NAIROBI, 1er DEC. (IPS) – Pour beaucoup de gens, le contact
avec l'abeille
sauvage africaine dont le dard est pénible et redoutable devrait
être évité.
Mais grâce aux nouvelles technologies génératrices de revenus,
la vie de
3500 familles de l'Afrique de l'Est dépend actuellement de ces
insectes.
Barnabas Lugonzo, un fermier de Kakamega, ville de l'Ouest du
Kenya située à
500 kilomètres de Nairobi, la capitale, raconte comment il
pratique
l'élevage des abeilles dans une bûche creuse au milieu des bois.
Tous les sept mois, il utilisait une technique démodée pour
chasser, à
l'aide de la fumée, les abeilles des ruches et récolter du miel.
"Je
m'enfuyais souvent après avoir reçu au moins deux coups de dards
et la
douleur mettait du temps à se calmer", se rappelle-t-il.
Grâce à une technologie améliorée, Lugonzo utilise une ruche
moderne
appelée 'la ruche de Langstroth' qui quintuple la production de
miel. Il met
aussi une tenue appropriée pour se protéger pendant la récolte,
au lieu
d'utiliser la technique démodée de la fumée.
"Nous nous sommes aperçus actuellement que les abeilles sont
comme des
personnes. Elles font de longs voyages pour chercher de la
nourriture, et
elles doivent être traitées gentiment", recommande-t-il.
Lugonzo et 249 autres fermiers de l'Afrique de l'Est – Soudan,
Ouganda,
Kenya et Tanzanie – ont suivi une formation d'un mois qui a pris
fin la
semaine dernière. La formation qui s'est déroulée au centre
international de
physiologie des insectes et d'écologie (ICIPE) de Nairobi a été
consacrée à
l'apprentissage des méthodes modernes d'élevage des abeilles.
La ruche moderne (24 pouces sur 17) met environ deux mois pour
produire du
miel. Mais, tout dépend de la saison et de la stabilité de la
population des
abeilles, explique Lugonzo. Selon lui, la ruche produit jusqu'à
20
kilogrammes de miel et chaque kilogramme coûte près de 120
shillings.
Un dollar US équivaut à 60 shillings kenyans.
Lugonzo a aussi remarqué que près de 35 jeunes gens de sa région
natale, qui
abattaient des arbres dans les forêts voisines et les vendaient,
ont
abandonné ce commerce pour élever des abeilles. "Nous apprenons
aux jeunes
que les arbres nous sont très sacrés, car ils sont une source de
pluie, de
nourriture et d'abri", affirme-t-il.
Lugonzo possède qui est propriétaire de dix ruches, pense que
l'élevage des
abeilles est une activité moins nuisible à l'environnement que
l'abattage
des arbres qui est une pratique néfaste à l'environnement.
Mary Mosha d'Abesco, un groupe des éleveurs d'abeilles de la
ville
septentrionale d'Arusha en Tanzanie, déclare que la récolte de
cette saison
pourrait être fructueuse.
Le revenu des fermiers utilisant la méthode moderne d'élevage a
augmenté de
40 à 60 pour cent, selon le rapport annuel publié par l'ICIPE en
1997.
Compte tenu de ces "résultats encourageants", l'ICIPE annonce
qu'il
envisage d'étendre la méthode à onze autre pays de l'Afrique
australe et de
l'Est.
Les études actuelles de l'ICIPE se concentrent sur les cycles de
vie et le
comportement des différentes colonies d'abeilles. Elles
permettront d'élever
des abeilles moins agressives dont les populations augmentent
rapidement et
sont plus productives, indique Suresh Raina de l'ICIPE.
Cependant, les fermiers de Baringo – localité située dans la
province
kenyane de la Rift Valley – qui ont produit plus de 50 tonnes de
miel depuis
janvier 1997- disent qu'ils n'ont pas de marché pour vendre leur
miel.
"Nous avons tellement de miel mais nous ne savons pas où le
vendre", se
plaint un fermier.
L'ICIPE promet de créer un débouché commercial pour les fermiers
incapables
de développer leurs propres marchés. "Nous soutenons la
recherche et
essayons de régler les problèmes commerciaux", précise Raina.
L'ICIPE et certaines agences des Nations Unies, telles que le
fonds
international de développement agricole (FIDA) et l'organisation
pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO), ont distribué 1000
ruches modernes
qui seront remboursées avec le miel produit par les fermiers.

