R.D.CONGO: L'Opposition Exige Une Table Ronde Avant La Reprise Des Activités Politiques

KINSHASA, 30 nov. (IPS) – Les leaders de l'opposition congolaise
exigent que
la libéralisation de la vie politique annoncée avec pompe par le
président
Laurent Désiré Kabila soit précédée d'une table ronde.

Cette table ronde doit réunir les acteurs politiques de toutes
les
sensibilités afin de pouvoir dégager un consensus national,
disent-ils
Le Président de la République Démocratique du Congo (RDC) a
récemment
annoncé la reprise, au mois de janvier prochain, des activités
des partis
politiques qu'il avait lui-même suspendues en mai 1997, après
qu'il a
renversé le régime trentenaire du défunt président Mobutu Sese
Séko.
“Dans deux mois, nous allons libéraliser les activités
politiques et
autoriserons le fonctionnement normal des partis politiques”, a
dit le chef
de l'Etat congolais, la semaine dernière dans une interview
accordée à la Radio
France Internationale.
Outre les activités politiques, le président Kabila a promis de
libéraliser
la liberté d'expression et de mouvement. Kabila a fait savoir
qu'il n'y aura
pas une limitation du nombre des partis, comme le lui demande
une partie de
l'opposition.
L'Opposition suggère que quatre partis politiques seulement
feraient partie
de l'échiquier politique congolais. Il s'agit de l'Union pour la
Démocratie
et le Progrès Social (UDPS) d'Etienne Tshisekedi, du Parti
Lumumbiste
Unifié (PALU) d'Antoine Gizenga, du Parti Démocrate et Social
Chrétien
(PDSC) et du Parti Révolutionnaire du Peuple (PRP) de Laurent
Kabila dilué
dans l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du
Congo (AFDL).
Plus de 400 partis politiques étaient enregistré en ex-zaïre,
avant la
chute du régime dictatorial du maréchal Mobutu.
D'après Nono Lutula, conseiller spécial en matière de sécurité
du président
Kabila, un décret sur l'organisation et le fonctionnement des
partis
politiques sera promulgué au courant du mois de décembre.
Dans le même élan, le ministre de la Justice, Mwenze Kongolo, a
déclaré
vendredi dernier que huit projets de décrets seront soumis
incessamment au
chef de l'Etat. Ils portent notamment sur les manifestations
publiques et
l'accès des partis politiques aux médias officiels.
La classe politique congolaise a accueilli avec enthousiasme et
prudence
l'annonce de la reprise des activités des partis politiques.
“Il est nécessaire qu'avant la reprise des activités des
partis, le
président Kabila prenne le courage de rencontrer la classe
politique pour
briser la glace de la méfiance et de la suspicion”, a déclaré à
IPS, Christophe
Lutundula, ancien vice-président du Parlement de transition.
Selon lui, la reprise des activités politiques doit se faire
dans "un
esprit de réconciliation et de concorde nationales.
“La décision de lever la suspension des partis politiques doit
être sincère
afin qu'elle ne soit pas un pis-aller pour le président Kabila,
auquel cas,
il n'y aura pas de chance pour la reprise effective des
activités “, a-t-il
indiqué.
“Nous sommes d'accord pour la reprise des activités des partis
politiques
mais pas pour une reprise de façade où le pouvoir définira les
règles
du jeu”, a déclaré Eugène Diomi Ndongala, ancien ministre et
président de la
Démocratie Chrétienne (DC).
Pour le Rassemblement pour une Nouvelle Société (RNS), parti de
l'opposition, la reprise des activités politiques ne doit pas
être
considérée comme un cadeau mais une obligation des tenants du
pouvoir qui
doivent garantir la liberté d'association au Congo.
“Nous attendons être associés à l'élaboration de la loi qui
devra régir les
partis politiques de façon à ce que cela ne soit pas unilatéral
d'autant
plus que Kabila est aussi chef de parti”, a dit Hubert
Willemene,
porte-parole du RNS.
Les activités politiques avaient été interdites pour deux ans,
au lendemain
de la prise de pouvoir par Laurent Kabila après sa victoire
militaire sur le
maréchal Mobutu Sese Seko. Seule l'AFDL, le mouvement politique
du
président Kabila est autorisé à exercer des activités
politiques.
Les leaders politiques qui ont osé braver cette interdiction se
sont
retrouvés soit en prison soit relégués dans leur village. C'est
le cas
d'Arthur Z'Ahidi Ngoma, arrêté puis libéré pour des raisons de
santé. Il a
depuis rejoint la rébellion qui cherche à renverser Kabila dans
l'Est du pays.
Les autres leaders qui ont défié l'interdiction incluent Joseph
Olenghankoy, condamné à vingt ans de prison et de Etienne
Tshisekedi wa
Mulumba relégué pendant quatre mois dans son village natal au
Kasaï Oriental.
En juillet 1997, une manifestation des militants du Parti
Lumumbiste Unifié
(PALU) avait été noyée dans le sang. Les forces de l'ordre
avaient tués
quatre manifestants.
C'est grâce à la pression des principaux partenaires du Congo
que les
activités politiques vont reprendre au pays. L'Union Européenne,
les
Etats-Unis et d'autres bailleurs de fonds avaient conditionné
leur
assistance à la
démocratisation du système politique congolais.
Certains observateurs pensent que la libéralisation de la vie
politique doit
être accompagnée par un renouvellement de la classe politique.
“Nous voulons une classe politique rénovée, responsable, imbue
d'idées
fraîches et prête à s'investir dans le processus de
reconstruction
nationale”, soutient Jean-Jacques Mbuyamba, journaliste
congolais. A l'en
croire, le peuple a besoin d'hommes politiques éducateurs de
masses,
rassembleurs et incitateurs au travail.
“Personne ne voudra des agitateurs, des politiciens caméléons
prêts à trahir
l'idéal de leur parti politique pour cause d'intérêt personnel”,
ajoute-t-il.
Christophe Lutundula estime que la reprise des activités
politiques doit
permettre à la classe politique de “réaliser un pas qualitatif”.
Il demande
aux acteurs politiques “de repartir du bon pied et de se
regarder dans le
miroir de l'histoire récente du pays”.
“On ne doit plus tomber dans les travers du passé, dans un
pluralisme
politique anarchique, délétère et chaotique. Le peuple congolais
ne nous
pardonnera pas de commettre les mêmes erreurs du passé”, a
conclu Lutundula.