DURBAN, 2 déc. (IPS) – La province sud-africaine du Kwazulu
Natal est le
berceau de 'l'Isicathamiya', un rythme rendu célèbre, il y a une
décennie,
par un album du groupe Ladysmith Black Mambazo, intitulé
"Gracelands".
Isicathamiya est une forme formidable d'expression de la culture
noire
sud-africaine. Cette culture est parfaitement traditionnelle
lorsqu'elle
sort de la puissante voix masculine des Zulus. Cependant, elle
est
remarquablement diminuée par les nuds et les costumes des
artistes ainsi
que leur style de danse caractérisé par des mouvements lents,
polis et
comparables à ceux d'un chat, un style tout à fait différent de
la danse
traditionnelle qui s'exécute en tapant des pieds.
Le style Isicathamiya a émergé dans l'Afrique du sud
ségrégationniste. En ce
moment-là, les Noirs convertis au christianisme n'étaient pas
autorisés à
chanter des chansons traditionnelles, ils étaient plutôt
encouragés à
chanter des hymnes. Dans les auberges des travailleurs, les
hommes se
réunissaient pour chanter et oublier la tristesse due à la
séparation avec
leurs familles demeurées au village.
Comme l'explique Patricia Achieng Opondo, chercheuse au
département de
Musique de l'université du Natal, "la danse attirait
particulièrement ceux
qui n'allaient pas dans les débits de boisson où il y avait
beaucoup de
bière et le rock bruyant des banlieues noires".
C'était une façon de renforcer le sens de la fraternité et de ne
pas se
laisser distraire par la boisson, la violence et le crime. " Ce
prolétariat
qui représentait un pool de travailleurs migrants dans les
années 1920 et
1930, avait besoin d'un exutoire pour ses frustrations. C'est de
cette façon
que l'élément de protestation s'est glissé dans le répertoire de
l'Isicathamiya", affirme Opondo.
Aujourd'hui, les styles varient considérablement. Les groupes
qui préservent
'l'ancien style' ont tendance à être plus formels et
exclusivement
masculins. Ils adhèrent strictement à l'éthique chrétienne.
Hamilton Mbatha,
le leader du groupe NBA Champions, est un chrétien dévoué qui
salue les
audiences au nom de Jésus Christ. Son baryton est empreint de la
passion
d'un chanteur du gospel.
"Dans tout ce que nous faisons, nous croyons que Dieu est
présent", dit-il
en zulu. "Nous prions avant de chanter, de voyager et après
avoir chanté".
Bien que la plupart des groupes se disent chrétiens, très peu de
nouvelles
chorales sont aussi strictes dans leur pratique. Certaines
boivent de la
bière, d'autres ont même des femmes qui chantent dans leurs
groupes.
Plusieurs chorales ont inclus les tournoiements, le déhanchement
et le jeu
de pied des danses 'Mapantsula' et 'Mbaganga'.
Richard Machi, le leader du groupe 'New Style' des New High
Brothers, estime
que la foule apprécie beaucoup plus le nouveau style". Les pas
du nouveau
style sont plus aventureux et les acrobaties vocales ont aussi
ühaîné un
style sauvage tyrolien appelé 'Bombing'.
Bien que l'Isicathamiya soit devenue une forme très compétitive
et parfois
gratifiante d'expression culturelle, elle n'a pas toujours été
aussi bien
connue. Mbatha se rappelle les jours où elle n'était qu'une
réunion d'un
groupe d'hommes. Il a commencé à chanter lorsqu'il était encore
un jeune
garçon employé sur une ferme dans la région rurale du Natal. Il
écoutait de
la musique zulue sur un gramophone. Il dansait parfois pendant
les mariages
et autres événements spéciaux.
En 1967, lorsqu'il s'est rendu à Durban pour chercher du
travail, il a
rencontré de vieux amis du district rural de Babangango (Natal).
Ensemble,
ils ont formé les NBA Champions, un nom non seulement à
l'association
nationale de basket-ball des USA, mais aussi lié au fait que les
plaques
minéralogiques de Babangango commençaient par les lettres 'NBA'.
