales qui
travaillent sur le terrain, surtout dans le domaine de la
prévention du SIDA.
Le PSA a également promis d'aider particulièrement les pays qui
mettent
l'accent sur l'intégration des femmes des zones rurales dans
leurs projets
de développement. Dans 'Les Femmes, la Croissance et la
Réduction de la
Pauvreté'- une revue cofinancée par la Banque Mondiale et
publiée ce
mois-ci, le PSA soutient qu'une plus grande intégration des
femmes dans le
processus de prise de décisions, et l'amélioration de leur accès
aux
services et aux crédits, consolideraient et stimuleraient la
croissance.
Dans plusieurs pays africains, la tâche accomplie par les femmes
est
toujours plus importante que celle des hommes, a dit Micah
Cheserem,
Gouverneur de la Banque Centrale du Kenya, qui participait aussi
à la
réunion. Selon Cheserem, l'égalité des sexes permettrait à
l'Afrique de
réaliser la croissance annuelle de 7 à 8% dont elle a besoin
pour
commencer à s'affranchir de la pauvreté.
Le PSA de la Banque Mondiale, qui est destiné aux pays pauvres
d'Afrique
fortement, est une association informelle de donateurs créée en
1987.
D'après les explications de Madavo, ce programme a été mis en
place pour
aider les pays ayant appliqué les réformes de la Banque Mondiale
et du Fonds
Monétaire International (FMI), à mobiliser rapidement les fonds
dont ils ont
besoin, à rationaliser les procédures et à contrôler les
résultats afin de
s'assurer qu'ils ont, entre autres, un impact sur la pauvreté.
Depuis sa création, le PSA a mobilisé plus de 15 milliards de
dollars U.S.
pour les nations éligibles. A l'origine, il était ouvert aux
seuls pays dont
le revenu annuel par habitant était inférieur ou égal à 905
dollars U.S..
Cependant, en 1995, le plafond du revenu par habitant a été fixé
à 1465
dollars U.S. Ce nouveau plafonnement a fait passer le nombre de
pays
éligibles de 21 à 31.
Les ressources du PSA sont surtout collectées pendant les
promesses faites
lors des réunions organisées deux fois par an pour examiner la
performance
des pays bénéficiaires dans l'exécution des réformes, étudier
leurs besoins
financiers et vérifier l'effort que les donateurs ont fait pour
allouer et
débourser les contributions promises.
Le PSA est entré dans sa quatrième phase en 1997. Jean Louis
Sarbib,
Directeur du Service Ouest Africain à la Banque Mondiale, a
expliqué que
l'un des objectifs de cette phase est la réduction substantielle
de la
pauvreté en cinq ou sept ans. Pendant cette phase, une aide
rapide sera
accordée aux pays qui mettent en uvre des réformes économiques
orientées
vers la réduction de la pauvreté et l'augmentation de l'épargne
nationale.
Parmi les autres objectifs, on peut citer une meilleure
structuration des
conditionnalités, ainsi que le renforcement de l'impact des
dépenses
publiques sur le développement.
Les donateurs présents à la réunion ont promis cinq milliards de
dollars
pour soutenir la quatrième phase du PSA.
Selon Sarbib, il revient désormais "aux Africains de montrer
qu'ils
méritent l'attention accordée à leurs économies, surtout en ce
moment où la
relance s'amorce dans bon nombre de leurs pays".
"Le PSA leur donne la possibilité d'accélérer le rythme des
réformes pour
assurer la pérennité de la croissance", a déclaré Sarbib. "La
paix et la
stabilité sont, en effet, d'une importance capitale".

