LAGOS, 15 oct. (IPS) – Le gouvernement militaire nigérian a cédé à
la
croissante pression intérieure lui demandant de faire une enquête
sur la
mort d'une demandeuse d'asile nigériane qui a été assassinée en
Belgique, le
mois dernier.
Le ministre des Affaires étrangères, Ignatius Olisemeka, a dit aux
journalistes mardi à Lagos, à son retour de Londres où il a
participé à la
réunion du Groupe d'action ministériel du Commonwealth (CMAG) sur
le
Nigeria, que le gouvernement ferait des "enquêtes" sur la mort
de Semira
Adamu, afin de connaître les tenants et les aboutissants de la
tragédie.
Il a déclaré que l'ambassadeur du Nigeria près la Belgique a reçu
des
instructions pour aider à faire les enquêtes.
Olisemeka a qualifié la mort de Semira de "tragique et de
pénible" et a
promis que le gouvernement prendrait une série de mesures pour
éviter que
des incidents similaires se produisent à l'avenir.
Il a fait ces remarques quelques jours seulement après que la
'coalition
nigériane des ONG des droits de l'homme' a accusé le gouvernement
d'être
incapable de donner du travail à des milliers de diplômés
nigérians qui
demandent l'asile à l'étranger pour essayer de mieux vivre.
L'histoire de Semira a commencé depuis six mois lorsqu'elle a fui
vers la
Belgique pour demander l'asile après plusieurs tentatives
destinées à
"l'obliger" à devenir la femme d'un vieux polygame de 65 ans au
Nord du
Nigeria.
Sa demande de statut de réfugiée a été rejetée, mais elle a été
arrêtée à
l'aéroport et transférée dans un camp de réfugiés situé à 15
kilomètres de
Bruxelles.
Pour essayer de la rapatrier, Semira aurait reçu une piqûre d'un
somnifère
appelé 'kamuermidded' qui devait l'endormir pendant qu'elle était
transportée vers l'aéroport par une escorte de six agents de
police. Semira
a été par la suite embarquée sur un vol de Sabena Airlines, mais
elle a
commencé à hurler.
Pour tenter de la "calmer", la police belge lui a placé un
coussin au
visage et elle est entrée dans le coma avant de mourir d'une
hémorragie
cérébrale dans un hôpital de Bruxelles, le 22 septembre dernier.
Au Nigeria, l'oncle de Semira a nié les allégations selon
lesquelles sa
nièce est liée à une affaire de polygamie.
Jacob Madaki a dit à l'agence de presse officielle du Nigeria
(NAN) mardi à
Kaduna, une ville située au Nord du Nigeria, que Semira n'a pas
quitté son
pays parce qu'elle recevait des pressions pour épouser un homme de
65 ans.
Il a dit que la défunte a peut-être concocté l'histoire pour
impressionner
les officiers du service belge de l'immigration.
L'avocat Madaki a expliqué que Semira est originaire du sud de
Kaduna "où
les mariages forcés ne sont plus possibles à cette époque-ci". Il
a signalé
que la famille de la défunte "a accepté sa mort comme un cas de
force
majeure".
D'après Madaki, la destination finale de Semira était l'Italie,
mais elle
était allée en Belgique pour rencontrer la sur de son fiancé.
La semaine dernière, une coalition des groupes de défense des
droits de
l'homme a organisé une manifestation devant l'ambassade de la
Belgique à
Lagos pour protester contre ce meurtre.
La manifestation a eu lieu vendredi, un jour après l'arrivée de la
dépouille
mortelle de Semira à Mortala International Airport de Lagos.
Madaki a précisé que la famille de Semira demandera, par le biais
du
gouvernement nigérian, "un dédommagement, dès que la poussière
soulevée par
sa mort se sera tassée".
Le gouvernement belge a, par l'intermédiaire de son ambassade à
Lagos, donné
100.000 nairas (environ 1200 dollars US) à la famille de Semira
pour
organiser son inhumation, mais sa famille a jugé que ce montant
est
insuffisant pour faire les rites d'enterrement qui coûteront
d'après elle
400.000 nairas (environ 5.000 dollars US).

