DAR ES SALAA, 16 oct. (IPS) – Un grand projet de transformation du
Zanzibar
en un terrain de jeu pour les riches touristes fera déplacer les
résidents
de l'île et détruira son environnement, ont signalé les
environnementalistes
tanzaniens.
"Le projet fera déplacer 20.000 personnes et affectera
l'environnement de
l'île. Tous les résidents du village de Nungwi seront installés
ailleurs et
abandonneront leurs fermes et leur industrie de pêche", annonce
un
fonctionnaire du groupe écologique de la presse (JET) dont le
siège est à
Dar es Salaam en Tanzanie.
Située au nord de l'île de Zanzibar, une île de l'océan indien, la
péninsule
a été louée à la compagnie de développement de l'Afrique de l'Est
(EADC),
une compagnie offshore peu connue, pour près de 100 ans.
Les environnementalistes disent qu'ils craignent que la péninsule
et ses
habitants soient affectés par l'ampleur du projet de développement
dont le
coût est estimé à 4,5 milliards de dollars US.
Les agents de développement – Briton Thomas Wells et Patrick
O'Sullivan –
ont obtenu le bail en octobre dernier et envisagent de construire
plusieurs
hôtels de haut standing, un aéroport, un hippodrome, un terrain de
golf, une
université et un aquarium, ce qui transformera la péninsule de 56
kilomètres
carrés en l'un des plus grands sites touristiques du monde.
Abdalla Said, directeur d'un projet de développement à Nungwi,
affirme que
le chef du village "Sheba" et les villageois n'ont pas été
consultés sur
le projet. Il craint, alors, que son organisation en soit victime.
"Ce sera
une perte d'argent et d'énergie. Nous aidons les villageois à
faire des
activités génératrices de revenu afin de réduire la pauvreté dans
la
péninsule", indique-t-il.
Said est impliqué dans l'amélioration des techniques de culture et
de pêche
dans 10 villages de Nungwi.
Maalim Khatib, un autre résident du village, raconte que la
population
locale est inquiète pour son avenir. "Cela fait plus de 10 ans
que nous
pêchons dans ce village. Nous avons des clients permanents dans
des hôtels à
Zanzibar qui assurent notre revenu quotidien. Comment allons-nous
survivre
lorsque nous serons renvoyés de Nungwi, au début du projet" ?
"Je n'arrive pas à imaginer un gouvernement qui permet aux
étrangers de
faire des profits à nos dépens", lance-t-il.
Les hôteliers locaux sont aussi concernés. "C'est injuste parce
que nous ne
sommes pas sûrs d'obtenir une compensation", déplore l'hôtelier
Athman.
"Nous lisons des choses sur le projet dans les journaux, mais
aucun
politicien ne nous a rien à ce propos".
L'EADC a nié que le projet fera déplacer les 20.000 habitants de
la
péninsule. "La plupart d'entre eux sera employée par la
compagnie, tandis
que d'autres seront impliqués dans les travaux agricoles à la
périphérie des
limites de l'hôtel", promet un responsable de l'EADC.
Les environnementalistes se préoccupent aussi du "refus" de
l'EADC de
faire une évaluation de l'impact (EIA) du projet. Bien que
l'investisseur
ait reçu un lopin de terre, aucune évaluation de l'impact du
projet sur
l'environnement n'a été faite", constate JET.
Ces allégations ont été rejetées par O'sullivan qui assure que la
compagnie
fera une évaluation avant la fin de l'année.
Pour élargir sa campagne, "Tourism Concern", un groupe
touristique dont le
siège est à Londres, envisage de faire pression sur le
gouvernement
britannique afin qu'il entreprenne une action contre les
compagnies
britanniques impliquées dans des projets "peu respectueux de
l'environnement" à l'étranger.
"Nous pensons faire une campagne en écrivant des lettres au
ministre du
Commerce et de l'Industrie ici (à Londres) pour demander qu'un
ministère
chargé du tourisme étranger soit créé et que le Zanzibar soit un
exemple
d'investissement touristique britannique à éviter", déclare un
porte-parole
de Tourism Concern.
Avec une population de 630.000 habitants, le Zanzibar, connu pour
ses clous
de girofles et ses épices, attire une foule d'investisseurs
cherchant à
construire des hôtels touristiques tout au long de ses plages.
Le nombre de touristes qui visitent la Tanzanie est passé de
186.000 en 1991
à 250.000 en 1992. Les recettes que génère l'industrie sont
estimées à plus
de 220 millions de dollars US par an.
Malgré les assurances données par les investisseurs, les citoyens
du
Zanzibar disent qu'ils doutent de la capacité de Briton à
rassembler les 4,5
milliards de dollars US nécessaires pour réaliser le projet.
Ce n'est pas la première fois que les espoirs de la population
locale ont
été compromis par des investisseurs étrangers. Elle se rappelle
clairement
de l'échec d'une récente tentative de construction du complexe Sun
City et
celui de la tentative de réhabilitation de l'hôtel Bwawani (un
hôtel de 110
chambres) à Zanzibar.
Le président du Zanzibar, Salmin Amour, a prévenu qu'il
"intentera une
action" si le projet ne démarre pas, mais il n'a pas donné de
détails.

