WASHINGTON, 4 Dec. (IPS) – La Banque mondiale rend le Fonds
Monétaire
International (FMI) responsable du " gros risque" de récession
mondiale,
pour n'avoir pas pu prévenir la crise financière asiatique.
Le rapport de la banque intitulé 'Les perspectives économiques
mondiales et
les pays en développement – 1998/99', a été rendu public
mercredi dernier.
Il signale que les pays pauvres traversent la période la plus
difficile de
leur histoire depuis la crise de l'endettement des années 1980.
Il
recommande alors la prudence dans la libéralisation des marchés
financiers.
"Le zèle excessif de la dérégulation" dans les pays dépourvus
de
puissantes institutions et de politiques de gestion des capitaux
privés,
était largement responsable des crises financières qui ont
commencé en Asie
en 1997 avant de se de gagner la Russie et l'Amérique latine, a
annoncé
Joseph Stiglitz, chef du service économique de la Banque.
Le système que le Chili utilise pour taxer les investissements à
court terme
et limiter l'instabilité des flux de capitaux pourrait être "un
outil
d'intervention utile" pour d'autres pays qui cherchent à
transformer la
spéculation sauvage en une source de productivité, a confié
Stiglitz aux
reporters.
Au début de cette année, le Chili a retiré cette taxe pour
attirer les
capitaux étrangers devenus rares en raison de la panique des
investisseurs
face aux marchés émergeants. Cela a démontré la flexibilité du
système, a
indiqué Stiglitz.
"Lorsqu'ils ont besoin d'afflux de capitaux, comme c'est le
cas, ils
peuvent annuler la taxe, mais cela reste un outil d'intervention
permettant
de stabiliser les flux à court terme".
Bien que les fuites massives de capitaux aient provoqué le chaos
de
l'économie mondiale, les énormes afflux n'ont pas facilement
permis aux pays
de définir leur politique économique, a rapporté l'ancien
président du
comité des conseillers de Bill Clinton.
Après avoir été sévèrement accusé par les fonctionnaires de la
Banque, du
FMI et du trésor américain à cause des critiques qu'il a
formulées contre
leurs positions, Stiglitz a ajouté "qu'il ne faut pas que la
pendule
oscille du côté d'une certaine politique et s'éloigne
complètement de la
libéralisation.
De la même façon, la Banque a pris soin de ne pas isoler le FMI,
son frère
de Bretton Woods. Mais, son rapport a fait remarquer que les
forts taux
d'intérêt et les réductions de dépenses exigées pour diminuer
les déficits
et obtenir des cautions financières ont eu comme conséquence la
contraction
dans les pays secoués par la crise.
Ces prescriptions étaient destinées à protéger les monnaies
nationales et à
générer des épargnes devant servir à financer l'ajustement
structurel qui
nécessite des fonds.
"L'une des grandes surprises de l'Asie de l'Est était le petit
effet
immédiat que les approches de la politique initiale (du FMI),
avait
apparemment eu sur la réduction de la pression monétaire et le
rétablissement de la confiance des investisseurs", a souligné
le rapport de
la Banque. "Au cont, une grande partie, voire la plupart, de la
dépréciation des monnaies s'est produite après la prise de ces
mesures".
Les événements ont obligé le Fonds à limiter certaines de ses
exigences. Ils
ont amené les USA et certains pays européens à baisser leurs
taux d'intérêt.
Ces mesures ainsi que d'autres événements, comme ceux du Japon
qui a octroyé
une aide de 30 milliards de dollars à l'Asie, offrent un espoir
de relance à
moyen terme, a précisé le rapport.
Cependant, "les politiques mettent longtemps à devenir
effectives, et la
perspective à court terme demeure précaire", a souligné le
rapport. "Il y
a des risques que le ralentissement actuel devienne une
récession mondiale".
La Banque a prévu une croissance économique mondiale de 1,9 en
1999, après
une croissance de 1,8 cette année et de 3,2 en 1997. Elle a
défini la
"récession" comme une croissance de moins d'un pour cent.
