NATIONS UNIES, 9 déc. (IPS) – -Selon le Fonds des Nations Unies
pour l'Enfance
(UNICEF), près d'un milliard de personnes -soit le 1/6 de la
population
mondialene pourront ni lire ni signer leurs noms au prochain
millénaire.
Dans son Rapport Annuel intitulé 'Situation des Enfants Dans Le
Monde en
1999', l'UNICEF signale que 2/3 des illettrés sont des femmes.
Le Rapport
indique que leur nombre toujours croissant rendra l'acquisition
de
connaissances de base en informatique encore plus difficile. De
même,
prédit l'UNICEF, il ne leur sera pas aisé de remplir par exemple
un
formulaire de demande.
"Ils vivront alors dans une pauvreté encore plus abjecte et
jouiront d'une
santé plus fragile que ceux qui ont eu la chance d'aller à
l'école", note
le Rapport.
Remontant aux origines de l'illettrisme, l'UNICEF indique que
dans les pays
en développement, plus de 130 millions d'enfants, dont 73
millions de
filles, grandissent sans avoir accès à l'enseignement primaire.
"Le monde ne peut plus se permettre cet énorme gaspillage de
potentiel
humain", déclare Carol Bellamy, Directrice Exécutive de
l'UNICEF. Elle
indique que les conséquences de l'illettrisme sont profondes et
constituent
de surcroît une menace potentielle pour l'avenir de ces enfants.
Ces conséquences ne sont que l'expression du refus de
reconnaître l'un des
Droits fondamentaux de l'Homme, à savoir le droit à
l'instruction, pourtant
proclamé dans les accords tels la Déclaration Universelle des
Droits de
l'Homme, qui fête ses cinquante ans le 10 Décembre, et la
Convention de 1989
sur les Droits de l'Enfant. Cette Convention est considérée
comme une
référence en matière de Droits de l'Homme.
Paradoxalement, lit-on dans le Rapport de l'UNICEF, le droit à
l'instruction
a été un sujet de discussion dans de nombreuses réunions
internationales
organisées au cours des cinquante dernières années, et lors de
tous les
grands sommets et conférences des Nations Unies tenus ces dix
dernières années.
Et pourtant, malgré toutes les grandes déclarations, environ 855
millions de
personnes resteront illettrées à l'aube du nouveau millénaire.
Au nombre des 130 millions d'enfants qui grandissent sans avoir
accès à
l'instruction primaire, les filles représentent les deux tiers
dans le monde
en développement.
L'UNICEF souligne qu'il y a une parfaite corrélation entre
l'instruction et
les taux de mortalité en général, et la mortalité infantile en
particulier.
Une augmentation de 10 pour cent de l'effectif des filles à
l'école primaire
peut réduire la mortalité infantile de 4,1 pour 1000. Une
augmentation
similaire de l'effectif des filles au cours secondaire pourrait
encore faire
baisser la mortalité infantile de 5,6 pour 1000.
Concrètement, cela signifie par exemple qu'au Pakistan, une
année
supplémentaire d'école pour 1000 autres filles empêcherait la
mort de 60
enfants.
L'UNICEF indique aussi que la négation du droit à l'instruction
compromet
les capacités humaines à travailler de façon productive. Ceux
qui
comprennent l'importance de la santé, de l'hygi de la nutrition
arrivent à réduire l'incidence des maladies évitables. Ceux-là
contribuent
également à faire baisser le taux de mortalité dans leur
entourage; le
potentiel économique et financier ainsi que la stabilité
sociale, s'en
trouvent considérablement améliorés.
"A l'échelle sociale, le manque d'instruction ne favorise pas
l'éclosion de
la démocratie, le progrès social, la paix internationale et la
sécurité",
commente l'UNICEF.
L'illettrisme est vécu comme une réalité malheureuse de la vie
par des
millions d'enfants, les filles surtout. Les raisons sont
nombreuses, affirme
l'UNICEF.
Le sexe des filles suffit pour les obliger à rester à la maison
et s'adonner
à des travaux de subsistance. Parfois, elles sont si isolées en
classe
qu'elles sont découragées et abandonnent l'école.
L'instruction n'est pas à la portée de la plupart des enfants,
parce qu'ils
travaillent à plein temps. Un grand nombre sont exploités et
travaillent
dans des conditions dangereuses.
D'autres n'ont simplement pas d'école, et lorsqu'il y en existe,
elle ne
reconnaît pas leur droit à l'instruction. Dans certains cas, il
y a trop peu
d'enseignants qualifiés, ou alors la famille de l'enfant n'est
pas en mesure
de supporter les frais. L'école est située parfois trop loin de
la maison ou
ne dispose pas de livres ni de fournitures.
L'UNICEF lève un coin de voile sur l'aspect économique du
problème en
indiquant que la dette extérieure des nations les plus pauvres
du monde
s'élève à 2,2 millions de milliards de dollars, ce qui fait
qu'elles ont
énormément de difficultés à investir dans l'éducation. Les
nations les plus
touchées sont les 48 pays les moins développés du monde, les
plus pauvres
des pauvres qui se trouvent essentiellement en Afrique
subsaharienne.
L'UNICEF estime que pour assurer l'éducation à tous les enfants,
le monde
devrait encore dépenser sept milliards de dollars par an au
cours des dix
prochaines années.
"Cette somme est inférieure à l'argent qui est annuellement
dépensé sur les
produits cosmétiques aux Etats-Unis, ou sur la crème glacée en
Europe. C'est
moins que le dixième des dépenses militaires mondiales
annuelles", ajoute
le Rapport.
La crise de l'enseignement primaire se produit, selon l'UNICEF,
à un moment
où la technologie fait d'énormes progrès pour rendre les
informations
accessibles. Plus que par le passé, la technologie moderne met
les idées et
la connaissance à la disposition d'un nombre croissant de
personnes à
travers le monde.
"La tragédie, c'est que ces mêmes progrès technologiques ont
agrandi le
fossé entre les riches et les pauvres, entre les personnes
suffisamment
riches et éduquées pour bénéficier de la nouvelle technologie de
l'information, et les gens disqualifiés par la pauvreté et
l'illettrisme",
conclut l'UNICEF.

