JOHANNESBUR, 15 oct. (IPS) – Cette semaine, l'Afrique du sud a
rendu
hommage à l'archevêque Trevor Huddleston, le dirigeant du
mouvement
anti-apartheid (AAM) qui est mort, il y a environ six mois.
Des centaines de gens, y compris le trompettiste Hugh Masekela, le
tromboniste Jonas Gwangwa, le chanteur Sibongile Khumalo, le
célèbre
écrivain Don Mattera et Adelaide Tambo, la femme d'Oliver, le
défunt
président du Congrès national africain (ANC), ont rempli le Market
Theatre
de Johannesburg pour rendre hommage à un homme dont l'influence a
beaucoup
ébranlé la politique de l'apartheid.
"Bien qu'il soit originaire d'un autre pays, il a fait de notre
lutte sa
propre lutte", c'est ainsi que le président Nelson Mandela décrit
Huddleston, un citoyen britannique mort en Angleterre le 20 avril
dernier, à
84 ans.
C'est Huddleston qui a offert une trompette à Masekela, l'un des
musiciens
les plus célèbres de l'Afrique du sud.
C'est encore lui qui a fourni les instruments et monté un
orchestre pour les
stars internationales de jazz comme Jonas Gwangwa. Et lorsque
Gwangwa a
soufflé dans son trombone lundi soir, cela a rappelé le souvenir
d'un homme
désintéressé qui a vécu dans la pauvre communauté sud-africaine
noire de
Sophiatown et consacré sa vie à la liberté de l'Afrique du sud.
"L'archevêque Trevor a galvanisé la conscience du monde et en
tant que
président du mouvement anti-apartheid, il s'est assuré que
l'apartheid
figure dans le programme mondial et y reste jusqu'à sa
disparition. Si nous
voulons honorer quelqu'un d'avoir fait cela tout seul, alors cette
personne
devrait être l'archevêque Trevor", fait remarquer l'archevêque
sud-africain
Desmond Tutu.
"Il avait la capacité extraordinaire d'attirer toutes sortes de
gens. Il
arrivait à électriser des audiences à l'aide de son brillant art
oratoire.
Son livre intitulé 'Naught for Your Comfort' a transformé
plusieurs
étudiants noirs en défenseurs de la justice et de la liberté".
Dans la rue qui abrite ses bureaux de Sophiatown, les enfants
jouaient aux
billes sur ses paliers, les gros bonnets du monde des affaires s'y
rencontraient, les affamés et les sans abri s'y réunissaient pour
partager
du pain.
"Nous avons une bonne mémoire de tout cela maintenant", déclare
Mattera,
"car la mémoire est une arme si puissante qu'elle peut nous
renvoyer vers
les rues de ce qui était le melting pot de la culture noire :
Sophiatown".
C'est là que le "tsotsitaal", le jargon des Noirs de la rue, la
mode, la
danse et la musique noires, ont fusionné pour devenir l'expression
de la
résistance contre l'apartheid et de la célébration de la fierté
noire.
Sophiatown n'existe plus. Elle a été rasée par les bulldozers de
l'apartheid
pour faire place à une zone uniquement réservée aux Blancs, comme
l'ont
exigé les ordres de l'apartheid.
C'est en 1957 que Sophiatown a été démolie, et ses résidents ont
été envoyés
à Meadowlands (Soweto). Cette démolition a été saluée par le
gouvernement de
l'apartheid comme le triomphe de la politique sociale. Le faubourg
blanc qui
a été érigé sur les ruines de l'ancienne vielle a été dénommé
Triomf.
Huddleston était convaincu que "toute forme de racisme est une
attaque non
seulement contre la nature humaine, mais contre Dieu lui-même'. Il
a lutté
contre ce déménagement forcé parce que des gens d'une valeur
inestimable
habitaient là.
"L'archevêque Huddleston était le pire cauchemar de Verwoerd",
se rappelle
Abdul Minty, directeur général adjoint du ministère des Affaires
étrangères,
à Pretoria, la capitale. Hendrick Verwoerd, ancien ministre des
natifs et
théoricien de l'apartheid, était devenu Premier ministre de
l'Afrique du sud
de 1958 à 1966.
Huddleston était un proche ami du défunt président de l'ANC,
Oliver Tambo.
Il était présent lorsque le mouvement a adopté la 'Charte de la
Liberté' qui
devait le guider dans son combat contre l'apartheid.
En 1988, les lettres personnelles qu'il avait envoyées aux stars
internationales de pop, comme Sting, ont reçu une réponse massive.
250.000
personnes ont convergé vers London's Hyde Park pour soutenir le
concert
ayant marqué le 70ème anniversaire de Mandela.
Né en 1913, Huddleston a travaillé en Afrique du sud à partir de
1943
jusqu'au moment où il a été rappelé par ses supérieurs en
Angleterre en
1956.