Depuis leurs premières années, les NBA Champions ont gardé
'l'ancien style',
en donnant des concerts en ville et dans des halls
communautaires dans toute
la province du Kwazulu. Ils participaient également à des
compétitions dans
les halls de l'association des jeunes chrétiens (YMCA).
"Lorsque j'ai commencé à chanter, j'étais encore sympathique et
beau, sans
ma barbe grise", raconte Mbatha. "Nous avions l'habitude
d'aller chanter
toute la nuit dans les halls. Ces jours-là, le meilleur chanteur
obtenait
une chèvre, et le deuxième gagnait environ quatre dollars.
Bon nombre de ces chants donnent la nostalgie et rappellent un
mode de vie
abandonné. Souvent, c'est une chanson d'amour dédiée à une
vieille copine
que le chanteur ne peut jamais oublier malgré le mariage, les
enfants et les
mutations de ce monde. Ce sont des chansons qui viennent droit
du cur.
Lorsque nous chantons Isicathamiya, nous ne l'écrivons pas",
souligne-t-il.
"Elle vient seulement de nos origines. Nous observons les
choses et les
événements et composons une chanson".
Les chansons elles-mêmes font partie d'une vibrante tradition
orale. Mbatha
s'en tient à l'ancien style pour une raison précise – garder les
histoires.
"J'aime chanter l'ancien style afin qu'il ne disparaisse pas",
avoue-t-il.
Il y a peut-être très peu de chanteurs de l'ancien style
d'Isicathamiya, qui
respectent rigoureusement les prescriptions stylistiques, bien
que le nom
Isicathamiya provienne du verbe zulu 'cathama' qui signifie
marcher comme un
chat. Cela décrit la légèreté et la fluidité d'une danse où tout
est à sa
place, rien n'est exagéré, lourd ou maladroit.
Vêtus de vestes rouges immaculées, de doubles nuds rouges noirs
et des
chaussures en double teinte rouge et blanche, les NBA Champions
ont un
aspect élégant. Comme tous les groupes Isicathamiya, ils
commencent à
échauffer la voix dans les coulisses, à roucouler, à chercher le
ton, à se
mouvoir – 'à apprêter la clé', comme le dit Mbatha – jusqu'à
quitter leur
veste rouge qu'ils gardent dans la main droite. Ensuite, ils
s'accroupissent, avancent à petits pas, se mettent en rang et
montent sur
la scène en entonnant une chanson réjouissante qui va crescendo.
Opondo pense que Isicathamiya est une "africanisation du jubilé
afro-américain du 19ème siècle" qui a émergé dans les districts
miniers du
Natal dans les années 1920.
Aujourd'hui, cette cn provinciale est devenue une expression
culturelle
nationale.
En 1988, grâce au soutien de Joseph Tshabalala de l'association
nationale
Ladysmith Black Mambazo, l'association de la musique
traditionnelle
sud-africaine (SATMA) a été formée pour préserver et développer
le phénomène
Isicathamiya.
Theo Mtshali, un des responsables de la SATMA, déclare : "Nous
avons
commencé en allant d'usine en usine pour chercher des sponsors.
Notre rêve
s'est réalisé. Nous ne chantions plus pour des chèvres, et nous
avions des
prix à décerner aux gens. Le prix de cette année vaut presque
3500 dollars.
"Conscients de l'actuelle récession, nous voulons aider le
groupe à
survivre avec cet argent. Nous préservons la musique afin
qu'elle ne
disparaisse pas. En même temps, nous prêchons la bonté et de la
moralité
afin que nos membres ne boivent ni ne fument et demeurent sur la
bonne
voie", rapporte Mtshali. "Nous souhaitons que Isicathamiya
soit exporté
outre-mer pour que les gens de là-bas puissent chanter cette
musique à leur
façon".
Alors qu'elle était à l'origine un moyen permettant de
rassembler les
travailleurs dans les auberges, Isicathamiya est devenue une
importante
expression culturelle en Afrique du sud. Malgré sa fusion avec
des éléments
du christianisme occidental, elle est demeurée une forme
traditionnelle zulue.
La phénoménale tradition musicale zulue est de plus en plus
reconnue sur le
plan international et l'apport de l'Isicathamiya est
remarquable.