Le FMI utilise différentes méthodes pour faire ses prévisions.
En septembre,
il a annoncé que la croissance mondiale atteindra 2,5 pour cent
l'année
prochaine, contre 2 pour cent en 1998. Depuis mi-1997, le Fonds
a revu ses
prévisions à la baisse.
La Banque a prévu que les économies des pays en développement
connaîtront
une croissance de 2,7 pour cent l'année prochaine, contre deux
pour cent
cette année-ci. Mais, la contraction observée dans 36 pays –
tels que
l'Indonésie, le Brésil et la Russie – signifie qu'une personne
sur quatre
habitants dans les pays en développement ou en transition
verrait ses
revenus baisser. L'année dernière, alors que la crise économique
était à ses
débuts, alors qu'elle était largement limitée à l'Asie, moins
d'une personne
sur 14 a été frappée par ce sort.
L'Amérique latine souffrirait plus car dans cette région, la
croissance a
chuté de cinq pour cent en 1997 à 2,5 pour cent cette année ;
elle passera à
0,6 pour cent en 1999. La région a été victime des "réductions
drastiques"
des flux de capitaux étrangers, de la baisse des prix des
produits et du net
ralentissement de la croissance du commerce mondial.
L'Afrique subsaharienne assisterait à l'interruption de la
croissance
économique tant attendue. Le revenu par habitant de la région a
recommencé à
croître en 1993, après plus d'une décennie de déclin. La
croissance a
atteint 4,2 pour cent en 1996, mais elle a baissé à 3,5 pour
cent en 1997 et
pourrait se situer entre 2,1 et 2,4 pour cent cette année.
Les effets de la crise asiatique devraient être plus
douloureusement
ressentis par les plus grands exportateurs de la région – le
Nigeria,
l'Angola et le Gabon. Cela est dû à l'absence de la demande
asiatique et à
la baisse des prix de leurs principales marchandises
génératrices de
devises. Ailleurs dans la région, les investissements étrangers
directs –
qui se sont concentrés sur les minéraux et les métaux –
pourraient aussi
décliner au fur et à mesure que l'économie mondiale ralentirait.
Les exportateurs de pétrole du Moyen-Orient et de l'Afrique du
Nord
"connaissent aussi les plus graves chocs commerciaux de la
crise
asiatique", selon la Banque. Par conséquent, la croissance
économique
dégringolerait à 2 pour cent cette année contre 3,1 pour cent en
1997. "En
1999, elle ne connaîtra qu'une modeste relance".
La crise de l'As l'Est s'était fait sentir en Asie du Sud à
travers le
commerce et les investissements directs, mais "les effets
financiers n'ont
pas été révélés", souligne la Banque. L'une des raisons est que
"l'assouplissement modéré et non complet des contrôles des
capitaux n'a pas
beaucoup exposé les banques aux flux étrangers (les banques
indiennes ont
contracté peu de dettes étrangères à court terme)".
Toutefois, les contrôles de capitaux effectués au Pakistan
pourraient avoir
des retombées fâcheuses. "Alors qu'elles ont été imposées pour
arrêter les
fuites de capitaux et préserver immédiatement les rares
ressources
étrangères, ces mesures décourageront les transferts d'argent
effectués par
les travailleurs et inhiberont les investissements étrangers et
locaux.
Elles pourraient aussi avoir des effets négatifs sur la
croissance à long
terme", a signalé le rapport.
La Banque mondiale estime que la croissance régionale passerait
de 5 pour
cent à 4,6 pour cent entre 1997 et cette année. Elle (la Banque)
ajoute que
ce ralentissement est dû à la dépression des marchés
d'exportation en Asie
de l'Est et au Japon, à la rude concurrence que ces pays font
sur d'autres
marchés et aux sanctions internationales décrétées après les
essais
nucléaires réalisés au cours de l'année par l'Inde et le
Pakistan.

