MAPUTO, 15 déc. (IPS) – Chaque semaine, l'Afrique du Sud expulse
entre 600
et 1000 immigrés clandestins mozambicains. C'est une opération
embarrassante
qui se poursuit depuis plusieurs années.
Chaque Jeudi, un train en provenance de l'Afrique du Sud arrive
à la ville
frontalière de Garcia Ressano, chargé de clandestins aux visages
mornes et
tendus. Certains d'entre eux portent des plaies à la tête, et
des traces de
bâton au dos. Ils sont sans pièces et sans le sou.
"Chissano et Mandela devraient s'entendre pour que tous les
Mozambicains
puissent obtenir les pièces nécessaires pour travailler en
Afrique du Sud",
souhaite Daniel Antonio, 20 ans.
L'incident le plus dramatique concerne deux jeunes Mozambicains
qui sont
arrivés à Ressano Garcia avec des plaies partout au dos. Ils
racontent que
la police a délibérément laché ses chiens pour les attaquer,
après leur
avoir extorqué leurs maigres ressources et déchiré leurs pièces
d'identité.
La police indique que les blessés sont soignés à l'hôpital de
Ressano
Garcia, à Maputo. L'infirmier Mauricio Samba rapporte que près
de 20
expulsés grièvement blessés, sont admis à l'hôpital tous les
Jeudis.
Même quand les immigrés ont des pièces administratives, la
police ne leur
donne pas le temps de ramasser leurs affaires. Ils sont
rapatriés avec les
seules chemises dont ils sont vêtus au moment où la plupart vont
au travail,
ou en reviennent.
Seuls quelques rapatriés ont pu garder leurs bagages et leurs
affaires
personnelles. Ces immigrés âgés de 16 à 30 ans, sont rapatriés
en grand
nombre, surtout pendant la période des fêtes de Noël et du
nouvel an.
Selon la police mozambicaine, les cheminots et certains
résidents de la
ville de Ressano Garcia, la plupart des jeunes travaillent sur
des chantiers
et des fermes en Afrique du sud.
"La police nous arrête sur les chantiers, au champ et pendant
que nous
effectuons d'autres petits travaux. Elle nous garde en prison
jusqu'à ce que
nous soyons assez nombreux pour remplir le train de Jeudi",
explique une
victime.
Certains retournent souvent en Afrique du Sud pour chercher
leurs affaires.
"Ce sont des choses que nous avons acquises au prix d'énormes
sacrifices,
et nous ne pouvons en aucun cas laisser la police les
confisquer", jure
Daniel Antonio, un autre rapatrié.
Les rumeurs faisant état de brimades de la police sud-africaine
sont
courantes à Maputo. Certains racontent qu'ils ont été battus et
détenus dans
des cellules malsaines. Les jeunes sont sévèrement battus et
passent plus
d'une semaine en prison avant d'être expulsés. Il y a également
des
étrangers qui se font arrêter, afin de pouvoir prendre
gratuitement le train
qui va au Mozambique.
Carlos Afonso, 26 ans, qui détient une carte de travail valable,
raconte que
la police lui a demandé 50 rands pour le laisser en liberté (un
dollar US
équivaut à six rands). Comme il n'avait pas d'argent à donner,
il a été
rapatrié au Mozambique. "Je passerai les congés de Noël et du
nouvel ai, avant d'aller chercher mes pièces en Afrique d
u Sud". Carlos ajoute
que "la police ne les a pas déchirées".
Malgré la présumée brimade policière, Abel Jossias, 19 ans,
déclare qu'il
préfère l'Afrique du Sud, où il "peut au moins gagner de
l'argent".
Avant la signature de l'accord de paix en 1992, les Mozambicains
pouvaient
légalement travailler en Afrique du Sud. D'après la police, la
Croix Rouge
et les organisations non-gouvernementales (ONG) ont réduit leur
aide aux
personnes refoulées. Une organisation caritative de surs
brésiliennes de
Sao Bartolomeu, qui a travaillé pendant trente-deux années avec
les
communautés de rapatriés au Mexique, au Paraguay, en Italie et
maintenant au
Mozambique, a qualifié le rapatriement de "tragédie humaine".
"Nous savons que certains Mozambicains ont été maltraités, et
sont morts en
Afrique du Sud, mais nous ne pouvons pas faire une telle
révélation parce
que cela serait pour nous un arrêt de mort", a indiqué une
religieuse".

