NAIROBI, 2 déc. (IPS) – Le représentant résident du Fonds
monétaire
international (FMI) au Kenya s'est joint au nombre croissant de
Kenyans qui
exhortent 87 débiteurs à rembourser une somme totale de 133
millions de
dollars US qu'ils doivent à une grande banque du pays qui est
au bord de la
faillite.
"Les gens ne peuvent pas emprunter de l'argent sans le
rembourser", a
déclaré lundi Festus Osunsade, le représentant du FMI au Kenya.
Osunsade a ajouté que le FMI observe attentivement le secteur
bancaire
instable du Kenya et le récent appel lancé aux débiteurs par le
gouverneur
de la Banque centrale du Kenya (CBK) afin qu'ils remboursent
toutes les
sommes dues à la Banque nationale du Kenya (NBK). L'année
dernière, le FMI a
suspendu un prêt de 220 millions de dollars US destiné au Kenya,
à cause de
la corruption des hauts responsables du pays.
Le vice-ministre kenyan des Finances, Charles arap Kirui, a
révélé au
Parlement la semaine dernière une liste de 87 débiteurs qui
doivent des
milliards de shillings à la NBK, la quatrième plus grande
institution
financière du pays.
La révélation a été faite alors que, sous l'effet de la
panique, des
clients ont envahi la NBK pour retirer 28,6 millions de dollars
US, suite
aux rumeurs selon lesquelles la banque était sur le point de
faire faillite.
Les opérations de cinq banques ont été gelées par la CBK ou
placées sous
gestion statutaire, à cause des problèmes de liquidité survenus
au cours de
ces derniers mois.
Après la panique, le gouvernement a octroyé 33,3 millions de
dollars US à la
NBK pour lui permettre de poursuivre ses activités.
La décision d'injecter les fonds a enragé les responsables
commerciaux,
religieux et de l'opposition, qui ont critiqué le gouvernement
et demandé
aux débiteurs de faire les remboursements ou d'abandonner leurs
postes publics.
Le chef de l'opposition parlementaire, Mwai Kibaki, a qualifié
la révélation
'd'horrible et de scandaleuse'. "Les amis du gouvernement, qui
ont des
attaches politiques, obtiennent de l'argent sans donner de
garantie.
L'injection des 33,3 millions de dollars US est inutile, il n'y
a aucun
espoir de relance", a-t-il dit.
Son collègue Anyang Nyong'o est du même avis. "Nous Kenyans
devons prendre
une décision. Soit nous faisons des affaires et empruntons
d'importantes
sommes d'argent pour entreprendre des activités productives,
soit nous
choisissons de servir le peuple", a affirmé Nyong'o.
Le principal membre du clergé kenyan, Timothy Njoya, a aussi
qualifié le
scandale "d'odieux et de dégoûtant". "Ces gens qui occupent
des postes de
responsabilité sont pires que des mercenaires. Je ne
recommanderais pas leur
exécution, mais s'il devait y avoir une révolution, ils seraient
condamnés à
la potence", a-t-il prévenu.
Depuis la semaine dernière, les journaux kenyans publient les
noms des
débiteurs, mis à leur disposition par arap Kirui, après le
discoursoncé
devant le Parlement.
La liste inclut le ministre de l'Administration territoriale,
Sam Ongeri
(182 millions de shillings), le ministre des Travaux publics,
Kipkalia Kones
(86 millions de shillings), le ministre des Ressources en Eau,
Kipng'eno
arap Ngen'y (48 millions de shillings), le ministre de la
Coopération
régionale, Nicolas Biwott (235 millions de shillings), le
ministre de
l'Information et de la Radiodiffusion, Joseph Nyagah (29
millions de
shillings), le ministre des Transports et des Communications,
William ole
Ntimama (31 millions de shillings) et le ministre délégué à la
présidence,
Gideon Ndambuki (17 millions de shillings), entre autres.
Un dollar US équivaut à 60 shillings kenyans.
Raymond, le fils du président Daniel arap Moi, aurait emprunté
52 millions
de shillings, d'après les articles de presse. Mais, les autres
responsables
et lui nient ces allégations. La plupart des débiteurs disent
que l'argent a
été emprunté par des entreprises qu'ils ont eu à diriger.
Le scandale a aussi enragé le gouverneur de la CBK, Micah
Cherem. "Un petit
nombre de mauvais garçons ne devrait pas être autorisé à ruiner
impunément
des banques", a-t-il protesté. Ces débiteurs menacent notre
économie
fragile. Compte tenu du marasme économique, nous ne souhaitons
pas du tout
que des compatriotes se promènent dans le luxe alors qu'ils
doivent des
milliards de shillings".
Cheserem a aussi accusé la Justice kenyane en disant que les
tribunaux sont
devenus le sanctuaire des grands débiteurs insolvables. "Le
recouvrement
des dettes par les tribunaux kenyans a été sérieusement entravé
par de
nombreuses injonctions en faveur des débiteurs", a-t-il
déploré.
Les analystes de la banque locale ont estimé que le recouvrement
des crédits
sera difficile parce qu'il n'y avait aucune garantie au moment
où la dette a
été contractée.
Des 87 débiteurs insolvables de la NBK, 36 ont leurs dossiers au
tribunal.
Ces dossiers sont suivis par la banque ou par les débiteurs eux-
mêmes qui
bloquent les mesures prises par la NBK pour confisquer leurs
biens.
"La plupart de la dette passive de la NBK est due à la pression
politique
exercée sur la banque par le pouvoir qui l'a obligée à accorder
des prêts à
des personnages politiques", a expliqué David Ndii, ancien
conseiller
économique de la Banque mondiale.
Selon Ndii, une grande partie des prêts, surtout les prêts
accordés aux
responsables politiques, a été "octroyée sans tenir compte des
procédures
bancaires en vigueur".

