RELIGION: Mugabe Condamne L'Attitude Ambiguë De L'Eglise En Afrique

HARARE, 9 Dec. (IPS) – Tout en remerciant l'Eglise d'avoir
contribué à
mettre fin au colonialisme en Afrique, le Président zimbabwéen
Robert Mugabe
a également rappelé mardi le soutien "honteux" qu'elle a
apporté au
colonialisme et à l'apartheid.

"Au Zimbabwe comme dans la plupart des pays africains, l'Eglise
a cautionné
le colonialisme et a même recréé les relations coloniales au
sein de ses
propres institutions théocratiques", a dit Mugabe aux délégués
participant
à la huitième Assemblée du Conseil Mondial des Eglises (CME) à
Harare.
Selon le Chef de l'Etat zimbabwéen, l'Eglise a souvent confondu
l'évangélisation avec l'occidentalisation. "Dans notre région
et peut-être
plus que partout ailleurs, l'Eglise a parfois pris parti pour le
colonialisme et l'apartheid" au détriment de la croyance en
Dieu..
"L'Eglise a cautionné l'idée de la prétendue sainteté et
supériorité de la
race blanche, et implicitement approuvé ses structures
exclusivistes de
mauvaise gouvernance", a indiqué le Président Robert Mugabe.
Plus de 4500 délégués assistent à l'Assemblée du Conseil Mondial
des
Eglises, qui a commencé le 3 Décembre et qui durera 12 jours.
Tout le monde s'attendait à ce que Mugabe condamne les
homosexuels et les
lesbiennes, mais il n'y a pas fait allusion dans son allocution
qui a duré
plus d'une heure. Il s'en est cependant pris aux homosexuels à
son départ de
l'Université du Zimbabwe, où se tient l'Assemblée du CME.
A la question de savoir ce qu'il pensait de leur participation,
Mugabe a
répondu : "Je n'ai pas d'information sur eux. Je suis venu
m'adresser au
Conseil Mondial des Eglises, et s'ils sont venus en tant
qu'individus pour
prier et promouvoir leur entité morale d'êtres humains prêts à
renoncer à
l'homosexualité, alors c'est très bien. C'est cela l'Eglise.
C'est elle
l'institution la mieux indiquée pour les purger et les
purifier".
L'homosexualité est illégale au Zimbabwe et le Président Mugabe
a maintes
fois condamné cette pratique, affirmant que les homosexuels et
les
lesbiennes “valent moins que les cochons et les chiens".
Le problème de l'orientation sexuelle demeure un sujet
controversé car les
membres sont divisés sur la question de savoir s'il faut les
accepter dans
l'Eglise. Un délégué a dit que les lesbiennes et les homosexuels
chrétiens
sont libres de venir à l'Eglise car c'est un "lieu pour les
pécheurs".
Mais, cela a soulevé des objections concernant ce qui constitue
un péché.
Les homosexuels et les lesbiennes n'ont pas été officiellement
reconnus
comme des participants à l'assemblée et ont assisté
individuellement en tant
que membres du public.
La réunion du CME qui prendra fin le 14 décembre, aborde les
crises
d'endettement de l'Afrique, la pandémie du SIDA, et essaie de
trouver une
solution au conflit qui sévit depuis cinq mois en République
démocratique du
Congo (RDC).
Le Président Mugabe affirme qu'il a dans une certaine mesure
fait aux
délégués l'historique de l'Eglise en Afrique "afin que nous
puissions tous
commencer à apprécier les défis réels du témoe cuménique dans
un monde
injuste et divisé".
"C'est clair que l'Eglise ne peut pas se blanchir face aux
problèmes du
passé, du présent et de l'avenir", reconnaît-il. "Il est peut
être
correcte de dire que l'expérience que nous avons avec l'Eglise
dans cette
région c'est qu'elle est à la fois une institution pécheresse et
rédemptrice".
Dans son discours, Mugabe a demandé à l'Eglise de contribuer à
la réforme
agraire en cours dans le pays.
Bien que la lutte d'indépendance ait abouti à la mise en place
d'un
Gouvernement à majorité noire en 1980, a indiqué le Président
Robert Mugabe,
les Zimbabwéens continuent de faire face à de nombreuses
difficultés qui
menacent leur survie en tant que nation indépendante et libre de
gérer ses
propres affaires. Une telle situation trouve son origine dans
l'inégale
distribution des terres au Zimbabwe, a expliqué le Président.
"Chers frères en Christ, nous continuons d'affronter les mêmes
problèmes et
de chercher des solutions à la question de la redistribution des
terres.
Aujourd'hui au Zimbabwe, quelques 4000 fermiers blancs
détiennent la moitié
des terres arables, alors que près de 11 millions d'Africains se
partagent
la seconde moitié", a déploré Mugabe.
"Il n'est pas rare de voir des individus qui possèdent dans ce
pays quatre,
cinq ou six grandes fermes s'étendant sur plusieurs milliers
d'hectares,
alors qu'en face, les communautés noires sont obligées de
travailler dur sur
des portions de terre mesurant au plus deux hectares chacun", a
déclaré le
Président.
Pour Mugabe, alors que le pays possède de vastes étendues de
terres
appartenant à des propriétaires non-résidents – notamment des
Britanniques
et des Sud-africains – les propriétaires naturels de ces terres
en jouissent
très peu ou pas du tout".
"Les Lords et les compagnies britanniques, les riches familles
sud-africaines ont acquis de nombreux domaines durant la
colonisation !
Pourtant, on nous accuse d'être injustes, plus injustes que ces
propriétaires expatriés ou ces détenteurs de nombreuses terres
sous
exploitées, lorsque nous exigeons la réforme agraire".
Mugabe a répliqué à la presse britannique qui l'a accusé la
semaine dernière
“de larcin, de tyrannie, de brutalité et de racisme" à cause du
problème
foncier. "Mais, qui devrait réellement accuser qui sur la
question foncière
?", s'est-il exclamé.
"Comment l'Eglise peut-elle garder son unicité dans une société
présentant
de telles disparités : Quel sermon convient au propriétaire
terrien, et
lequel faut-il au démuni ? A quelles catégories sociales
l'Eglise et ses
prêtres choisissent-ils de s'identifier ?", a demandé le
Président Mugabe
aux délégués.
L'Assemblée du CME prendra certainement une position claire sur
le poids de
la dette qui est estimée à près de 300 milliards de dollars US.
Cette dette
asphyxie la vie socio-économique des pays africains, qui
représentent
actuellement la majorité des pays pauvres les plus endettés.
Parmi les 41
pays identifiés, 33 sont situés en Afrique.
Mugabe a souhaité que l'Eglise aide à mettre fin à la crise de
l'endettement. "Le CME devrait user de son autorité morale pour
demander
aux puissances occidentales d'accepter d'annuler les dettes des
nations du
Tierde", a-t-il suggéré.
Le dirigeant zimbabwéen, un socialiste convaincu, a également
demandé au CME
de prendre l'initiative afin que le monde poursuive des
objectifs sains et
humains qui reflètent la volonté de Dieu. "Il est difficile de
ne pas
conclure que nous vivrions dans un monde meilleur et plus
sécurisant, si
nous avions donné au communisme un dieu spirituel et
démocratique, au lieu
de déifier le capitalisme contemporain", a dit le Président
Mugabe.
Créé en 1948 à Amsterdam, aux Pays-Bas, le CME est une
organisation de 330
églises réparties dans 1000 pays à travers le monde.