NAIROBI, 3 déc. (IPS) – Les donateurs ont été priés de remplacer
l'actuelle
aide à court terme par des approches à long terme pour permettre
aux
communautés affamées dans les pays africains dévastés par la
guerre de s'en
sortir et de reconstruire leurs sociétés ruinées.
"L'aide est actuellement conditionnée par les 'mauvais
critères' qui
tiennent compte de la réalisation des objectifs à court terme",
a indiqué
Matthias Stiefel, directeur du projet des sociétés dévastées par
la guerre
(WSP) dont le siège est en Suisse.
"Il est nécessaire que la communauté internationale repense la
façon dont
elle distribue l'aide et améliore considérablement la qualité de
l'aide
destinée à ces pays, si elle est déterminée à prévenir d'autres
conflits et
à contribuer à la reconstruction des sociétés", a-t-il dit.
Stiefel a fait cette déclaration cette semaine à Nairobi, la
capitale
kenyane, où il a rencontré les représentants des agences d'aide
opérant dans
la région agitée de la Corne de l'Afrique. Il a signalé que les
Nations
Unies et la communauté des bailleurs de fonds se préoccupaient
du fait que
l'aide au développement accordée à l'Afrique sombrait sous le
poids des
conflits qui ont éclaté dans les années 1990.
"Les conflits de la vieille Guerre froide ont émergé de nouveau
sous forme
de luttes pour le pouvoir. Malheureusement, la communauté
internationale
n'arrive pas à y faire face efficacement. Des milliards et des
milliards de
dollars ont été dépensés", a-t-il dit avant d'ajouter que
"trop souvent,
le résultat est pire que la situation précédente".
Selon Stiefel, la communauté internationale et les agences
d'aide ont
souvent été mal préparées, mal outillées, et ne s' entendent pas
lors de
leurs interventions dans les pays dévastés par la guerre comme
le Soudan où
le gouvernement islamique du colonel Omar al Bashir lutte contre
les forces
rebelles dans le Sud du pays.
Il a fait remarquer que l'aide au Soudan, où 2,6 millions de
personnes ont
besoin d'une assistance d'urgence, a été de plus en plus
politisée. Cette
situation a récemment attiré l'attention de la communauté
internationale, et
aggravé le conflit qui sévit dans ce pays depuis 16 ans.
Le gouvernement de Khartoum et l'armée de libération du peuple
soudanais
(SPLA) ont été accusés de détourner l'aide alimentaire. Khartoum
a également
été accusée de s'être impliquée dans la distribution de l'aide
alimentaire
pour "affamer" le Sud, le bastion de la SPLA. En conséquence,
des milliers
de personnes vivant dans le Sud, théâtre des combats, sont
mortes de
maladies liées à la faim.
En Somalie où une guerre civile sévit depuis 1991, les secours
humanitaires
ont eu comme impact 'négatif' la dépendance vis-à-vis de l'aide.
Ils n'ont
pas favorisé la production alimentaire, selon WSP. "Auparavant,
l'aide
humanitaire remplaçait le manque d'action politique", a rappelé
Stiefel.
"Les donateurs doivent désormais connaître le champ de bataille
avant de
concevoir les interventions itaires. Ils s'assureront ainsi que
l'aide
fait plus de bien que de mal".
WSP soutient que les secours devraient être accordés seulement
dans les cas
où il est nécessaire de prévenir les catastrophes humanitaires
telles que la
famine de cette année qui a fait des milliers de morts au
Soudan. Mais, ces
secours devraient être ciblés pour ne pas donner de résultats
négatifs.
Stiefel a indiqué que depuis sa création en 1994, le WSP a
réussi à servir
de fer de lance dans le processus de reconstruction et de
restauration de la
paix au Mozambique et en Erythrée. Après avoir été détruits par
des
décennies de guerre, ces deux pays sont actuellement considérés
comme des
modèles économiques en Afrique. Ils mettent plus l'accent sur
les
investissements que sur l'aide.
Depuis la fin de la guerre éthiopienne en 1991, l'Erythrée a
embrassé la
"Never Kneel Down" Economic Policy du WSP. C'est une politique
économique
qui insiste sur l'indépendance vis-à-vis de l'aide
internationale.
De la même façon, le WSP est arrivé au Mozambique après l'accord
de paix
d'octobre 1992 entre le gouvernement et l'opposition, qui a mis
fin à deux
décennies de guerre civile. Depuis lors, ce pays de l'Afrique
australe a
initié un programme de démobilisation de près de 100.000 soldats
et de
reconstruction des zones dévastées par le conflit.
Compte tenu des succès obtenus à la suite des recherches
effectuées en
Erythrée et au Mozambique, le WSP annonce qu'il a l'intention
d'initier un
programme similaire de recouvrement dans les autres pays, comme
la Somalie,
qui sont dévastés par la guerre.
La Somalie n'a eu aucun gouvernement central depuis le
renversement du
défunt dictateur Mohamed Siad Barre en 1991. Par la suite, le
pays a éclaté
en plusieurs fiefs protégés par des milices claniques. Les
tentatives de
réconciliation des chefs de guerre ont conduit à la ratification
de 14
accords de paix dont aucun n'a été respecté.
Le WSP opère actuellement au Nord-est de la Somalie, une région
relativement
pacifique qui a entrepris des efforts de réconciliation et de
reconstruction
après la guerre. Elle (la région) joue un rôle de gouvernement
fédéral.
Dans le cadre du programme du WSP, les indigènes talentueux sont
rassemblés
pour effectuer des enquêtes sur leurs propres communautés
ravagées par la
guerre et produire un 'bilan' sur leurs besoins primordiaux, a
rapporté Adam
Aipixi, un Somalien qui travaille avec les communautés locales
de la région.
"Ce sont des enquêtes publiques où les gens identifient leurs
propres
problèmes et uvrent pour les résoudre eux-mêmes", dit-il.
"Nous ne
faisons que leur montrer comment procéder".
Le WSP a l'intention d'introduire le système dans d'autres
régions de la
Somalie, dès que les chefs de guerre voudront arrêter les
combats.
Mais, cette intention fait face à l'opposition d'autres
Somaliens. "La
Somalie n'a besoin ni d'aide ni de projets de développement",
observe le
journaliste somalien Abshir Warsame Jama.
"Nous ne voulons pas que la communauté internationale établisse
des
projets, nous voulons un Etat", précise-t-il.

